VORTIGER ET LES DRAGONS
dessous ; mais, à la fin, il lui sortit une flamme (le la bouche et des narines qui consuma le roux ; après quoi le vainqueur se coucha et mourut à son tour. Et Merlin dit au roi que maintenant il pouvait faire bâtir sa tour.
— Mais, demanda celui-ci, il faut que tu nous apprennes ce que signifie la lutte des deux tlragons.
— Promets-moi donc, sur ta foi, qu'il ne me sera fait aucun mal.
Le roi promit.
— Je te dirai que le dragon roux signifie toi, et le blanc le fils du roi Constant, auquel tu as volé son héritage. Et si les deux dragons luttèrent longtemps, c'est que tu tiens depuis longtemps le royaume que tu as pris. Et si le blanc a brûlé le roux, c'est qu'Uter Pendragon, le fils du roi, te fera brûler toimême. Dans trois jours il débarquera au port de Winchester.
A ces mots le roi fut très effrayé. Il s'empressa d'envoyer une armée à Winchester.
Mais lorsque ses gens virent les gonfanons d'Uter Pendragon sur la nef qui l'amenait, ils s'empressèrent de le reconnaître pour leur droit seigneur, de sorte que Vortiger n'eut que le temps de gagner un de ses châteaux avec un petit nombre de serviteurs. Il résista là quelque temps; mais, en donnant l'assaut, Uter Pendragon mit le feu à la forteresse, et Vortiger
périt dans les flammes. Ainsi en soit-il de tous les déloyaux.
Vï
Le conte dit ici que Merlin s'était retiré dans la forêt de Northumberland. Or, le roi Uter Pendra gon, à qui l'on narra les merveilles qu'il avait faites, eut naturellement grand désir de le voir : aussi envoya-t-il des messagers par toute la terre à la recherche du devin.
Un jour qu'ils se reposaient dans une ville du Northumberland, ils virent venir à eux un bûcheron portant une grande cognée sur l'épaule, les cheveux hirsutes, la barbe longue, vêtu d'une courte blouse déchirée, bref assez semblable à un homme sauvage, qui leur dit :
— Vous ne faites guère la besogne de votre seigneur.
— De quoi se mêle ce vilain!
— Si j'étais chargé de chercher Merlin, reprit le bûcheron, je l'aurais plus tôt trouvé que vous. Sachez qu'il m'a commandé de vous dire que jamais personne ne l'amènera, à moins que votre roi ne vienne lui-même le quérir dans la forêt.
Là-dessus, l'homme leur tourna le dos et