‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 27 sur 67 · LE BAISER · texte numérisé non relu

LE BAISER

achever une autre besogne au royaume de Logres.

Et il lui expliqua comment les Saines rava- ;eaient les terres du roi Artus et assiéraient ses vassaux rebelles.

— Faites donc votre devoir, dit Léodagan. Et il fut résolu qu' Artus et ses compagnons

partiraient dès le lendemain, avec une petite armée.

Au matin, Guenièvre vint aider son fiancé à s'armer : elle lui ceignit elle-même Tépée au côté, puis elle s'agenouilla pour lui chausser ses éperons. En la voyant si bien occupée à servir le roi, Merlin se mit à rire.

— Sire, dit-il, vous voilà nouveau chevalier, et il ne vous faut plus qu'une chose pour que vous puissiez dire, en partant d'ici, que c'est une fille de roi qui vous a adoubé.

— Et qu'est-ce, sire, qu'il me faut?

— C'est, dit Merlin, le baiser.

— En nom Dieu, dit Guenièvre,je ne m'en ferai pas prier.

A ces mots, le roi courut à la pucelle, et ils s'embrassèrent et s'accolèrent comme jeunes gens qui s'aiment. Puis, s'étant couvert le chef d'un heaume que Guenièvre lui avait donné, Artus monta à cheval, et sa troupe se mit en marche au petit pas, lances basses et gonfanons ployés.

86 MERLIN L*ENCH ANTEÛË

Ils arrivèrent au Val Périlleux^ que l'on appela plus tard Val Sans Retour^ quand Morgane l'eut enchanté de telle façon que nul chevalier n'y pût entrer sans s'y trouver retenu à danser, chanter et festoyer dans la plus agréable compagnie du monde ; et cela jusqu'à ce que vînt un fils de roi, qui n'eût jamais faussé ses amours et qui fût le meilleur chevalier de son temps.

Là, Merlin conduisit Artus à un trésor que le roi fit déterrer et qu'il envoya à Logres par tonneaux dans des charrettes. Et, dessous un chêne très vieux, on découvrit aussi, dans un coffre, quinze épées précieuses, admirablement trempées.

Artus et ses chevaliers, suivis des garçons qui menaient les sommiers portant le bagage, chevauchaient en armes tout le jour, car le pays était infesté de Saines. Un soir, comme il avait fait très chaud, ils se reposaient au frais sur l'herbe verte, à l'ombre des arbres, lorsqu'ils virent venir à eux une troupe de damoiseaux, tous beaux et bien vêtus, qui se tenaient par la main, et qui demandèrent aux premiers chevaliers qu'ils rencontrèrent où était le roi Artus.

ARTUS ET LES DAMOISEAUX 8f

— Voyez-le ci, mes enfants, entouré de ses prud'hommes, sous ce chêne, répondit Nascien. C'est le plus jeune d'eux tous.

Aussitôt les jouvenceaux furent devant le roi s'agenouiller.

— Sire, dit le plus grand, je viens à vous, avec mes frères et nos cousins et parents, comme à notre seigneur lige. Nous souhaitons tous de recevoir de vous l'ordre de chevaleiie, et si cela vous agrée, nous vous servirons à toujours loyalement et fidèlement. Durant votre absence, ceux-ci ont défendu votre terre contre vos ennemis, comme si elle était leur, et ils ont souffert pour cela d'assez grandes peines; si je veux que vous le sachiez, c'est qu'on peut dire à un prud'homme ce qu'on a fait pour lui, tandis qu'à un mauvais, c'est inutile : il n'en a point de gré.

Quand le roi Artus entendit le damoisel parler si sagement, il le prit par la main et le fit lever ainsi que les autres ; puis il lui demanda qui ils étaient.

— Sire, on m'appelle Gauvain et je suis fils du roi d'Orcanie, €t ceux-ei soat ines fi-ères Agravain, Guerrebès et Gaheriet. Ce petit gros est notre cousin Galessin, fils du roi Nantre de Garlot. Voici les deux Y vain, fils du roi Urien de Gorre. Ce grand et vigoureux damoisel est Dodinel, fils du roi Belinant de Norgalles. Et les autres sont gentilshomm^es, car voici Keu d'E«*

traiix et Kelieddin le Petit qui sont au roi d'Estrangore, et Y vain aux Blanches Mains, Y vain le Glain, Y vain de Rinel, Y vain de Lionel qui appartiennent au roi Lot, mon père, et qui sont fils de comtes. Celui-là, au visage souriant, qui est si bien bâti, c'est Sagremor, neveu de l'empereur de Gonstantinople; il est venu de sa terre lointaine pour recevoir ses armes de vous et, s'il veut, nous serons compagnons, lui et moi, tant qu'il lui plaira de rester en ce pays.

Le roi Artus fit grand accueil aux enfants et embrassa Gauvain.

— Beau neveu, lui dit-il, je vous octroie la charge de connétable de mon hôtel.

Et il l'investit par son gant gauche.

Quelques jours après ils arrivèrent à Logres de compagnie. Le soir même, Artus commanda aux enfants d'aller veiller à l'égUse. Et le roi Ban et le roi Bohor voulurent veiller avec eux.

Au sortir de la messe, le roi prit Escahbor, la bonne épée qu'il avait jadis ôtée du perron, et la pendit au flanc gauche de Gauvain; puis il lui chaussa l'éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche; enfin il lui donna la

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