HISTOIRE DU SAINT GRAAL
colée. Il adouba de même les autres damoiseaux, et il leur distribua les épées qu'on avait trouvées sous le cbêne, dans le Val Périlleux. Seul, Sagremorne voulut d'autres armes que celles de son pays, et garda une bonne épée que son aïeul Adrian lui avait donnée. Puis chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Enfin tout le monde entendit la messe chantée par l'archevêque de Brice, et s'assit au festin qui suivit. Mais le roi ne voulut point permettre la moindre joute pour ce que, dit-il, la chrétienté et le royaume avaient trop grand besoin du bras de tous.
Le lendemain, Merlin vint au roi Artus.
— Sire, lui dit-il, vous savez que, de par l'Ennemi qui m'engendra, je connais les choses allées, faites et dites. Notre Sire Dieu, qui est tant doux et débonnaire, m'a octroyé de savoir également les choses à venir, et par là j'ai échappé aux diables qui me voulaient tenir. Je vous révélerai donc ce que Dieu veut que vous fassiez.
« Au temps que Notre Sire était de ce monde, ceux de Rome avaient mis au pays de Judée un
&0 MËËLIN L'ENCHANTEUR
bailli du nom de Pilate. Ce Piiate avait à sôtî service un chevalier appelé Joseph d'Arimathie, qui était connétable de sa maison et qui, ayant rencontré Jésfus- Christ en plusieurs lieux, l'aiitta de tout son cœur, mais sans oser l'avouer à cause des autres juifs. Car Notre Sire avait beaucoup d'ennemis et peu de disciples; encore, parmi ceux-ci, s'en trouvait -il un, Judas, qui était moins bon qu'il eût fallu ; et les autres ne l'aimaient guère, car il n'était pas bien gracieux; ni lui ne les aimait davantage.
c< Judas éfiait sénéchal de la maison de Jésus- Christ, et, à ce titre, il avait droit certains jours à la dîme du revenu de Notre Seigneur. Or, un de ces jours-là justement, Madame Sainte Marie se mit à oindre de parfum les cheveux de son Fils. Judas en fut très courroucé, car il calcula que cet onguent valait bien trois cents deniers et que par conséquent Madame Sainte Marie lui faisait tort de trente. Pour les recouvrer, il résolut de s'aboucher aux ennemis de Dieu.
« Sept jours avant la Pâque, ceux-ci s'assemblèrent chez un homme qui s'appelait Caïphas poTir examiner comment ils pourraient se saisir de Jésus-Christ. A ce conseil Judas se rendit. En le voyant, ceux qui étaient là se turent ou changèrent de propos, car ils le croyaient très bon disciple; mais il leur dit que, s'ils voulaient, il leur vendrait Notre Seigneur pour trente deniers. Ils répondirent qu'ils l'achèterai'ent volon-