II PREFACE
qu'à cinq fois réimprimer . Or, au milieu du siècle, aux jours on se formait la Pléiade, il put sembler un instant que ce vieux Doctrinal de prouesse et d'honneur, si fortuné jusqu'alors, allait connaître une fortune nouvelle, plus haute encore.
Car, aux pages de /a Défense et illustration de la langue française, oii Joachim Du Bellay appelle de ses vœux le Poète futur et lui trace son programme, il lui recommande par-dessus tout de se faire l'émule de l'Arioste et lui dit : u Comme Arioste donc, qui a bien voulu emprunter de nostre langue les noms et i histoire de son poème, choisy moy quelqu'un de ces beaux vieulx romans françoy s, comme un Lancelot, un Tristan, ou autres, et en fay renaître au monde une admirable Iliade et laborieuse Enéide. "
Ainsi Du Bellay et Bonsard, qu'on se représente à tort comme tout Grecs et tout Latins, ont commencé par recevoir des vieux romanciers de France des inspirations et des leçons. Ainsi Lancelot et la reine Guenièvre, Viviane, Perceval, Galaad ont hanté les bords du petit Lire et du Loir gaulois. Ainsi, à l'âge d€S longs espoirs et des vastes pensers, l'Angevin et le Fendômois, ces artistes ardents et lucides, si pleinement conscients de leur mission de rénovateurs, ne concevaient pas de tâche plus noble que d'animer d'une vie nouvelle nos
antiques légendes : « Clioisy moi (juelqu'un de ces beaux vieulx jonians fvançoySy comme un Lancelot... »
Hélas! on ne le sait que trop, le conseil ne fut pas suivi. Pour des raisoîis multiples, les unes accidentelles et les autres profondes, la Pléiade se fraya d'autres voies. « On vit renaître Hector, Andromaque, Ilion, » mais non pas les chevaliers d'Arthur, et la forêt de Broceliande se dessécha. Vers la fin du siècle, en 1591, le^oin de renouveler une fois encore le Lancelot fut abandonné à quelque commis de librairie, qui le résuma outrageusement en un seul tome, de 166 paqes in-8. Alors ce fut la fin : ce roman tomba du décri dans l'oubli. De nos jours, hors du cercle étroit des érudits, quel lettré r a jamais lu? Les no)ns mêmes des héros qu'il met en scène ne sont plus (jue des grelots vides. Nous ne connaissons plus que par un vers de Dante Galehaut, seigneur des Iles Loinlaines, — et Perceval, en français d' au jour dhuij se prononce Par s if al.
Cesl que le temps a fait son œuvre, dirat-on, et c'est La loi commune. Sans doute. Encore convient-il de remarquer que ce livre français, oublié en France, a survécu en Angleterre, en Allemagne, en Italie. Il serait long de suivre