LA SAINTE ECUELLE
seph; puis, se ressouvenant du vase que le juif lui avait donné, il dit à son chevalier :
« — Joseph, vous aimiez beaucoup ce prophète? J ai un vase qu'un juif, qui l'avait pris dans la maison de Simon, m'a remis. Je vous en fais don en souvenir de ce Jésus.
« Joseph fut content et remercia fort. Il alla avec Nicodème emprunter à un artisan des tenailles et un marteau ; puis tous deux déclouèrent le corps de Notre Sauveur malgré les juifs. Joseph le prit entre ses bras, le descendit à terre, le lava et, voyant les plaies qui saignaient, il recueillit dans le vase que Pilate lui avait donné le sang qui coulait du côté, des pieds et des mains. Enfin il enveloppa le corps dans un riche drap qu'il avait acheté et l'ensevelit sous une pierre qu'il avait fait appareiller pour sa propre tombe.
« Cependant les juifs étaient en grand courroux contre Joseph et Nicodème; et lorsqu'ils apprirent que Jésus-Christ était ressuscité, ils tinrent conseil et décidèrent de s'emparer d'eux, la nuit, pour les mettre en un lieu tel qu'on n'eu entendît plus jamais parler. Nicodème avait des amis qui l'avertirent, de sorte qu'il put s'enfuir; mais Joseph fut pris, et ils le murèrent dans un pilier de la maison de Caiphas, qui semblait massif, mais qui était creux. Et quand Pilate vit qu'il avait disparu, il fut dolent, car il n'avait pas d'aussi bon ami,
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ni de plus loyal chevalier, et qui l'aimât davantage.
« Mais Celui pour qui Joseph souffrait ainsi ne l'oublia pas; il vint à lui à travers le pilier. Quand Joseph vit la Clarté, il s'émerveilla et demanda :
(( — Qui êtes vous? Vous êtes si clair que je ne vous puis voir.
u — Or, entends bien ce que je te dirai, répondit la Clarté. Je suis Jésus-Christ, fils de Dieu, qui ai voulu naître de la vierge Marie, pax'ce qu'il fallait que le monde qui avait été perdu par une femme fût par une femme sauvé. Et voici le précieux vase qui contient mon sang.
« Ce disant, Notre Sire montra à Joseph l'écuelle que celui-ci, pourtant, croyait avoir cachée en un lieu que personne ne connaissait.
« — Tu dois conserver ce vaisseau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dit Notre Sire, et après toi ceux à qui tu l'auras confié. Et ta solde et récompense seront que jamais on n'offrira le sacrifice sans que ton œuvre soit rappelée : car le calice signifiera le vase où tu recueillis mon sang; la patène posée sur lui, la pierre dont tu couvris mon corps ; le corporal, le suaire dont tu m'enveloppas. Et je ne te ferai pas maintenant sortir d'ici ; mais ne crains rien, car tu ne mourras pas dans cette prison et tu en §eras délivré sans mal ni douleur; et jusque-là