‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 44 sur 67 · LE ROI LOT · texte numérisé non relu

LE ROI LOT

Il ne pouvait se consoler du départ de ses fils et d'avoir perdu la reine sa femme, avec l'enfant Mordret. Il en avait une grande rancune contre le roi Artus; et en même temps, voyant que les Saines continuaient de ravager sa terre et d'assiéger ses châteaux sans qu'il pût les en empêcher, il regrettait de n'être pas en paix avec celui qui l'aurait aidé à les repousser. Quand il sut les fiançailles de Guenièvre de Carmélide, il pensa que, s'il pouvait s'emparer d'elle, il déciderait peut-être Artus à lui faire une bonne paix moyennant qu'il rendît sa prisonnière. Il vint donc, avec quelques chevaliers, s'embusquer secrètement dans les bois proches de la cité de Carohaise, tout prêt à profiter de la première occasion. Et c'est là que ses espions l'avertirent un jour que Guenièvre se proposait d'aller en pèlerinage à une abbaye qui se trouvait justement de ce côté.

La pucelle chevauchait en compagnie de ses demoiselles et de monseigneur Amustant, qui était le chapelain du roi Léogadan, son père, et qui le fut plus tard du roi Artus. Guyomar, son

l'ÎO MERLIN L'ENCHANTEUR

cousin, l'escortait avec quelques gens d'armes, car le pays n'était pas sûr.

C'était en juillet, la douce saison où les prés sont bien herbus et où les oisillons font retentir suavement les vergers et les bocages feuillus. La pucelle, qui avait le cœur gai et léger à cause du soleil, s'entretenait avec monseigneur Amustant et avec les chevaliers et les dames qui l'accompagnaient, lorsqu'une troupe de fervetus parut au loin. Aussitôt qu'ils les apercurent, Guyomar et ses compagnons lacèrent leurs heaumes et montèrent sur leurs destriers que leurs écuyers menaient; puis ils brochèrent des éperons et s'élancèrent aussi vite que leurs chevaux purent les porter à la rencontre des étrangers qui leur couraient sus d'autre part, la lance sur le feutre et Técu devant la poitrine.

Les combattants s'entre-choquèrent à grand fracas, et toute la forêt retentit du froissement des lances, puis du heurt des chevaux et des corps, et des coups des épées sur les heaumes. Le roi Lot et Guyomar firent merveilles ; mais les chevaliers de Garmélide étaient beaucoup moins nombreux que leurs adversaix'es, si bien qu'ils ne tardèrent pas à se trouver en grand danger.

Guenièvre et les demoiselles, qui assistaient de loin au combat, avec le chapelain et les garçons qui conduisaient les sommiers, se déso-

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