RÉVOLTE DE GA.NNFS Î
Mais, à la vérité, du moment qu'elle tenait les fils de roi, peu lui souciait du reste.
Au matin, elle se remit en route avec ses fçens, et, après avoir lonfjtemps chevauché, elle parvint enfin au Lac. Et lorscpie la Dame vit les enfants de Bohor, elle fut plus joyeuse qu'on ne saurait dire. Quanta Lancelot, il ne tarda pas à les préférer à tous ses compa^^nons, bien qu'il i^^norât qu'ils fassent ses parents; et, dès le premier jour, les trois cousins germains mangèrent à la même écuelle et reposèrent dans le même lit.
En apprenant que Claudas avait emprisonné leurs droits seigneurs, beaucoup de chevaliers du pays de Cannes et d^s bourgeois de la ville avaient couru aux armes sous la conduite de Pharien et de Lambègue. Claudas cependant ne songeait qu'à plaindre la mort de son enfant.
— Beau très doux fils, disait-il en gémissant, beau chevalier preux sans mesure, si vous eussiez vécu, nul ne vous eût égalé, car vous aviez plus que personne les trois qualités par où un homme brille dans le siècle : débonnaireté, largesse et fieité. Et je ne vous aimais pas tant
parce que vous étiez mon fils qu'en raison de la grande valeur qui était en vous.
« Pour l'amour de vous, j'avais amendé mes anciennes façons, et moi qui jamais ne fus généreux, je l'étais devenu. Ha! certes, je n'attendais plus que ma propre prouesse me valût aucune nouvelle conquête ; mais par votre grand courage ne m'eussiez-vous mis au-dessus de tous, vous qui passiez tout le monde comme l'or les métaux et le rubis les pierres? Nulle force n'existe en comparaison de celle de Dieu; aussi convient-il de souffrir ce qu'il nous envoie. Hélas! je m'émerveille de sentir mon cœur battre encore !
Cependant que Glaudas lamentait ainsi, il entendit le grand tumulte que faisaient devant son palais les chevaliers et les bourgeois de Gannes, auxquels s'étaient joints beaucoup des barons de Benoïc, anciens sujets du roi Ban. Il n'avait avec lui que peu de gens de sa terre de la Déserte pour le défendre. Mais il jeta un haubert sur son dos, laça son heaume, pendit son écu à son col, ceignit son épée et prit une hache au fer tranchant et au manche renforcé, car il était l'homme du monde qui savait le mieux s'en escrimer dans la mêlée ; puis il se fit voir à une fenêtre de son palais.
— Pharien, cria-t-il, que voulez- vous, vous et ces gens?
— Sire, nous voulons que vous nous rendiez
BLESSURE DE GLAUDAS 235
nos (lioiLs sei(ïjneiirs, les fils au roi Bohor, à qui vous aviez juré de restituer ce royaume sous votre suzeraineté.
— Chacun fasse donc du mieux qu'il pourra, car ils ne seront rendus devant que force m'en soit faite.
Aussitôt les arcs, les arbalètes et les frondes de commencer leur jeu, et les flèches, les carreaux et les pierres de voler en pluie sur le palais. Quand Claudas s'aperçut que ceux du dehors se préparaient à mettre le feu à la porte, il se fit ouvrir et, accompagné des siens, il soitit à pied, la hache au poing, dont il commença de frapper à si grands coups que les assaillants reculèrent.
A le voir ainsi mettre à mal ses compagnons, Lambègue sentait la colère le gagner. Tout à coup, il fait amener son destrier, l'enfourche, et armé de toutes armes, heaume en tête, lance sur feutre, il charge Claudas à bride abattue. Il Je frappe si rudement de son fer qu'il lui traverse l'épaule; mais son cheval emporté par son élan vient heurter le mur de la tête et tombe mort, tandis que lui-même, tout étourdi du choc, demeure étendu à côté de sa monture. Cependant Claudas, le tronçon de la lance dans l'épaule, perdant son sang, s'adosse à la muraille, sous une pluie de pierres et de flèches, et bientôt s'affaisse sur les genoux. Déjà Lambègue, relevé et ranimé, lui courait sus l'épée à
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la main pour l'achever, lorsque Pharien l'arrêta par le bras :
— Beau neveu, qu'a-llez-vous faire? Voulezvous tuer l'un des meilleurs chevaliers et des plus braves princes de ce temps?
— Comment, traître que vous êtes, prétendez-vous sauver celui qui vous a jadis honni et qui veut occire les rils de notre seifjneur le roi Bobor? Certes vous n'avez qu'un vieux et mauvais cœur au ventre !
— Taisez- vous, beau neveu, reprit Pharien. Quelque méfait qu'il ait commis, on ne doit poursuivre la mort ou le déshonneur de son seigneur à moins de lui avoir loyalement repris sa foi. A celui-ci j'ai fait hommajO^e, je suis son homme : mon devoir est de le [garantir de mort et de toute honte selon mes forces. Je ne cherche que le salut des enfants du roi Hohor, parce qu'ils sont les fils de mon ancien seigneur, et pour l'amour d'eux.
Clauilas 1 entendait : il se mirt à crier, comme celui qui a grand peur [)Oiir sa vie :
— Beau doux ami, merci! Voici mon épée : je vous la rends comme au plus loyal chevalier qui soit. Et je vous livrerai les enfants. Sachez que, les eussé-je même tenus dans ma cité de Bourges, ils n'auraient eu aucun mal de moi.
Ce mot finit la mêlée. Pharien fit retirer les combattants des deux parts et entra dans le palais avec Glaudas, qui s'évanoidt. Mais ses