V. 21/i63. Si vos en apel à Ruen
Devant Dant Huon le doien Au couvent à la confrarie.
Les noms de Huon, de Roen, de Brueil, reviennent plusieurs fois, et, sur la fin (v. 21946),
* Variante : Il est Nomienz^ s'il a mespris.
Renart parle d*ayoir recours à CEvesque Mm seignor Gautier de Cosiances (Coutances) en sa Cort.
Conment Renart se muça espiaus ^ (V. 21977*-
y. 21987. Il a¥int jà c'ans Chevaliers,
Qui moult estoit preuz et legiers, Fist fere un chastel bel et noble :
N'ot tel de qu'en Gostentînoble.
L'auteur décrit la situation du château, la ma« gnificence du seigneur et de son manoir. Il s'étend longuement sur les détails de la yie journalière du seigneur et des habitants du château, auxquels il fait successiyement boire, manger, dormir, layer les mains, receyoir des parents, aller à la chasse, monter à cheyal, etc. D'abord le seigneur ya chasser : on fait loyer un renard qui s'enfuit yers le château et disparaît ; toutes les recherches sont yaines. Le cheyalier se laye les mains, fait allumer des chandelles, soupe et se couche. Le lendemain, loyer du seigneur, nouyelle chasse, nouyeau repas. Deux écuyers
* Conunent Renart se cacha parmi les peaux.
224 REMART.
viennent annoncer la visite du père et des deux frères du seigneur chevalier. Accueil d'usage et repas. Description assez minutieuse des coutù* mes et usages de la maison et de la chasse. Chasse au cerf; continuation. Chasse au sanglier ; quatre chiens y périssent avant que le chevalier parvienne à tuer la béte. Prise, dépècement, trans* port et apprêt du gibier. Repas , passe-temps, arrivée des bagages et du nain hideux du père. Nouveau régal. Le chevalier va à la rencontre de son père. Nouvelle poursuite du renard, qui disparaît encore. Réception et repas des parents. Renart est découvert parmi les peaux de renard suspendues dans la salle :
V. 22800. A la hardiere * moult esUt)it Se tint et as denz et as piez.
Il s'enfuit, traverse la forét> et va se coucher sur une meule de foin en une prairie^.
Renart, au haut de la meule et aux prises avec la faim, voit venir une corneille; il s'étend sur le dos, laisse pendre sa langue hors de sa gueule \ contrefait le mort, attrape ainsi la
' Crémaillère pour suspendre des bardes.
* Conférez avec la branche 18.
* Dans la brancbe 12 6^ et la brancbe 31, Renart se coucbe également sur une meule de foin que Peau va entourer.
corneille et la dévore. Il s'endort, et cependant Teau déborde et inonde le pré.
Heureusement un vilain arrive en bateau (v. 22880) ; Renart le laisse approcher, s'empare de la barque et jette Thomme à l'eau.
Renart aperçoit Ysengrin et Hersent, se teint en noir au moyen d^une herbe dont il est en possession (y. 22986), se déguise ainsi complètement, et offre de leur faire passer l'eau. Il débarque Ysengrin dans une tle, où celui-ci est pris dans un piège, reçoit des coups et laisse un pied ^ Renart, sous les yeux d'Ysengrin, satisfait ses amoureux désirs avec Hersent, descend à terre avec elle et vend le bateau à un vilain au prix de quatre chapons.
Renart trouve Roonel le Mâtin en quête de quelque proie (v. 23118), dit avoir été baptisé du nom de Chuflés [ailleurs Ghoflet, Goflet, Chufé, Cuflet) ; invite Roonel à manger des raisins, le fait attraper, prendre et battre dans les lacs d'un piège. Roonel va s'en plaindre au roi Lion en sa cour.
L'écureuil (v. 23332). Rossel l'Escurel, l'Escuiroil, vient trouver Renart et l'introduit dans le poulailler d'un rendu (religieux),- où Renart
* En plasieurs endroits il est fait mention de cette fâcheuse perte d'une patte, que le pauvre Ysengrin a dû subir.
mange un chapon et Rossel hume des œufs. Découverts par les gens du logis, Renart est pris pour un diable, à cause de sa couleur noire. Il échappe au prix de quelques coups ; mais bientôt il menace de manger Rossel lui-même^ et celui-ci court se plaindre également au roi Noble le Lion. A ces plaintes de Roonel et de Rossel se joint encore celle d'Ysengrin pour avoir perdu la patte et s'être vu indignement trahi.
Noble envoie Tybert le Chat (v. 23609) pour mander Chuflés. Celui-ci attire Tybert dans la maison d'un forestier, qu'il dit être la sienne, et où il le fait prendre dans un lacs. Tybert est sur le point d'être tué, mais comme à Tordinaire, dans tous les cas pareils, au moment décisif Tybert ronge la corde et s'évade.
 cette nouvelle, Noble charge Belin le Motou de la même mission (v. 23760) ; mais Renart le fait poursuivre par un vilain dont il lui a proposé de manger l'avoine.
Enfin dant Bernart l'Archeprestre, Brun l'Ors et Baucent le Sengler (v. 23860) reçoivent l'ordre d'aller à la recherche de Chuflés et de l'amener de force. D'abord plaidoyers, puis combat à outrance de Renart contre Roonel (v. 24016). Tous les préparatifs sont faits, tout le cérémonial d'usage est observé, les combattants sont
RfiNÀRT. 227
armés de boucliers et de forts bâtons. Reuart succombe et reste pour mort. Noble ordonne qu'on l'enferme dans un sac et qu'on le jette à l'eau (y. 24282). Cependant Grimbert, qui s'est caché sous le pont par dessus lequel Renart est précipité, le retire de la rivière et le sauve. Renart se lave et redevient roux. Toutes les autres bêtes s'en retournent joyeuses d'être débarrassées de Renart) qui se hâte cependant de regagner Malpertuis.
y. 2ft339. Âtant entra en Malpertuis Et après lui referma Puis, Et sachiez que ce fu savoir.
Ci vos lais de Renart le noir, En son chastel est enfermez, Âtant est li Contes finez.
Encore une branche tout indépendante du reste et sans analogie complète avec aucune des autres versions sur le renard. Toutefois, ce sont les mêmes personnages, les mêmes noms et caractères des animaux, les mêmes relations antérieures, les mêmes haines , les mêmes parentes, les mêmé»\illusions qu'ailleurs.
Il n'y a nulle indication précise sur l'auteur. Cependant on pourrait bien supposer la scène placée en Touraîne, aux bords de la Loire. Le
château est situé sur une roche, près d'une rivière qui porte des vaisseaux jusqu'à la mer, et où il y a des vignes. On boit des vins d'Anjou, de La Rochelle» du Poitou (v. 22781, Vin burent d'Auçoire et d'Orlienz, et ailleurs). L'orthographe ne laisse pas d'offrir de même quelques particularités : l'auteur écrit, par exemple, mestre, chen, vinnes, néiz, si nos aséon, sivent, lévriers, vencu, acuru, pour maître, chien, vigne, nul, asseyons-nous, suivent, chiens-courants, vdncu, accouru, etc. La règle de l'emploi de l's finale pour marquer le sujet et le régime est observée. Le nom de Renart est employé comme appellatif et accompagné du nom de nombre un, dans le vers 22026, ce qui doit être remarqué comme une chose extraordinaire. Les animaux montent presque tous à cheval, etc. ^ En général quelques touniures du langage, ainsi que
* Par exemple :
VersflSew Tiberi
Tantost conmande qu'en atort Son palefroi sanz demorer.
flSGiS Et Dant Tibert meintenant monte.
eesi Tibert s'en Tet à esperon, Moult ot en lui noble baron.
83646 Le cheval des espérons fieri.
XI673 Renart monte sor son cheTal ,
CbeTauchant vont le long d*un val Entre lui et Tibert le Chat.
quelques traits à part, font supposer que cette branche est postérieure à la plupart des autres.
Le récit a beaucoup de simplicité, mais point d'esprit, point de vivacité, point de poésie proprement dite ni d'invention ; il ne contient que peu de nouvelles ruses, de nouveaux tours de la part de Renart, qui finit même par succomber entièrement, et ne doit son salut qu'à la pi'évoyante amitié de Grimbert le taisson.
La première partie de la branche^ jusqu'au vers 2281 1 , où Renart est découvert parmi les peaux, s'éloigne presque entièrement du caractère des autres branches : c*est une description de la demeure et de la vie journalière d^un seigneur qui boit, mange, dort, se lave les mains, monte à cheval, reçoit ses parents 9 va à la chasse, etc. Tout cela peut avoir quelque intérêt historique quant aux renseignements sur la vie et les mœurs du temps, mais ces notions, assez pauvres et insuffisantes en elles-mêmes, sont bien prosaïques et ne donnent aucune valeur poétique à la composition. Lorsque enfin Renart est trouvé parmi les peaux et qu'il s'en-
Vers 9SèSÈ Et cil (Bruns, Bernart et Baucens) montèrent meintenaiit El s'acheminent sans noisier.
Tult troi prenent à cheTauchler Trestuit ooste à coste et à destre.
fuit. Fauteur abandonne absolument le seigneur et ce qui l'entoure pour ne plus y revenir du tout, et passe entièrement aux tours que les animaux se jouent entre eux et aux altercations avec un petit nombre de vilains.
Le nom de Malpertuis ne parait qu'une seule fois, à la fin, au vers 24339, que nous avons cité plus haut.
Deux des manuscrits, 98-14 et 19S B, offrent une variante tellement étendue qu'elle embrasse presque toute la branche ( v. 22022 jusqu'à la fin, V. 24344 du texte de Méon); elle est un peu plus longue que l'imprimé. Pour la variante, c'est le même sujet, le même fond d'idées, la même marche ; les difTérences portent sur les détails et sur le texte, mais il n'y a pas de changement essentiel ni très important dans le récit en général.
On ne laissera pas de remarquer la longueur des branches qui sont placées les dernières, et dont la plupart renferment deux mille, trois mille vers, et même davantage.
Cest la Branche de Renart corn il fu Empereres. (V. 24345-27782; 3438 v.)
Pendant la douce saison, Renart avec ses petits et avec sa femme, qui en porte d'autres encore, se trouve dans la détresse en son fort manoir de Malpertuis. Allant chercher de quoi subvenir aux besoins de sa famille, il rencontre Ysengrin, qui l'avertit de fuir avec lui devant trestuit li vilain d'aune vile.
Lorsqu'ils sont en sûreté, Ysengrin se met à dormir ; Renart l'attache à un arbre ; im vilain qui passe le roue de coups de bâton ; Renart revient le délier; Ysengrin, reconnaissant du service rendu, l'emmène, le régale et lui reste dès lors dévoué à toute épreuve. Renart passe au bord d'une fosse où il croit force mûres, et fait de vains efforts pour en atteindre quelques unes.
Renart trouve Roonel (v. 24687) gisant sous un arbre et fort maltraité par un vilain. Sous prétexte de l'aider, il lui passe une corde au cou et le suspend à l'arbre. Le roi Noble arrive avec sa suite ; il fait détacher et soigner Roonel, qui ne le connaît pas, et lui demande qui il est.
Nob)e le fait emporter chez lui et le fait guérir par
y. 2&876. lÀ mires qui vindrent de Nimes Et de Montpellier par de là * .
L'auteur passe alors par une transition à autre chose :
y. 2/t89ft. Ici de la Gort vos lairon
Et qant leas en sera et tans '»
Si vos en dirons tôt à tans.
Au sommet d^un chêne Renart aperçoit le nid d'im milan, Escofle^ où il y a quatre petits ; il grimpe aussitôt et les mange'. A peine est-il descendu, que le père et la mère le surprennent et l'assaillent à coups de bec et d'ailes ; il réussit à les tuer l'un et l'autre, mais il se couche tout harassé de fatigue et bien aise de s'en être tiré ainsi 4.
Un cheyalier qui passe ayec son écuyer et son garçon (v. 24970) aperçoit Renart à demi mort, lui fait passer une branche de chêne à tra-
' L'université de Montpellier fat établie en 1289. L'École de médecine y avait été fondée depuis un siècle.
' Quand il en sera lieu et temps.
' Gfr. la 5* partie de Renart le Contrtfait.
* Dans la branche 31 , TEscofle auquel Renart se confesse » prétend être celui dont Renart a mangé les quatre petits.
vers les jarrets, et ordonne au garçon de le porter à la maison. Renart ayant mordu le garçon aux fesses, celui-ci le rejette et retire la branche pour Ten frapper; mais Renart, se sentant libre, s'enfuit au plus vite, trouve une herbe au moyeu de laquelle il se guérit, et va poursuivre ses aventures.
Arrivé sous un cerisier, Renart y aperçoit enfin le moineau Droïn.