V. 2007&. Je vos envi, sire cempere
Droit à la Gort à l'Ëmperere, Vos et Toz autres conpaignons, Là nos départira raissons.
Renart se rend à la Cort le Roi et
V. 20088. Là trova-il, si con je croi, Ysengrin et sa conpaignie Qoi là defors s'estoit logie.
Sans saluer Ysengrin ni sa compagnie, Renart entre le premier par un guichet auprès du roi. Il trouve celui-ci tenant une bêche à la main et prétendant s'en servir pour faire des c... Renart s'en émerveille, hasarde l'avis que
REIfART. 215
les c... faits par le lion sont laids, qu'on pourrait les embellir et mieux imiter la nature. A cet effet il propose de prendre' la peau de la nuque et du cou, chaignoTij d'un cerf pour la plier et lier ensemble, puis la crête d'un coq pour en faire une cloison, ensuite la barbe et la peau de la tête d'un loup, hure^ pour en garnir le tout. Le roi, enchanté du conseil de Renart, fait entrer successivement Brichemer, Chantecler j et Ysengrin, et les dépouille conformément à la proposition de Renart. Ce sont donc la fourrure et les ornements de tête des trois compagnons dont Renart se plaint qui servent à Tachèvement de la singulière construction du lion. Renart se voit ainsi bien vengé. Le lion est fort satisfait et admire l'esprit de Renart. L'auteur termine en s'écriant que personne ne saurait mieux faire et qu'aucune chose au monde n'est douce com lie.
Cette branche n'a de liaison avec aucune autre du recueil ; elle est sans analogue dans aucun des autres romans sur le renard; elle parait assez vieille. Elle est semée de traits d'esprit du vieuif et simple genre, La langue y est assez irréguhère. Le récit est assez bien fait et sans
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trop de longueurs. Il y est fait allusion aux différends entre Ysengrin et Renart, à la tendresse de Hersent pour Renart, etc.^ comme à de» choses familières aux lecteurs.
La première partie de la branche pourrait former une bonne fable spirituelle et uaive, honnête et décente. La seconde moitié /se lie bien à la première, et là complète, à la vérité, d'une manière assez naturelle, mais elle est rebutante de platitude et de grossièreté, et à cet égard elle fait singulièrement disparate.
2ft.
Comment Renart et Tyberz H Chaz chantèrent vespres et matines, par Richart de Lison. (V. 20491-21976; 1486 V.)
Oez une no^de estoire Qui bien de¥roit estre en mémoire ; Lonc tens a esté adirée (égarée, perdue)^ Mes or l'a ans mestres trovée Qai Ta translatée en romanz ' ; Oez comment je la comanz (commence).
Ce fu en mai au tens novd
' Translater en romanz pourrait signifier également tra^ doire en langue romane, ou bien transiîérer, transporter (transformer?) en conte.
Que Renart tint son fil Ro¥eI Sor ses jenouz à on matin :
20500. Li enfes ploroit de grant fin (faim) Por ce que n*avolt que mengier.
Renart le prant à apaier, Si li » dit ; Filz cuers de roi, Ge Yois pu (je vais au) bois de Veneroi ' Porcbader à ton cors viande.
Tels sont le préambule et le début assez curieux. Outre les larmes de Tenfançoii , les besoins d^Hermeline en gésine poussent Renart ; il va à la chasse, mais aussitôt il est hué et troublé par Tabbé Huon et ses chiens. Il trouve Tybert le chat étendu au soleil sur un rocher, lui persuade de raccompagner par amitié, et le conduit, tout en causant, vers le Vernoi. Hs voient venir Guillaume Bacon o ses chiens (v. 20673); Renart s'esquive, Tybert grimpe dans un arbre, où on l'attaque avec des pierres et des bâtons :
V. 20738. Qant uns prestres vint à cheval Qui ses livres ot fet troser Por ce que il devoit chanta* A Blaangni por le Provoire Qui estoit alez à la foire.
Ne savoit d'autres livres rien,
* Veneroi^ Vernoi, aunaie, lieu planté d'aunes, autrefoi& appelés vemes.
N'i conéust ne mal ne bien; Ce qu'il en set, c'est par aotroi, Por ce les portoit avec lui.
Le Prestre del Brnel avoit non.
Le prêtre aussi se joint aux ennemis du chat^ qui le moralise en vain, lui dit d'être charitable et de recevoir plutôt sa confession. Enfin Tybert saute sur le cheval du prêtre, qui avait mis pied à terre, et le fait partir, au grand regret du propriétaire 9 qui se met à réclamer humblement sa monture et ses livres. Le chat lui dit entre autres :
V. 20863. Âvoi! Dant Prestre, dit Tybert, Tez cuide gaaigner qui pert, Et autre enborse le gaain.
Tybert Tinterroge sur son savoir, et le prêtre répond très mal. Il redemande encore son cheval et ses livres aux passants, qui lui crient in* jurieusement :
y. 20958. Oez, font-il, est-il bien ivres,
Dant Prestres, il est la feste as fox * , Si fera-on demain des chox Et grant départie h Baieus, Alez-i, si verrez les jeus.
' C'est la fête des fous.
RENART. 2f9
Tybert s'avance à cheval ; Reuart, en Tapercevant, est étonné et s'écrie :
y. 20998. Il est esléuz à Abé.
Hé! IMex, et deqaeleÂbaîe?
De Glervaus ne seroit-ce mie T Nenil, qar il i a Âbé.
Tybert chante , et regrette d'avoir perdu Renart. Celui-ci reprend courage. Tybert fait le fier et l'engage à aller chanter la messe, etc., avec lui à Blaaingnié en qualité de simple chantre. Renart accepte, se dit fatigué, reçoit la permission de monter en croupe, et prétend alors avoir autant de droit au butin (cheval et livres) que le chat. Ils s'interrogent sur les set arz (sept arts libéraux, v. 21204 et ailleurs), et se disputent, à la manière des scolastiques, sur le pain d'orge fait de froment, le pain de froment fait d'orge, etc. Arrivés à la ville, ils prennent leurs livres, laissent le cheval paître et entrent dans l'église pour chanter , au moment où tout le monde en sort sans avoir entendu vêpres. Cependant ils se prépsu*ent, chantent vêpres tout au long, se répondent, etc. Puis ils recommencent à discuter sur la part que Renart doit avoir au gain, aux dîmes, etc., en cas qu'il reste avec Tybert. Celui-ci lui propose d'abord un quart, puis il lui accorde la moitié. Renart demande à
manger, mais il ne veut pas manger le pain sur Tautel. Ayant trouvé deux fromages, Tybert disti*ibue au renard le plus vieux et le plus dur, et gai*de pour lui-même le plus blanc et le plus mou. Pour en tirer vengeance, Renart fait souvenir à Tybert qu*ils n'ont sonné ni vêpres ni vigile. Renart ya sonner le. premier, fait un nœud coulant, y passe la tête et les pieds de devant, en ayant soin de tenir la corde aux dents. Tybert à son tour fait de même ; mais le traître Renart lui parle, il desserre les dents pour répondre et se sent aussitôt pris p^r le cou. Renart enlève Tescabeau où ils étaient montés, et Tybert balance en Tair en faisant sonner les cloches malgré lui. Renart se moque à voix basse et longuement de lui, et s'échappe lorsque les gens de la ville arrivent. Les premiers qui se présentent prennent le chat pour un diable et $'enfuient ; les suivants rassaillent. Un des coups d'épée destinés au chat coupe enfin la corde et donne au pauvre pendu le moyen de s*enfuir. Ayant rencontré Renart, il en est raillé de nouveau. Reftart retourne enfin auprès d'Hermeline et emporte, chemin faisant, une oie grasse pour sa nourriture.
RBNART. 221
Cette branche est également sans liaison directe avec les autres, et n'a pas d'analogie complète ailleurs.
Le récit est étendu et rempli de causeries par* fois trop prolixes entre Renart et Tybert ; néan^ moins ils ne laissent pas d'être relevés par une aimable plaisanterie, par quelques traits d'esprit, par une naïyeté et une simplicité naturelles qui l'animent et qui doivent plaire aux lecteurs. L'auteur n'était pas dépourvu de talent. Ce n'est qu'une suite d'altercations entre le renard et le chat, où celui-ci parait l'emporter décidément jusqu'àf ce que la chance tourne à la fin et que Renart réussisse à faire pendre Tybert et à se tirer lui-même d'embarras.
Point de réminiscences de chevalerie ni allusions aux mœurs féodales. Plusieurs fois, comme ailleurs, il y est question de la famé et de la putain du prêtre.
La langue, plus régulière que dans la branche précédente, est néanmoins parfois assez difficile à comprendre.
L'auteur se nomme lui-même vers la fin, et de plus tout prouve qu'il était Normand, que le nor^ mand est son dialecte, et que c'est en Normandie qu'il a placé la scène de son drame.
y. 21966. Ce vos dit Richart de Lison
Qui conmenchiée a ceste fable Por doner à son Connestable.
Se il i a de riens mespris ' Il n'en doH jà estre repris 5e il i a de son langage, Que fox nais ne verres sage N*il ne velt gerpir sa nature, Que Diez nostre sire n'a cure.
Toz jorz siet la pome el pomier, Ne vos v(m1 avant rimoier.
Telle est la fin de la branche. Ailleurs le nom cl*une ville de la Bretagne parait de même ; le chat dit, par exemple :