COURONNEMENT DE RENART
Méon, dans son édition, après le Roman de Renan proprement dit, en a fait imprimer un autre intitulé Roman du Couronnement de Renan. Sans doute cet ouvrage appartient au même cycle de fictions que le précédent, mais, du reste, c'est un poëme tout à part, en 3398 vers de 8 syllabes, à rimes plates, incontestablement composé pendant la seconde moitié du treizième siècle. L'idiome aussi est particulier et plus difficile à comprendre que celui de la plus grande partie du précédent.
Les dernières branches du poème principal, nous l'avons fait observer, s'éloignent assez, et de plus en plus, de la fable primitive du renard et du caractère populaire de celle-oi. Le poëme du Couronnement s'en écarte bien davantage encore. Renart, à la vérité, est toujours le principal personnage, mais ce n'est plus un renard malin qui joue des tours d'adresse et de méchanceté à d'autres animaux , conformément à son naturel et à celui de ces autres animaux mêmes. On dirait que, dans le Couronnement , Renart n'est plus l'animal rusé, mais que c'est une indi-
vidualité humaine ; il parait ne pas agir par instinct ou inspiration du moment, mais il a un projet arrêté, un but éloigné; il travaille sourdement et de longue main à y parvenir; il raisonne, il joue rhomme sage ou prudent, et fait toute autre espèce de persomiage humain ; il moralise, ou du moins il expose directement les leçons à tirer de sa conduite, de ses réflexions, de ses raisonnements. Les anciennes aventures et relations entre Renart, Ysengrin, Hersent, Noble, Orgueilleuse, etc. , ne sont ici pour rien. L'épouse de Renart s'appelle Ermenjart, Ermen, Erme, au lieu d'Hermeline.
Nous allons donner le sommaire du roman du Couronnement, et ensuite nous y ajouterons quelques observations.