V. 7525. Frère Menu et Jacobin
En menèrent moult grant hustin Au tans que Pape Nicolon Fu, et au tans Roi Pbelippon , Ki pères fu raportés mors D'iirragon, et en fu li cors Mis en Teglise Saint-Denis Delès son père Loéys Ki Damiete conquesta, Et tant sainte Eglise ensaucha * Et à Paris as Préeceurs * Fu li cuers mis, etc.
En faisant remettre le cœur de PhiUpye III le Hardi aux frères prêcheurs Jacobins, le roi prouva son amour pour cet ordre et pour TËglise. L'auteur informe le lecteur que du temps où eurent lieu les fameux plaidoyers en faveur des prétentions des Jacobins et des Gordeliers, le maistre Mikius (Michel) de Warengien (1284- 1291), le maistre Willaumes de MasconSj et
' Philippe IV le Bel, 1285-131/i, et Nicolas, 1288-1292. * ÊleYa, exalta. ' Aux Prêcheur».
le maistre Willaumes de Lisi^ étaient évéques de Tournai, d'Amiens et d'Arras.
LWteur revient à Renart, qui veut imiter ses deux fils devenus moines, afin que Dieu lui fasse merci au jour du jugement. Il se rend avec une mine dévote auprès d'un pauvi*e et saint ermite, feint de vouloir se faire religieux, et demande d'être reçu en confession.
Le tableau des intérêts des Jacobins et des Gor« deliers, contenu dans cette branche-ci^ parait une allusion directe aux faits historiques de la fin du treizième siècle.
Einsi com Renari se confesse à l'ermite en un hermitage. (V. 7639-8048; 410 vers.)
Renart confesse brièvement et en gros la méchanceté, le meurtre, la luxure , la trahison, et demande Tabsolution et un refuge auprès de l'ermite. Il désire pourtant connaître d'abord les statuts de Tordre de celui^^i , et quand il apprend que Termite vit isolé, porte une naire de peil velu sur sa chair nue, marche uu-pieds, se nour* rit de légumes et d'eau, récite son psautier tous les jours, et dit matines à minuit, il renonce à son projet, en disant que les ordres ne lui conviennent pas.
KENART. 423
De retour à Malpertuis, il y est parfaitement bien reçu par tous les siens, et félicité de sa résistance contre Noble et de la paix qu'il a su faire. Sa réputation est répandue en deçà et au delà des mers, parmi les païens et les chrétiens. Partout il exerce son empire, rien ne peut réussir ni prospérer sans lui ; les vrais prud'hommes que Dieu aime sont tenus ici-bas pour fous, hypocrites et bigots , et ceux qui portent Renart au cœur, ceux-là seuls sont regardés comme prud'hommes.
La renommée de Renart étant parvenue jusqu'à Acre, les Templiers et les Hospitaliers veulent également Tattirer à eux , s'en disputent la possession, et conviennent d'aller à Rome et de s'en remettre à la décision du pape. Celui-ci s'adresse à Renart, qui lui offre d'abord un fils qu'il a eu de Hersent pendant sa jeunesse. Le pape l'accepte avec beaucoup de reconnaissance. Le lendemain, les Templiers plaident d'abord leur cause, vantent les services qu'ils rendent à l'Ëglise et à la chrétienté en les protégeant et les défendant en Orieut , et demandent que Renart demeure avec eux. Renart désh*e entendre aussi les Hospitaliers, et promet de se livrer à ceux qui ont le plus besoin de lui, pourvu qu'il puisse le faire ayant encore sa femme vivante. Le pape
lui en accorde la permission en riant. Les Hospitaliers à leur tour font valoir leur ancienneté sur les Templiers, le puissant soutien que la chrétienté trouve en eux« et Timmense utilité de leurs hospices. Le pape déclare qu'il faut que Tune des parties perde. Mais Renart n'est pas embarrassé; il ofTre d'appartenir aux uns et aux autres ; du côté droit, il portera Thabit des Hospitaliers et se fera raser la barbe ; du côté gauche, il sera vêtu en Templier, et gardera la barbe longue, et il saura bien les régir tous. De cette façon tous sont contents ; on revêt Renart, le pape l'investit, les deux ordres lui prêtent serment d'obéissance, et se réjouissent de le posséder.
Là -dessus arrive Fortune sur un palefroi, pompeusement vêtue et parée. Elle salue Renart et ofTre de le couronner et de l'élever au haut de sa roue :
V. 7953. Car tu l'as trop bien desiervi * Car nus n'est riens encontre ti.
Tout sunt mais Renart et Renardes, Clerc et lai, witart et witardes \ Viel et jouene, grant et petit.
Montés, bien Tavés desiervi.
Mérité.
* Déhonté, méprisable*
rënart. 425
Reuart refuse dans la crainte que la roue ue tourne et le jette en bas. Fortune le rassure en disant que jamais sa roue ne tourneia plus, puisque Renart a aboli la vraie foi, que Fausseté a pour jamais abattu Loyauté, que Renart a fait triompher Orgueil sur Humilité. Elle encourage Renart à monter, car à sa di'oite il aura Orgueil, et à sa gauche dame Ghile, Fausseté son cousin germain et fils de son oncle Tromperie et de la dame Fourberie, qui est cruelle, félonne et méchante. Loyauté est à jamais anéantie. Renart, couronné d'orgueil, vêtu mi-partie en Templier et en Hospitalier, monte alors sur la roue, accompagné de Fourbe, Ghile. Ses fils et héritiers présomptifs viennent s'asseoir sur la roue à ses pieds.
Dieu ne voulant pas Tempécher, Renart est couronné comme un roi. Fausseté dicte les jugements et les lois, et Fortune a fixé sa roue de manière qu'elle ne tournera plus.