V. 6679. Soions so^eus de nous garder
Lî mors vient, nous n'avons k'ester ;
Avoec li Tient SaiansJi lens.
De nous mengier tous lamilleus.
De dévot cucr merci crions
A Dien, et noua merci arons.
Le Roi. cil signant la paix avec Reiiart, a cédé nos corps ati vice, et si renoncé à la veriu. Jésus, par son incarnation, a faîl quelque chose de semblable, mais il nous a rachetés sur la croix ; par conséquent, il faudra que nous l'aimions; mais Renart ui' craint guère Dieu ni son fils. Voilà donc l'explication de toute l'allégorie de la paix entre Noble et Renart , entre le bien et le mal, entre la vertu et le vice, entre la foi et l'impiété.
' De dérober.
• Pilier.
* ËngTande «ItKtion.
414 nENAnT.
Renart invite Noble à venir cimenter la réconciliation à Pa8se*0rguel« ce que le Roi accepte. Aussitôt Tours Blancart, qui avait été retenu prisonnier à bordi vient annoncer au Roi que son navire a été enlevé au ciel par une nue» et que luimême s'en est échappé en se jetant à la mer. C'est la perte du navire des bons, lorsque ceux-ci fraternisent avec les méchants,perte irréparable à moins d'une grâce particulière de Dieu. Ainsi, aux allusions et applications spéciales et de détail, le poète a mêlé des allégories et allusions universelles de morale et de religion chrétienne. Noble est désolé ; Renart s^erforce de le consoler. Dame Ghile amène Oi^hiileus, fils de Proserpine et d'Orguel, et le présente à Noble son grand-père, tahrif qui l'adopte.
Tous les grands personnages des deux années font leur entrée solennelle à Passe-OrgueU Plus d'une quarantaine de femelles viennent ainsi successivement descendre de leurs palefrois^ et un mâle , mari ou courtisan, court en amant courtois aider chacune à mettre pied à terre, et lui chante quelque chanson amoui*euse, à laquelle la dame répond par On couplet. Quelquefois c'est seulement l'un ou l'autre qui entonne une chanson. De cette façon » on trouve cités et notés ici les deux ou trois premiers vers de quarante-six
RBNART. 416
diverses chausons d'amour du temps; et Ton apprend à comiaftre non seulement l'existence de ces chansons, mais de plus le système de la musique du moyen-âge ^
 la fin , le serpent Cérastes, y. 7042, et le coq Basiles avec les leurs viennent faire leur soumission au Roi Noblon.
Cette branche a encore cela de particulier que l'action n'y marche presque pas. Les réflexionsp les descriptions des cérémonies et les citations de chansons la remplissent presque entièrement.
* Ici comme ailleurs les chansons varient dans les dlTers manuscrits, et ontre les 66 dn texte, Timprimé, dans des notes, en indique encore 28 antres comme variantes tirées des divers manuscrits, n paraît donc que les copistes les y ont mises et variées arbitrairement et à leur gré. — Pour expliquer et faire bien comprendre le système de notation de ces chansons du treizième siècle et ses rapports avec le système de nos Jours, il Ikudrait sans doute de longs commentaires ou un traité complet qui, je Favoue, est tout-à-&it hors de ma portée, et pour lequel Je renverrai à d'autres mieux instruits sur ces matières. Voyez entre autres Buai sur la musique ancienne eS moderne, par De La Borde, Paris, 1780, h voL in-A*; les ouvrages de M. Bottée de Toulmon et le travail de M. Peme, à la fin des Chansons du Chdtelain de Couqf, publiées par M. Fr. Michel. Paris, 1830» gr. in-8*.
Si ke Renart et li Rois Nobles sient au mengier par pais, et Timers li asnes rasost * Renart, li il avait eskuménié. (V. 7053-7336; 284 v.)
L'âiie vient absoudre Renart et tous ceux de son armée, tous ciaus de s'ost, et chanter le Te Deum. On se met à table; le Roi est assis au haut bout entre dameGhile et Orgîlleus. Renart commence par chanter, et puis il y a des chansons à chaque mets ou entremets. Le lendemain le Roi veut s'en retourner. Tous s'embarquent dans le navire de Renart , qui est assez grand pour contenir tout le monde ; le Roi s'y trouve mieux que dans le sien.
V. 7112. Tout ramentevoir ne vous puis. Mais tant vous di-je que li Rois Prise plus le nave vint fois Des visées, et si l'aime plus Que celé qui fu des viertus.
Ënsi est de nous au jour d*ui, Helas ! mors n'espargne nulni.
Noble» en fraternisant avec Renart» s'est pei*du« C'est là le péché originel, la corruption de Thumanitc. L'auteur fait souvenir que quand la mort nous prend, les vers ont le corps, les héritiers
* Absout. JVûssoU, absout, acquitte*
RSNART. 4 1 7
ont le bien , et Tàme va où il platt à Dieu , et il ajoute :
V. lihO, Filions Renaît que c'est no* mors, Car il eslonge ' de Dieu l'ame, Et le met en la puant flame D*Infier dont Dame Dieus nos gart.
Après une longue navigation, ils arrivent à Malpertuis, où ils sont parfaitement reçus par la femelle du renard k*en baptesme avoit à non Erme; Noble la réconcilie avec Renart. Au bout d^un mois, chacun voulant rentrer chez soi, Renart paie généreusement son monde, et les comble tous de richesses et de cadeaux, et Noble l'institue maître de son conseil, ainsi que malheureusement il arrive trop souvent de nos jours :
V. 71 7 1 . Et li Rois Nobles Renart fist Signor de ses consaus et dist K'il gouvernast son règne et lui.
Hélas ! ensi est au jour d'ui, La gent font mais ' Renart signeur Par quoi tout va mais à doleur.
Il s'agit de récompenser l'équipage du navire, c'est-à-dire pape, cardinaux, évéques, prêtres, clercs, moines, car,
• Notre.
' Eloigne.
* Désormais, maintenanl.
418 IIENART.
y. 7229. Le nef de Renart,
C*e8t cist mous * qui va maie part.
Renaît si est li anemis Qui tous les a à ses laz * pris*
Après avoir tenu conseil, ceux-ci demandent en fief Convoitise» en héritage AvaricCp et pendant la vie Mesquinerie, v. 7253. Renart raccorde et leur donne de plus sa sœur germaine dame Ghile, et Orghilleus, le fils de Proserpine. Tout le clergé Ten remercie à genoux.
V. 7269. Hé! las Clergiés, que respondrés An grant jour quant vous i yenrés Devant le face Jhesn-Gris. .. ..
L^auteur interpelle et menace le clergé et le monde sérieusement et avec une certaine onction religieuse et poétique. Le clergé demande encore de fraterniser avec Renart : KHI soient de sa confrairie. Renart y consent et ajoute à ses dons celui de son vêtement dliypocrisie :
V. 7325. Et avoec, lordist, je vous doins, Car bien voi k*il vous est besoins, Mon gris drap fait d'ypocrisie, C*on ne connoisse vo voisdie '.
* Monde.
•Pièges.
'■* Afin que Ton ne connaisse pas votre dnplicité.
hRNART. 419
Si ke ii Jacopin et li frère Menu sont demoré à conseil^ et ne vont mie al autre clergié. (V. 733*7-7402; 66 vers.)
LesJacobins prêcheurs de l'ordre de Saint'^Do^
minique, et les Frères Mineurs sont pauvres» et
diffèrent en cela du reste du clergé :
y. 7337. Li frère Menu demoarerentt Et H Jacobin point n'alerent En haut orguel ' , povreté ont; Rice as povres contraire sunt Com H triades * au venin^
Les Jacobins tiennent conseil et conviennent qu'ils ont besoin de l'astuce^ renardie^ car il n*y a pas d'autre moyen de devenir riche :
y. 7356. yous n'aurés jà un pain vaillant En cest siècle sans renardie.
Car ligent sont plain de boisdie»
De mal art et de tralson, etc.
ils s'adressent donc à Renart pour qu^il prenne Thabit de leur ordre. Renart s'excuse sur ce qu'il
* Compagnie de Satan.
* Thériaque, contre-poison» le manuscrit 7218, conservé à la Bibliotbèqae du Roi à Paris, contient une satire allégorique intitulée de Triade et de renin^ que M. A. Jubinal a publiée dans son Houveau Recueil de Contes, Dits, FaMiaux, ttc.y 2 vol. in-8% Paris, 1839 et 18/S|2, t. I, p. 360.
420 HENART. .
a trop d'occupations ailleurs, et leur offre son fils Renardiel, qu'ils revêtent de l'habit de leur ordre, et font grand-maltre et provincial. Par là ils ont abandonné la pauvreté et se sont élevés jusqu'aux richesses, en haut orgueil comme les autres.
Les Cordeliers, Frères Mineurs, de l'ordre de Saint-François, pensent et agissent comme les Jacobins, et admettent dans leur ordre Boussiel, autre fils de Renart.
Si ke li frère Menu viestent de lor Ordne Rousiel fit Renart, et en font custode de lor Ordne. (V. 7403-7638; 236 vers.)
Roussiel promet aux Frères Mineurs de les faii*e enrichir et honorer à l'égal du reste du clergé ; mais comme les coutumes et règles de l'ordre s'y opposent, il ne peut y parvenir qu'avec peine et peu à peu.
. Les deux frères Renardiel et Roussiel, à la tête des deux ordres qui jusque là étaient divisés, s'entendent pour les mettre d'accord. Ils leurs représentent qu'ils mourront toujours de faim tant que les prélats leur disputeront le droit d'entendre des confessions, d'imposer des pénitences, de donner des absolutions, et d'assister à la ré-
dactioo des testaments , et leur persuadent de revendiquer leurs droits. De là naissent de vifs plaidoyers et de grands troubles du temps du pape Nicolas et du roi Philippe ^