‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparés d'après les textes manuscrits les plus anciens, les publications latines, flamanades, allemandes et françaises; précédes de renseignements généraux et accompagnés de notes et d'éclaircissements philologiques et littéraires;Chapitre 77 sur 84 · OBSERVATIONS SUR RENART-LE-NOUVEL · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR RENART-LE-NOUVEL

L Caractère des acteurs. Dans le poênie du Nouveau Renart, il y a, quant au caractère des acteurs, quelque chose de suivi, d'assez bien soutenu, et qui porte à supposer chez l'auteur une intention réfléchie, un accord consciencieux entre la conception fondamentale du poëme et l'exécution des parties, le naturel et le rôle des acteurs.

Le Roi et son adversaire principal, par leur entourage, par leur conduite, par leur manière

d'agir et de penser , répondent assez complètement à leurs noms de Noble et de Renart. Noble est bien ici la même individualité que nous avons trouvée dans tous les poëmes de ce cycle : partout c'est un persoimage illustre et vénérable , grave et réfléchi ; ici comme ailleurs, il est constamment juste ^honnête et indulgent, mais du reste assez irrésolu et dépourvu de fermeté, éclatant à tout propos en belles promesses ou en menaces terribles, et les oubliant bientôt, faisant l'important, se laissant persuader et apaiser, ou bien même attraper à l'amorce de ses conseillei*s, de ses flatteurs ou de ses adversaires , et finissant toujours par se contenter de Tapparence , et se complaire au semblant d*hommages et d'honneurs qu'on lui rend. Bien que Noble pèche et se pervertit, je n'ai pas hésité à l'appeler honnête, car en effet lorsqu'il veut se laisser aller à son amour adultère pour Harouge, il est d'une candeur, d'une timidité, d'une niaiserie, qui prouvent au fond son ingénuité, et qui lui font aisément pardonner sa faute, que d'ailleurs il regrette amèrement, et dont il demande sincèrement pardon ; et lorsqu'il se laisse séduire par les flagorneries de l'infernal Renart, et qu'il s'abandonne à la jouissance du luxe et à l'attrait éblouissant du pernicieux navire de Renart, c'est presque à son

insu, et entouré, obsédé par tous les vices et tous les genres de corruption , il ignore, pour ainsi dire, encore le vice, et demeure presque innocent. — Noble confie constamment sa principale bannière à Tardif le limaçon. Est-ce que ce ne serait pas là le symbole de la sage lenteur qui caractérise presque toujours le principe monarcbique, le monarque par naissance et par droit de succession? En effet, ce gonfanonier, type de lenteur et de circonspection , finit toujours par atteindre le but et triompher. — Les animaux qui accompagnent Noble sont d*un naturel doux, honnête : le lièvre, la loutre, le castor. C'est la colombe Dunin qui lui sert de messager. Les léopaiHls Hardi et Harouge sont francs et droits. Ysengrin est un fidèle et vaillant serviteur; ses avis ne valent rien à la vérité : un jour il fait déserter les troupes du roi , parce qu'il lui a conseillé d'en diminuer la solde ; mais les mauvais conseils ont été donnés par bêtise et non par méchanceté ni arrière-pensée. L'âne Timer, infiniment sot, mais de bonne foi, appartient au Roi. L'ours blanc Blancart, fort et redoutable, n'est ni adroit ni rusé ; embauché d'abord par Renart, fait prisonnier du Roi à la première rencontre, il fait sa soumission et se réfugie humblement auprès du Roi aussitôt que le navire des vertus, où

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il est retenu et presque oublié, est enlevé par une nue.

De son côté, Renart est la fidèle personnifica* tion de la ruse et du mensonge, de la perversité et de la dépravation. C'est le suppôt de Tenfer, l'allié d&Proserpine et de Satan ; c'est le serpent qui infecte tout de sa bave, qui introduit le mal dans le monde et l'y fait triompher. Renart est fort, il a des richesses, des alliés^ une armée puissante ; mais c'est pourtant toujours par la fourbe qu^il se guide et qu'il triomphe; il s'enfuit aussitôt qu'il y a quelque danger à craindre, il se déguise et en impose pour tromper et réussir ; il se donne l'air humble et repentant par calcul, quand il croit s'en tirer par là à meilleur marché et s'insinuer plus avant dans les bonnes grâces de son débonnaire et loyal adversaire et suzerain. Renart ne se contente pas de tramer la perte du Roi , il séduit son épouse et attire son fils dans ses filets de perdition. De même que dans les autres poëmes du renard, Grimbert le blaireau est cousin de Renart et lui demeure fidèle plutôt par alliance de famille que par aucune conformité réell^ de façon de penser. Mais le singe avec son fils, animal souple, méchant et difforme, trahit Noble, et se fait commensal de Renart, auprès duquel il est mieux à sa place à

la vérité. Pour se fortifier, Renart recherche ralliauce de Céraste et de Basile. Le premier est un serpent » par conséquent d*un naturel conforme à celui de Tastucieux Renart; il est fabuleusement riche et puissant* et cède à Renart le château de Passe-Orgueil, c*est-à-dire yraisemblablement le temple d'un oi^eil, d'une vanité tellement mondaine et monstrueuse qu'elle surpasse même la vanité infernale dont le lionceau Orgueil est le représentant. Le coq Basile n'est guère autre que le fameux Basilic , espèce de lézard , animal fabuleux dont le seul regard assassine , et dont Talliance , par conséquent , est encore un autre compromis avec la uiéchanceté, le meurtre, les puissances infernales.

IL Sujet et idée fondamentcUe. Dans le premier et principal roman de Renart, nous avons dû reconnaître un recueil de fables et de contes divers, une réunion et une rédaction de compositions déjà anciennes en partie » et conservées par tradition sans doute autant que par écrit, la plupart du genre populaire, d'une teinte enjouée, faites pour divertir et pour exciter le rire plutôt

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que pour instruire gravement » remplies d'une douce ironie plutôt que d'une satire amère» sérieuse et didactique. Il en est autrement du roman de Renart le Nouvel ; celui-ci appartient à la vérité au cycle des poèmes sur la vaste fiction ancienne et commune des animaux, mais il ne tient qu'accessoirement et pour ainsi dire accidentellement aux fables précédentes, aux contes traditionnels et joyeux sur Ysengrin et Renart, Hersent et Hermeliue, etc. Ici les querelles , les jalousies, les railleries entre Ysen|;rin et Renart, se continuent et servent de motifs et de ressorts à l'action, mais elles ne forment plus le sujet ou la base principale. Ysengrin, d'ailleurs, nous l'avons fait remarquer, ne joue guère ici qu'un rôle secondaire. La lutte s'engage d'une manière plus directe, plus saillante et plus durable entre Renart et Noble, le roi même, et c'est cette luttelà qu*il faut plutôt considérer comme le sujet , proprement dit, du Nouveau Renart. Toutefois, au fond de ce sujet, on aperçoit sans peine dans l'auteur l'intention de peindre la lutte entre le bien et le mal en ce monde, l'efTet du péché originel, la propagation et le triomphe du mal parmi les hommes. L'auteur parait poser le lion, le Roi Noble, comme représentant de la bonté et de la loyauté, mais en même temps de la bon-

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homie débonnaire et crédule qui se laisse facilement mener, et qui, par une tolérance trop indulgente envers le mal et la mauvaise foi, perd toute estime et tout respect, et finit par se trouver malgré lui et presque à son insu dominé par le mal et vaincu par les méchants et les vices qui usurpent sa place et son autorité. Renart, au contraire , parait être là comme le principe du mal, le vice personnifié, Tesprit mondain, l'impiété remportant de plus en plus sur la croyance, sur la vertu, sur tout le genre humain, et régnant enfin dans ce monde de perdition. Sans doute Fauteur, en peignant le triomphe successif de la scélératesse, ne s'est point proposé de retracer une image abstraite du mal en lui-même ; il a eu clairement Tidée de faire un tableau concret de la perversité de la société humaine, telle que celle-ci s*est offerte à lui du temps où il a vécu et dans les pays qui lui ont été connus, et il a eu nettement Tidée de signaler en particulier la dépravation du clergé soi-disant chrétien, de toute la hiérarchie catholique depuis le pape même jusqu'au deniier prêtre desservant ou moine mendiant. En conséquence, sous le rapport du sujet et de la conception fondamentale , le Nouveau Renart est une œuvre originale et indépendante, en droit de prendre rang parmi les vastes fictions

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narratives des grands poëmea didactkpies du moyen-ftge, partieulièremait du treizième et du quatorzième siècle. Les teintes du tableau de la démoralislation sociale sont aussi sombres et aussi tramelHaites» la satire est aussi mordante, l'attaque est aussi vive» les paroles sont aussi franches» la conclusion est aussi affligeante que dans les plus virulents sirventes des troubadours du treizième siècle ou dans les sottes chansons des trouvères* La hardiesse de l'attaque et la liberté de la parole fournissent un témoignage de plus de la dégénération grossière et scandaleuse d'une grande partie de la société , et du mépris où étaient tombés TËgUse et le clergé au treizième siècle 9 et en même temps une preuve en faveur du courage» de l'indignation et de la franchise des hommes de lettres d'alors, de la sévérité de la critique, de l'indépendance hardie de la littérature.

3. Allusions historiques. La trempe, le ton et la marche du récit sont de nature à faire naître involontairement chez le lecteur du Nouveau Renart l'idée d'une allusion suivie à des événements historiques soit contemporains du poète, soit antérieurs. Sur ce chapitre, toutefois, ni sou»

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venirs, ni combinaisons, ni recherches ne m*ont conduit à rien. D'autres sauront peut-ôtre mieux faire et parviendront sans doute à trouver une clef à I*énigme. Quant à moi, aujourd'hui, je suis réduit à regarder le poëme comme une pure fiction narrative, allégorique et didactique. Dans la première pallie surtout, la plus décidément narrative, il n*est absolument fait allusion à aucune personne ni à aucun événement. Dans tout le poème, il n'est alludé distinctement à aucun personnage contemporain ni antérieur. Ce qu'il y a, surtout dans la dernière moitié du poëme, c'est une allusion générale et universelle aux hommes du treizième siècle, et une allusion directe et ouverte à tout le clergé régulier et séculier, mais sans désignation particulière ni positive d'aucun individu. Enfin, les trois dernières branches seulement contiennent des allusions franches et nullement déguisées aux affaires des Jacobins et des Gordeliers et à leurs contestations, ainsi qu'aux prétentions, aux luttes, aux relations et à Tétat des Templiers et des Hospitaliers vers la fin du treizième siècle. On se souviendra que les deux ordres des Jacobins et des Frères Mineurs ou Cor- •deliers figurent également d'une manière peu avantageuse et peu honorable dans le Couran-^ nement de Renan ^ depuis le vers 1080.

4. Allégorie. On sait assez que l'allégorie est une figure favorite et employée jusqu'à satiété dans la poésie des trouvères.. C'est surtout dans les poèmes dids^ctiquQS. et dan^ les poëmes élégiaques et erotiques qu'elle est d'un usage fréquent et qu'elle se trouve au premier rang. Elle occupe moins de place dans la poésie populaire, vulgaire et divertissante^ dans les fabliaux, par exemple; aussi l'allégorie, surtout l'allégorie abstraite, parait plus rarement et avec plus de retenue dans les rapsodies qui composent le premier roman de Renart et qui , pour la plupart , tiennent au genre de l'apologue proprement dit. Le Couronnement de RenurteX Renart Le Nouvel s'éloignent davantage de la sim[4icité de la poésie populaire ej; participent du caractère des grandes fictions chevaleresques de ces temps ; en conséquence^ Tallégorie abstraite se montre déjà ouvertement dans le Couronnement : médisance, envie, orgueil,. y figurent comme des individus; les animaux n'y sox^t plus tout simplement des acteurs doués d^ Lçurs instincts pai^tiejuli^rs ; Us y font des persQnoag^ç plus ou. papina distingués de rang et de quftlité; et dans Renart le Novel, l'allégorie prédomine d'une manière encore plus caractéristique, et le simple et pur apologue dçs^ c^d d'une façon plus. décidée. à un rôle épisor

dique et inférieur. Ce n^est guère que dans les branches 15, t6, i7,18etl9 que le véritable apologue règne et que, par mémoire et analogie, le lecteur est ramené vers les récits vulgaires et traditionnels du principal et premier corps d'ouvrage sur le renard , le loup et autres bétes ; mais en effet, bien que ces cinq branches soient suffisamment et assez naturellement liées au reste du poème, elles y forment incontestablement une espèce d'épisode, et font tant soit p»i disparate au milieu de toutes les autres. Quant au poème de RenarUle-Novel en général , à considérer la trempe particulière de toute la conception, et la manière dont l'autem* fait figurer et agir les bétes qui lui servent d'acteurs, tels que le lion, le lionceau, le renard, le loup, etc., on serait en droit de l'appeler essentiellement et presque entière* ment allégorique, et de le qualifier d'allégorie suivie et complète. Toutefois, cette allégorie est de deux espèces, et donne lieu par là à une distinction. L^auteur foit figurer et agir allégorique* ment des étrès véritables et concrets, de chair et d'os, tels que toutes les brutes, et cette manière d'allégoriser est fondamentale et distinctive pour la conception et la contexture de l'ouvrage ; elle est continue et indispensable dans toutes les par^ tiés, depuis le commencement jUsqti'à là fin. De

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plus» Fauteur fait apparaître, mouvoir et agir des êtres allégoriques, imaginaires et abstraits, de pures fictions poétiques, tels que les vices et les vertus personnifiés, colère, envie, luxure, tromperie, chaiîté, foi, courtoisie, raison, etc. Parmi les branches où il se livre surtout à Temploi des faciles allégories de cette espèce, on remarquera aisément la septième et la huitième^ où il fait accueillir le fils du lion dans le palais magnifique du renard; la vingt-troisième et la vingt-qua» trième , qui contiennent la description des deux navires de Renart et de Noble , etc. Du reste, le plus souvent, il se contente de signaler et de distinguer ces personnages par leur nom seul, sans entrer dans aucun détail sur leur caractère emblématique, sur leur action nisur leur influence immédiate ou individuelle sur les autres acteurs, ni sur la marche et le développement du sujet. Dans la première partie du poëme, il y a une certaine liberté, un certain agrément et attrait dans la fiction, une certaine douceur dans rironie, et le poète parait inspiré et à Taise dans sa création. A mesure que Fauteur avance , il semble qu'il tourne davantage au sérieux, et que son travail devienne plus laborieux et plus lourd; il semble s'attacher de plus en plus à présenter un tableau allégorique amèrement satirique, triste et affli-

géant de la corruption qui 8*est emparée du monde, des vices qui y régnent, et eu particulier de la dépravation du clei*gé catholique. De même que la pétulance et Taigreur de cette satire nous placent au treizième siècle, de même la prédilection pour Tallégorie, et Temploi prédominant de cette figure assez monotone et assez fatigante en elle-même à la longue, prouveraient au besoin la date de notre poëme : les productions des premiers siècles du moyen-âge, plus exclusivement narratives, plus simples et plus ingénues, plus près du caractère populaire, prêtent moins à rallégorie. Le treizième siècle est, si Ton veut , le pivot et le point culminant du moyen-àge en France ; aussi, dès cette époque, la faveur et le goût du public ont été acquis à Tailégorie qui va régner en despote parfbis bien assoupissant dans toutes les fictions de la littérature en France, depuis Guillaume de Lorris, Charles d*Orléans et tant d'autres, jusqu'à Bcùleau et Voltaire.

5. Unité de conception. Dans le Roman de Renart, série d'apologues assemblés au hasard , il n'y a, nous le savons, d'unité que celle de l'idée d'une fable générale des animaux ; il n'y a

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aucun ensemble de forme ni de récit. Le Nouveau Renart est un poème entier, et forme un corps. II y a là un seul sujet, une seule idée, la lutte entre le mal et le bien, représentés allégoriquement par le renard et le lion, le vassal et le suzerain, et l'apparence du triomphe pour le suzerain, mais la réalité de la victoire pour le vassal. Tout marche depuis le commencement jusqu'à la fin, tout se développe assez naturellement, tout se* tient et se suit, les épisodes mêmes sont liés à Faction principale et font vraiment partie du tout. Le plus souvent le récit est vif, animé et assez rapide, les difTérentes aventures se succèdent d'une manière assez brusque et variée ; les digressions ne sont ni trop nombreuses ni excessivement longues, et si parfois elles sont assez étendues, Tauteur revient aisément à l'action principale. Sur ces renseignements, on n'hésitera pas à reconnaître dans ce poème une certaine unité de composition, de contexture et de récit ; et de plus, rien ne s'oppose absolument à ce qu'on l'attribue à un seul auteur, à une seule et même contrée, à une seule et même époque. Cet auteur» ce pays et cette date ont été mentionnés plus haut.

Malgré ce qui précède, le poème, divisé en deux livres, se scinde ofTeetivement en deux

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parties avec des différences telles que Ton ne saurait guère se refuser à y rec<Mmattre deux conceptions successives et diverses» appartenant très probaUement an même auteur et, à des époques très rapprochées, rattachées à Taide d'une transition assez simple mais vraisemblablement faite après coup. Puisqu^il en est ainsi, on ne prétendra point qu'il y ait unité absolue, unité complète de conception, d'action et de forme, dans la dernière riguew du terme, encore que nous n'ayons point balancé à considérer Tonvrage comme un tout, un ensemble dont les parties sont unies et ressortent sans efforts Tune de Tautre.

Les rubriques placées en tète des branches semblent indiquer que celles-ci se suivent et tiennent les unes aux autres ; toutefois ces rubriques varient dans les difTérents manuscrits; elles ont peut-être été arbitrairement ajoutées par les copistes, et ne doivent pas nous servir pour conclure. Outre la transition et les liaisons que nous avons fait remarquer, il ne faut pas passer sous silence que les différentes parties du poëme se trouvent partout réunies, et nulle part isolées ; qu'il y a, dans les diveraes parties, de l'analogie et de la conformité de langage, d'acteurs et de tendance, ainsi que dans l'emploi

égal des cbansons indiquées et notées suivant un même système.

Voici cependant d'autres observations. Le premier livre, comprenant 2630 vers, en 12 petits chants, parait former vraiment une seule branche proprement dite^ entfère et à part, un poème complet, une véritable unité sans épisodes, où tout se tient, et où Taction marche régulièrement et rapidement vers la catastrophe. Le sujet y est mené à fin : le vassal corrompt et séduit le fils de son suzerain, se venge de son antagoniste, se soulève, combat avec adresse et succès, finit pourtant par se soumettre et rentrer en gr&ce avec éclat et magnificence. Il n'y a, dans ce premier livre, dans cette branche, point d'aventures amoureuses, ce qui est bien à remarquer, point de nouvelles fables sur les rivalités jalouses, les ruses et trahisons ordinaires de Renart et d'Ysengrin ; mais il abonde en cérémonies et exercices de chevalerie, en intrigues et ruses de cour, en méchancetés et félonies de courtisans. L'auteur se moque sans doute des Frères Mineurs en faisant prendre leur habit à Renart (br. 8); mais du reste il parait ne s'être absolument attaché à aucun fond ni allusion directe ou historique. La fiction de cette première

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partie est particulièrement hardie et franche, ia narration y a de la vivacité et de Tattrait.

Quand on passe au second livre, il y a d'autres remarques à faire. Les quatre vers qui, eo terminant le premier, préludent au second, ont pu être facilement ajoutés après coup. Un manuscrit porte, ainsi que nous Tavons copié : Cest U secons Livres^ un autre Li secons Renari, un troisième. Ci commence le Roumans du Petit Renart de Moralité, et ailleurs on trouve, Renart qui rennans aujourd^huy par tout , variantes qui feraient pencher pour la division en deux poèmes. Le second livre, replaçant d'abord la scène au printemps, commence, dans et après le prologue, d'une manière tout indépendante et comme un poème à part et tout autre que le précédent; les relations entre Tun et l'autre, et les allusions au premier, éparses dans le second, suffisent pour les joindre ainsi qu'on Fa fait, mais du reste ces relations et ces allusions sont assez faibles et presque accessoires ; elles ne sont pas beaucoup plus fortes ni plus marquées que les réminiscences des apologues généraux et traditionnels conservés dans le grand Roman de Renart, et les allusions à ceux-ci. En outre, aussitôt que Ton aborde le second livre, on se sent placé sur un terrain différent ; on s'y trouve dès

le début dans la sphère des amours et des adultères, et deyant les désolantes peintures de la corruption du monde et du clergé, et de la part que celui-ci prétend aux affaires politiques et aux intérêts mondains. Cette seconde partie forme d'ailleurs, comme la première, un tout à part ; il y a une action, une intrigue, des épisodes et une péripétie. Le vassal et ministre devient félon, s*enfuit, se défend, se rend redoutable, feint de se soumettre, se réconcilie, et sort de la lutte en triomphateur.

Après avoir ainsi constaté jusqu^à un certain point le défaut d^unité absolue, et Texistence probable de deux poèmes au lieu d'rni, il reste à montrer encore que d'autres parties sont également des compositions séparées, des interpolations en quelque sorte annexées ensuite seulement au corps de Touvrage dans une intention spéciale d'application prosaïque et d'allusion directe et satirique. Les cinq dernières branches ont bien Tair d'avoir été ajoutées successivement, et de n'être pas entrées d'abord, ni même toutes les cinq à la fois, dans la conception primitive du poète ; il semble qu'en premier lieu l'auteur ait ajouté les branches 34 et 36 ; puis la 36® et la 37«, et ensuite la 38* et dernière. Dans la 33* branche, la paix se fait, le dénoue-

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ment a lieu, par conséquent le poème est termiué là à la rigueur, et il n'est pas invraisemblable que tel ait été d'abord le dessein de Tautem*. Mais à la fin de cette branche, et après que tout a été réglé et achevé, on introduit la dame Ghile, personnage tout nouveau alors et presque absolument le fauteur, le second ou le double de Renart même, mais qui dans le reste du poème sert à le glorifier. Dans tout ce qui précède, la satire et la raillerie n'ont été dirigées contre le clergé qu'accidentellement, pour ainsi dire, et d'une manière générale. Les attaques vont être plus directes, plus spéciales et plus amères. La 34* branche commence par un sermon armé de bec et de griffes contre le clergé, espèce de prologue pareil à celui du second livre, et semblant indiquer encore une partie nouvelle, une composition postérieure et faite à part. Les 34» et 35* branches ne sont guère qu'une amplification de la fin de la 33® ; l'auteur y décrit la fête, le ban* quet, les témoignages d'amitié et les libéralités par lesquels on célèbre la réconciliation et la conclusion de la paix générale entre les animaux acteurs du poème; l'action n'y marche plus guère. Rien ne s'oppose à ce que Jacquemars Gielée ne soit auteur de ces deux branches comme du reste. A la fin de la 3S^ branche se

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termine donc proprement pour la seconde fois la fiction du second livre ou du second poëme eompris sous le titre commun de Renart4e^ Navel. De même que jusqu'ici il n*a été qu'épisodiquement et accessoirement question des ordres religieux, de leur état, de leurs prétentions et de leurs dissensions, de même dorénavant il ne Sera plus question du tout de Noble ni d'aucun des autres animaux et personnages précédents, mais uniquement de Renart, de ses deux ^Is, du clergé et des ordres religieux. Les branches 36 et 37, ne renfermant que 300 vers, sont remplies des contestations des Jacobins et des Cordeliers : on y est amené sans transition aucune ni motif avoué. Renart offre à chacun des deux ordres un de ses fils pour les instraire et les guider, et les moines sont également reconnaissants et charmés de mettre à leur téfe ces deux rejetons du genre renard. Le sujet principal de la 38^ bratiche ne tient guère plus aux deux branches précédentes que celles-ci ne tiennent au i*este. Reoart veut essayer une confession et la vie d'ermite, et s'en dégoûte aussitôt. L'exposition de cette fantaisie est partagée entre ia 37* et la 39^ branche à la vérité; mais de là l'auteur en vient brusquement, avec aussi peu de transition et de motif, aux ordres des Templiers et

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des Hospitaliers et au désir qui natt chez eux d'avoir Renart à leur tête. Finalement dame Fortune, autre nouveau personnage allégorique introduit tout à coup» vient, comme un Deus ex machina^ du consentement du pape, élever Renart au haut de sa roue, le pi*oclamer et couronner roi sans qu'il y soit question de la dynastie de Noble ni d'aucun autre monarque détrôné. De cette façon le lecteur est transporté dans une région toute nouvelle, l'auteur et son poëme se sont successivement écartés du caractère de la première et principale conception, et les dernières branches sont presque en déshar* monie avec le vrai poëme , avec la fiction pri* mitive.

6. Idiome. Nous ne prétendons point entreprendre un examen philologique, savant ou complet de Tidiome employé dans le Nouveau Renart ; mais nous ne quitterons pas non |dus ce poëme sans soumettre au lecteur un petit nombre de remarques plus ou moins frappantes ou curieuses sur ce sujet.

Pour celui qui n'est qu'à un certain point familiarisé avec les idiomes et dialectes français du moyen-âge et de nos jours^ une lecture cou-

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rante du Nouveau Renart en fait paraître la langue plus simple, plus facilement intelligible» plus près du français que celle du Couronnement de Renart; elle semble en général, sinon dans les détails » se rapprocher davantage du dialecte de la plupart des branches et apologues du principal Roman de Renart. (A la vérité il ne faut pas passer sous silence que cet avis est conçu d'après la lecture de Timprimé, et non d'après une lecture scrupuleuse des manuscrits.) Bien que le Couronnement et le Nouveau Renart soient Tun et Tautre de la dernière moitié du treizième siècle, il est probable, selon ce que nous avons exposé plus haut, que celui-ci est de quelques années postérieur à celui-là, et il n*est pas impossible que de là naisse quelque nuance de style. Rien n'empêche d'ailleurs que l'ancienneté et les copistes des divers manuscrits aient pu influer à cet égard. De plus, dans Renart4e-Navel, l'orthographe et l'observation des formes grammaticales des mots paraissent fréquemment trop correctes, trop régulières et trop modernes pour appartenir à Jacquemars Gielée et à la fin du treizième siècle, et font penser qu'apparemment elles ont été tant soit peu réformées et modernisées par les copistes.

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Letcf» par exemple, dans warnisùn pour gani- Ma, wart pour garde, et le k, lettres presque étrangères à ralphabet français aetnel, sont d'un fréquent usage dans le Nouveau Renart, et attestent remploi de quelque dialecte et Tinfluenee de quelque idiome éfaramger voisin. Le k surtoat est fort souvent employé tantôt pour désigner le son de qu, tantôt celui de c, tantôt celui de ek; dans ces sons et ces signes r^résentants il parait d'ailleurs y avoir beaucoup de confusion ou d'arbitraire : nous voyons ain» de plus tantdt le ch mis pour un c, tantôt un c pour un ch. Yoid quelques exemples pris au hasard parmi un grand nombre d autres pareils : vers 239 et S40, ki pour qui et pour à qui ; vers 244, k'U pour qu'il; vers 233, k' envoie pour qu'envoyé; vers 682, cMcetes ^UT clochettes ; vers 2S61, kievre pour chèvre; vers 2665, kenue pour chenue; vers 2631, ^ant^5 pour charité ; vers 321, cm pour qu'on ; vers 234, c'or pour qu'or; vers 463, ehi pour ci ; vers 2687, canchon pour chanson ; vers 293, rice pour riche ; vers 616, ceval pour eheval; vers 366, ciefpom chef; vers 685, irençant pour tranchant; vers 688, mance pour manche ; vers 276, cauçast pour chaussftt ; vers 453, c'ai pour que j'ai ; vers 412, c'a pour qu'à ; vers 322, cat pour chat ; vers 292, canter pour

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chanter; vers 2681, cançon pour chaoson; vers 467, cambre pour chambre ; vers 464^ cascuhs pour chacun; vers 370, cose pour chose, etc.

L'auteur fait un emploi assez constant de la terminaison des mots déclinables en s ou x, pour faire distinguer ainsi les sujets du singulier et les régimes du pluriel d'avec les mots employés comme régimes au singulier et conime sujets au pluriel, par exemple, vers 651 : Ysengrins encontre Renart et Orguel, Renars Tesgarde... ; vers 670, Ysengrin fiert Renart... Renars estoit priés del outrer, qu'il ne pooit mais contrester à Ysengrin ne tant ne quant. . . s'Orghius... nefust ki Ysengrin desroute...; vers 3911, la mors n'espargne nului... sonmesciertain de le mort; vers 3973,... vont tout coucier, et sitost k'il virent raiier le soleil lendemain, armer se keurent tuit et adouber. Coiseut li mort, li navré braient. . . si gent moult bien se deffendent... uns des fins Renart ki en se main tint un fausart... Bien a des gens le Roi vint mors; vers 3990, li lupars s'escrie, assalés, signer baron. Noirons li fouant... contre Noiron ; vers 4013, Nobles se regarda... tout maneçant le Roi Noblon, etc., etc.

Le vieux français, à ce qu'il parait , fait un usage assez arbitraire des articles. A la vérité, autant

que je sache, l'article ta n'est employé qu'avec des mots féminins et jamais au masculin ; aussi, dans le Nouveau Renart, nous trouvons constamment la Roine, la Dame, la Cour, la Biele (belle). Mais les articles le et ti sont mis également pour te, ta, tes, lui. Malgré cela, l'emploi du te avec les mots féminins parait tant soit peu restreint, et l'œil du lecteur ne laisse pas d'être involontairement frappé de rencontrer assez souvent cet article avec des substantifs décidément féminins d'après le sens, l'étymologie ou l'usage, tels que te feme (femme), le gheline (poule), te singesse, te mort, te pais (paix), te cançon (chanson), te candeille \chandelle), te sale (salle) te ville, te terre, te gent, etc., etc.

Dans les sommaires, nous avons plusieurs fois fait remarquer l'emploi des jeux de mots auxquels l'auteur semble se complaire et mettre un certain mérite. Ce ne sont là en eiïet que de vrais jeux, des jeux assez puérils même, qui n'ont rien d'agréable, rien de poétique, rien d'intéressant, même presque rien de curieux ni de simplement divertissant pour le lecteur d'aujourd'hui. Seulement cette répétition fréquente de jeux de mots nous fournit une preuve du goût du public du treizième siècle, et des exercices ou artifices grammaticaux et prosodiques

auxquels les poètes et les littérateurs de ces temps aimaient à se livrer. Â cette occasion nous avons mentionné le trouvère Rutebeuf ; pour ajouter encore un exemple à ceux que le treizième siècle fournit en grand nombre, nous pourrons faire souvenir de Guyot de Provins, à Tendroit où il joue sur la syllabe fi, dans sa diatribe sur les fisicietis ou médecins.

Le Nouveau Renart offre bon nombre de mots presque entièrement étrangers à la langue française d'aujourd'hui, ressemblant d'une manière plus ou moins frappante à des mots ou termes d'origine allemande ou Scandinave, et prouvant par là que l'auteur et son idiome sont voisins des idiomes de Flandre, de Hollande, d'Allemagne etd' Angleterre.Nous en citerons un petit nombre : Faide, gueiTe, démêlé, hostilité, comme dans le vers 382, en faide orent longhement esté, et ailleurs, -fait penser à l'allemand Fehde, et au danois Feide, qui ont le même sens. — Isniaus , isnel, isnelement, vif, agile, promptement, vers 466, destriers isniaus et fors, et ailleurs, font penser b l'allemand schnell, au hollandais snel, qui signifient la même chose. — On ne saurait voir, au vers 2511, li auquant espringhent, le verbe espringher, danser, sauter, trépigner, qui n^a point d'analogue dans le français, sans

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songer aux mots anglais, allemand, hollandais et danoiSf spring, springen, springe^ sauter. — Sigte, sigler, voile, faire voile, naviguer, par exemple , vers 3932, en anglais sail^ en allemand segeln^ en danois seïle. — fFarlouskeler » loucher, au vers 41 16, Orghilleus ki warlouskéte un peu del oel, rappelle le hollandais war^ warten, trouble, tourbillonner; l'allemand lauschen^ écouter en cachette ; le danois luske (prononcez lousque) écouter, sans en faire semblant, se conduire en biais, de mauvaise foi, sans franchise ni loyauté. — Wileconme^ walecoume^ willeconme^ bien-venu, v. 1362, 1372 et ailleurs, est une traduction et réunion simple et claire des mots qui ont le même sens en anglais , en hollandais^ en allemand et en danois. — fFihotfWihos , cocu , vers 384, 642, Ysengrin li wihot, et ailleurs. Les dictionnaires ne nous éclairent guère sur Tétymologie et le sens de ce mot étrange. Toutefois, eu se souvenant que têie se traduit en anglais par hood, en hollandais par hoofd^ en allemand par haupt (ou kopf), en danois par hoved^ que vieil en allemand signifie brute, béte, bétail, que getveih signifie bois, ramure du cerf, ne serait-on pas alors porté à croire que wihot signifie proprement tête cornue , tête à ramure, tête de bête (h corne), c'est-à-dire le symbole

commun du cocuage? — Miauwer, vers 3201, Tibiers.... à miauwer prist si haut c*on roi tout cler ou garding. Ce mot n'est pas très différent du français miauler^ à la vérité ; c'est d'ailleurs une onomatopée; néanmoins il semble tenir de plus près à la forme anglaise mew ^ mewing, à l'allemand mauen, miauen, au danois miaue {Mrononcé en trois syllabes mi-awe, en donnant à Yu un son analogue à celui d'un v, et en faisant légèrement sonner l'e final, à peu près mi'CHfe. — Garding, ailleurs gart^ se trouve moins, près du français jardin que de l'anglais gardeny du hollandais gaard, de l'allemand garten. — ^Nous avons fait remarquer qu'en plusieurs endroits l'auteur a placé exprès quelques mots de flamand, par exemple aux vers 2882, 3366 et suivants. — Aux vers 4823 et suivants, Renart se fait appeler moisir e Ginemansy GinemanL Bien que nous n'osions rien affirmer positivement sur le sens de ce nom, la première partie pourrait bien venir simplement du vieux français gines^ fers, liens; engin ^ génie; engigner, tromper, et la dernière syllabe parait évidemment le mot d'homme , en anglais man , en allemand mann, etc. — Au vers 3068, l'agneau est appelé Giermete : ceci peut être simplement un diminutif de germe, qui est employé dans le vieux

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langage pour jeune brebis ; mais le nom ne laisse pas de faire penser à celui de Metge, donné à la chèvre dans le poëme bas-saxon du renard , ainsi qu*à Mette, nom propre de femme en danois et en d'autres langues^employé habituellement pour désigner et appeler la brebis ou la chèvre. — Taket, Takés, est le nom donné au matin dans les vers 3399, 3668 et autres; ce nom est employé de même pour le matin au roman de Reinaert en flamand. Il offre sans doute quelque analogie avec le français tâche ; mais il parait en avoir bien davantage avec l'anglais take et le danois taqe, signifiant l'un et l'autre prendre , saisir, — D'où viennent, pour la colombe, les noms deTu^e^ et Duuins, qui lui sont donnés aux vers 629, 3640 et autres ? Cet oiseau s'appelle en anglais dove^ en danois due (prononcé doué), en allemand taubef et il n'est guère difficile de trouver ici l'analogie, et de passer de l'un de ces noms à l'autre. — Au vers 6988 et ailleurs, nous voyons le castor appelé bievre, CouUés li bievres. Le mot de bievre n'a guère passé dans le français ; mais il se retrouve partout ailleurs, ainsi : latin fiber, italien beveroy anglais beavei' (prononcé bivre), allemand ét^er, danois baever (prononce bêvre).

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