MANUSCRITS DE RBNART-LE-NOVEL
La grande Bibliothèque royale de Paris renferme au moins quatre manuscrits de Renart-le- Novel, savoir : 7607-3, ou bien Lancelot 38; Cangé 69 ; 761 S, olim Fauchet ; et 2736 ou bien La Yallière 81 ; et je ne crois pas que Ton en connaisse d'autres. (J*ai beaucoup de regret de n'être pas en état de donner de ces manuscrits une description aussi complète, aussi détaillée et aussi exacte que j ^aurais bien voulu. N'ayant été à même d'employer que peu de moments à un rapide examen, je vais cependant mettre sous les yeux du lecteur les notions qu^il m'a été possible de recueillir.)
Pour le texte, les quatre manuscrits ne me paraissent pas offrir des variantes très considérables ni très étendues ; ils en renferment selon l'apparence à peu près autant l'un que l'autre ^ Les rubriques et les miniatures servant d'oniements aux manuscrits varient davantage; elles sont
< Ce qui 86 troave confirmé par les variantes recueillies par M. Chabaille , dans son Supplément au roman de Renart, page 365-73.
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vraisemblablement dues seulement au bon plaisir des différents copistes. Selon Méon^ dans la préface du Roman de Renart^ les manuscrits ou copies sont datées de 1288, 1292, 1290 et l289^
Manuscrit 7607-3, Lancelot 38. Entier et formant un volume à part de S6 feuillets în-4<» à 2 coL Le manuscrit est complet, mais pas très bon; quoiqu'il ne paraisse pas le plus ancien, il est de qualité inférieure. Il n'a point de notation de musique des chansons, mais on y trouve des miniatures dans le texte et à la fin. La distinction des branches est marquée, mais elle diffère de celle que Méon a adoptée pour l'imprimé , et il n'y a qu'un petit nombre de rubriques en couleur rouge, peut-être ajoutées après coup.
Manuscrit Congé 69. Egalement entier et formant un volume à part. 60 feuillets in-4» à 2 col. Très beau manuscrit bien conservé et qui parait moins vieux que le précédent. On lit en tête: C}f commence U Roumans du petit Renan de Moralité. Au début des diverses branches, il y a en tout 44 titres ou rubriques ; celles que Méon a adoptées 9ont pour la plupart du nombre, mais tantôt les rubriques sont plus multipliées que chez
* Cfr. surtout, pour le maifoscrlt CaDgé 69, le Grand d^Âussy aux Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. V, p. 321.
Méoo,tantôtplusrares.Ge manuscrit devient d'autant plus précieux que Gange y a fait des additions curieuses. Il y a ajouté une table complète des matières» et a noté en marge les divisions établies dans le manuscrR précédent. Il a complété son manuscrit par des notes et des additions nombreuses tirées principalement du manuscrit 7607- 3 et en partie d'autres manuscrits ^
Manuscrit 76 1 6 ^Um FaticAe^Relié avec d'autres ouvrages. 67 feuillets, fol. 1, col. 1, jusqu'au fol. 68, à 160 et à 160 vers, in-4% à 2 colonnes. Complet, mais beaucoup moins beau que le Cangé 69; l'écriture parait plus ancienne ou du moins plus difficile à déchiffrer. Au texte il n'y a point de miniatures j mais seulement des espaces en blanc afin de pouvoir en mettre. A la fin se trouve une grande peinture de la roue de la Fortune sur laquelle nous donnerons tout à l'heure quelques notions. Vers la fin les divisions et rubriques sont plus nombreuses et plus rapprochées que celles de Méon, mais les siennes s'y trouvent presque toutes, et l'indication du livre second se rencontre au même endroit où il l'a mise.
Manuscrit ^IZ^^JjaVallière 81 .Uni à d'autres textes. Commence au feuillet 100. 67 feuillets k
* Cfr. plus loin, p. /|65, la note 2 sur Rçnart le Contrefait.
120 vers, iii-4'' à 2 col. Très beau manuscrit, complet et bien conservé. Toutes les chansons se trouvent accompagnées de la notation. Le manuscrit est richement pourvu de lettres majuscules coloriées et de figures peintes avec beaucoup d'élégance et de travail. La grande miniature de la roue de la dame Fortune se trouve à la fin. La division du texte en branches est établie à peu près comme dans les manuscrits précédents ; les rubriques^ un peu moins nombreuses au commencement, sont du reste également à peu près les mêmes.
Nous savons que Renart finit par être couronné roi de Tunivers et élevé au haut de la roue de la Fortune , que celle-ci ne fera plus tourner. Le texte annonce ainsi la représentation figurée de cette élévation au vers 802&:
La figure est fins de no livre, Véoir le poés à délivre, Plus n'en ferai chi mention.
Eu effet cette figure se trouve peinte à la tin des manuscrits avec plus ou moins d'élégance, avec des couleurs plus ou moins tranchantes et bien ou mal conservées, et occupant une page entière in-4'. La roue est représentée de côté avec moyeu et rais. Tout au haut Renart se
voit assis sur un ti^ône, ayant la couronne sur la tête y et vêtu mi-partie en Hospitalier et en Templier ; ses deux fils sont à ses pieds en costume de Gordelier et de Jacobin ; Orguel est à sa droite , et la dame Ghile siège à sa gauche. La dame Fausseté monte d'un côté de la roue» et la dame Foi tombe de Tautre. De plus la dame Loyauté se trouve précipitée au plus bas entre Charité et Humilité. Pour aider à Tintelligence de cette grande composition allégorique, des vers inscrits sur des rouleaux dessinés sur le fond du tableau font connaître les paroles et discours que sont censés prononcer les divers personnages représentés.
RENARS LI CONTREFAIZ.
Les différentes branches que nous venons de trouver réunies et groupées en grand nombre dans un ouvrage intitulé Roman de Renart, Couronnement de Renart et Renart le Novel, dues en particulier au douzième et au treizième siècle, n'avaient pas encore satisfait, rassasié ou lasse le public avide des récits sur ce fécond
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sujet. La première moitié du quatorzième siècle ajouta encore une vaste continuation des poèmes de Renart , désignée par le titre de Renart le Contrefait, ce qui veut dire en effet contrefaçon, imitation, renouvellement de l^ancien poëme de Renart, et contenant encore environ 50,000 vers rimes, de huit syllabes. On y reconnaît la manière dont les anciens auteurs, en prétendant reproduire les ouvrages de ceux qui les ont précédés, rajeunissaient le style, changeaient les récits et y faisaient des retranchements ou des additions tellement considérables qu'ils les dénaturaient souvent entièrement. Au manuscrit 7630-4, fol. 3 r^, c. 1 , l'auteur dit lui-même:
L'an mil trois cenz et vint Iceste estoire premiers vint Et fu li premiers livres faiz Qu*an dit Renars li contre faiz; Car combien que de Renart die £t de plusseur grant renardie, £t met sus Belin et Bernart, N'est pas li romans de Renart :
Ge di Tancien romans fez; Ainz est Renars li contrefez.
Qu'annulz saroit jà nus rien fere, Se il ne savoit contrefere.
Gontrefaiz fu-il an cel an ; Renart contrefait l'apele-an
RENART. 46 i
Et celonc * l'art Renart ira.
Or antandez que il dira.
Au manuscrit Lancelot 4, fol. 61, verso :
Le clerc qui cestni liyre a fait Qui est Regnart le Contrefait,
La Bibliothèque royale de Paris possède deux manuscrits du Roman de Renart le Contrefait. Ils contiennent deux compositions, portant le même titre, mais très difTérentes d'étendue et de contenu ; Tune a environ 32,000 vers, Tautre en a à peu près 18,000. La première se trouve au manuscrit 7630-4, fonds de la Mare 284; parchemin, in-4% à 2 colonnes, 197 feuillets de plus de 160 vers chacun; ûgures coloriées conune illustration au milieu du texte, et grandes lettres ornées et coloriées pour marquer le com« mencement des branches; volume assez usé. Il parait y avoir deux lacunes entre les f • 7 1 -72let 1 48- 149. La seconde de ces compositions se trouve au manuscrit 6985-3, ou fonds de Lancelot 4; plus récent que Tautre, probablement de la fin du quinzième siècle; sur papier, bien conservé ; in-folio à 2 colonnes, 129 feuillets de plus de 140 vers chacun; sans figures ni illustrations,
* Selon.
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mais avec des espaces eu blanc probablement destinés à en recevoir. La grande Bibliothèque royale de Paris n'a que ces deux manuscrits de Renart-le-Gontrefait, et j'ai lieu de croire qu*il n*y en a aucun dans les autres bibliothèques de la capitale.
Selon ce que dit Tauteur (ou les auteurs) en différents endroits, le premier de ces ouvrages a été composé, pour la plus grande partie, de 1319 h 1322 \ et le second commencé en 1328, n'a été fini qu'au bout de treize ans, c'est-à-dire en 1341. Le roman de Renart te Contrefait n'a pas encore été imprimé, et jusqu'ici Liegrand d'Aussy ^, et Robert ^ en ont seuls fait et publié des résumés et des extraits. Aussi leurs travaux fourniront en partie les renseignements que nous allons d(mner sur le contenu de ce roman. Legrand d'Aussy n'a connu que la seconde version (Ms. Lancelot 4) et n'a travaillé que sur celle-là ;
* Aa maniucrit 7630»A» fol* 34, veno :
An Tan de niMtroaetoD Celui qui soufAri paission L*an mil trois cent et dis et neuf Commansa cest livre tout neuf.
* Notices et extraits des manuscrits de ia BibUoltaèqQe nationale, t. V. Paris, an vu, in-/i^
' Fables des xii% xiii* et xiv* siècles, et Fables de La Fontaine, par Robert, 2 vol. 8% l»aris 1825, p. CXXXIH et soiv.
il ne sHnquiète donc pas des nombreusesquestions et incertitudes que fait naître l'existence de la première version (manuscrit 7630-4). Robert, en disant : Le nom de V auteur (m des auteurs^ s'ils sont deux, ni* est inconnu ; ils étoient de la Chamr, pagne et des environs de Troyes^ ne se prononce pas sur la question, et parait croire que les deux versions du poëme sont dues à deux auteurs différents. Cependant, il y a de fortes raisons de penser qu'un seul homme a composé les deux ouvrages Tun après Tautre. Non seulement les aventures de Renart et d'autres animaux dues en partie à Esope, communément répandues et répétées par tout le monde, se retrouvent également dans les deux ouvrages, il y a, dans la seconde version, de nombreux passages entiers, propres au Renart le Contrefait, presque entièrement conformes à d'autres de la première version, tel, par exemple, que le morceau sur le métier d*épicier, manuscrit 7630-4, fol. 40, et manuscrit Laucelot 4, fol. 29 verso; celui du vilain, manuscrit 7630-4, fol. 27, et manuscrit Lancelot 4, fol. 3; en général, la seconde et la troisième branche et la première partie de la quatrième. Dans Tune et Tautre version, Tauteur cite d'ailleurs également à tout propos les philosophes de la Grèce et de Rome, Salomon
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et les pères de TËglise. L'auteur de l'un et de Tautre ouvrage tait son nom , et prétend le composer par le même motif : Texpérience que la communication de nos secrets ne nous attire que de f&cheuses affaires. La manière dont l'auteur, dans Tun et dans l'autre ouvrage, revient constamment sur Troyes et sur la Champagne fait croire que ce pays est le sien ; dans l'un et dans l'autre ouvrage se trouve l'indication d'un espace de temps pendant lequel le trouvère s'est appliqué à son travail, et de l'époque où il l'a terminé. Dans le premier ouvrage, l'auteur se dit constamment clerc ; dans le second, il se qualifie de même en maints endroits , et en d'autres il apprend au lecteur qu'il a été épicier pendant dix ans, qu^il a été clerc, mais qu'il ne l'est plus, qu'il travaille pour s'occuper, se divertir et se distraire de sa mélancolie et de l'idée de ses péchés, et qu'il ava it cinquante ans quand il a commencé son travail. En un endroit où Ton peut croire qu'il fait allusion à sa propre histoire en ayant l'air de parler de celle d'un autre, il fait penser qu'il a pu employer sa jeunesse assez dissolue à l'état de marchand et d'épicier, et qu'à l'âge de vingtsix ans, il a passé à l'état d'avocat, advocat^ ce qu'il a pu exprimer précisément ailleurs en s'intitulant clerc. Le manuscrit du second ouvrage se
termine par les mots : Cy fine le second et dernier' volume de Regnart le Contrefait , ce qui pomrÉJt bien indiquer une relation particulière de propriété et d^origine entre les deux ouvrages comme appartenant au même rimeur. Toutes ces notions et d*autres encore se concilient assez bien pour appuyer l'idée d'un seul et même auteur pour les deux ouvrages * . Si cet auteur a eu cinquante ans quand il a travaillé au second ouvrage^ commencé en 1328» il a pu naître une vingtaine d'années avant la fin du treizième siècle et avoir terminé le premier ouvrage en 1322, un peu après quarante ans ; il a pu eu occuper son esprit et ses loisirs pendant une vingtaine d'années sans que cela empêche qu'il ait passé clerc ou avocat à vingt-six ans , et qu'il ait été marchand épicier pendant dix ans, vraisemblablement avant de se faire clerc ^.
* Bien qae je sois assez d^avis d^attribuer les deux ouvrages à un seul et même auteur, pour trancher la question d^nne manière bien nette et bien décisive, il faudrait une lecture plus complète des deux textes et un examen plus détaillé que le temps et Toccasion ne m'ont permis d'entreprendre.
* Â la fin de Tun des manuscrits de Retiart le Nouvel (Cangé 69), Gange a transcrit environ un millier de vers de la seconde version de Renart le Contrefait (Lancelot U) . Ces fragments concernent surtout des événements de Thistoire de France au commencement du quatorzième siècle, les mœurs et coutumes du temps»
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Voici quelques fragments du second poème (ms. Lancelot 4) venant à l'appui de ropinion énoncée sur l'auteur :
F. 1. r*^, c. 2. Le clerc qui cestui livre fist Il ne fist mie ainsi ce dist, Car Irestoot son ydloir ouYry Et à aucuns se descauvry Qui faignoient ses amis estre, Mais depuis si fu mué l'estre Qui le mirent en bas degré Quand ilz eulrent sceu son secrê; Le clerc pour ce cas a affaire :
Pour ce en Toeut ung livre faire, etc.
Fol. 18 verso» col. 1-2, vers qui peuvent bien être une allusion à la vie de Tauteur même :
Sire, Tolenliers vous diray De m'enfance tous compteray :
Dès que je eus sept ans passés Tout devins de mal apensés , Menterres et faulx parjureres, Fel, malvais, envieux et lerres.
Bien alaisse querre ung morse!
D*un pasté ou d'un piprenel Ou d*une tarte ou d'un flaon De Troyes jusquez à Laon.
Quant de douze ans à seize vins
les monnofes, les costumes, Tauteur du poème, les ménétriers, les Juifs, les moines, les Flamands, les croisés, les suppliciés.
RBNAMT. 467
Adoncquez curatier devins A clercz laiz, sécidiers et moiaies, A cheyaliers, boargob, chanoines, D'abbesses etreligieozes, Dames, pucelleset prieuzes *
Mainte femme,
Quant de ilioy reqnises èrent, Pen en fn qui en refusèrent