AVERTISSEMENT
La lecture du Roman de Renart, publié par Méon en i826, celle du Reinardus Vulpes, que Mone venait de publier pour la première fois {1839), me fit concevoir^ il y a une douzaine d'années j le projet de composer sur les romans du Renard un ouvrage qui offrit en un seul tableau les différentes fictions poétiques sur ce sujet, et qui par là rendît la connaissance de cet intéressant produit des traditions et des poésies populaires des diverses nations du moyennige facilement accessible à la grande majorité du public et non pas exclusivement au petit nombre de personnes versées dans les idiomes vulgaires de ces temps reculés. Le travail que /entrepris dès lors fut interrompu par d'autres occupations littéraires plus impérieuses. En i834y M. J, Grimm fit paraître son Reinhart-Fuchs. Je me vis prévenu : Grimm avait exécuté en partie ce que je m'étais proposé de faire; je laissai là ce que j'avais commencé. Néanmoins, Grimm avait fait beaucoup plus et bien autrement que je n'avais dessein et que je ne me sentais capable de faire. Il a écrit un livre d'une érudition vaste , profonde , admirable , à
A AYERTISSEMEnr.
laquelle Je ne prétendrai jamais atteindre, et qui est pour le monde savant une acquisition infiniment précieuse, mais qui ne s'adresse pas à la masse des lecteurs ordinaires. Le dessein que f avais d'abord conçu restait donc encore à remplir, et, à cet égard, mon zèle ne s* était point refroidi : au bout de six ans je repris mon projet et mon travail* Un court séjour à Paris, en 1841, me fournit V occasion de passer quelques heures dans les bibliothèques, defeuiUeter les manuscrits, et d'étendre tant soit peu mes connaissances. Depuis lors, de nouveaux obstacles et d'au-très occupations m'ont encore forcé, bien malgré moi, d'interrompre le travail que j'avais repris avec ardeur. Voilà pourquoi je viens si tard offrir au public le fruit de mes labeurs.
Si je ne me suis pas trop grossièrement trompé, si je n'ai pas entièrement manqué le but que j'ai eu en vue , mon travail peut encore exciter quelque intérêt et trouver quelques lecteurs parmi la grande majorité du public^ sinon dans la petite république des savants : j'ai pensé que l'analyse du poème allemand pourrait être bien accueillie en France et en éPautres pays oii la connaissance de Vallemand est moins répandue, et que celle des textes français pourrait également éveiller et satitfaire la curiosité d'un assez grand nombre de personnes non seulement en France, mais aussi en Angleterre, en Allemagne et en quelques autres contrées limitrophes.
Comme j'ai désiré m' adresser à des lecteurs de plusieurs