V. 5698. Ne donroie pas une prune
En celc pès, se Diex me gart, Voirs est que c'est la pès Renart Qui onc ne fina de trichier, Encor ne le velt pas lessier.
Sur la demande du lion, Renart doit les con-
* L'ours, le sanglier et le chien de chasse pour courre les bétes noires.
duire où ils pourront s'emparer de quelque proie ; il les mène vers un pré où paissent un taureau ^ une vache et sou veau. Envoyé en avant pour s'assurer qu'il n'y a ni chien de garde ni bouvier, Renart trouve un paysan (vilain) endormi sous un orme ; il monte sur les branches et fait tomber ses ordures sur l'homme ; celui-ci s'éveille, jure et va se laver à un fossé de vingt pieds de profondeur. Renart saute sur lui par derrière, le précipite dans l'eau, le fait aller trois fois au fond, et le noie enfin en lui jetant des mottes de terre et une grosse pierre.
Noble fait grand éloge de sa conduite et charge Ysengrin de faire le partage de la proie. Ysengrin décide que le lion prendra le taureau pour sa part et la génisse pour la lionne, la dame Orgueilleuse, que lui-même aura le veau, et que Renart (v. 6088, Cil garz vous de pute pel qui n'a de cel viande cure) ira chercher de la nourriture ailleurs. Noble, qui aurait voulu le tout, est mécontent et applique à Ysengrin un soufflet tel qu'il lui écorche la joue et en fait ruisseler le sang ; puis il ordonne à Renart de faire le partage; celui-ci adjuge le taureau au lion, la vache à la lionne et le veau à leur enfant nouveau-né ; pour Ysengrin et Renart, ils doivent aller chasser où bon leur semble. Noble
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étant enfin satisfait, veut savoir de Renart qui lui a enseigné à partager, et le rusé matois répond que c'est ce vilain à calotte rouge 9 clerc 9 prêtre 9 cardinal ou pape^ c'est-à-dire le loup dont la tête est rouge de sang. Noble vante Tesprit de Renart, et lui dit ainsi qu'à Ysengrin d'aller chasser de nouveau, tandis qu'il fait son diner de la proie. Renart, afin de railler Ysengrin, demande quelque chose pour celui-ci. Noble s'en amuse d'abord, mais il finit par les renvoyer, en les menaçant de les faire mettre tellement aux prises que l'un déchirera les membres de l'autre. Quand ils s'éloignent ensemble, Renart fait semblant d'avoir grande compassion d'Ysengrin et de vouloir l'aider à se venger de Noble. D'abord Ysengrin se méfie et craint que Renart ne rapporte ses paroles à Noble , mais enfin il prie Renart de le conseiller et de l'aider à se venger. Renart le promet par le baron saint Lienart, mais il remet la chose au lendemain, et le récit finit là.
La conduite de Renart à l'égard du bouvier est bien peu vraisemblable, peu dans la nature du renard. Ce personnage ne se trouve non plus dans aucune des autres versions de cette branche. La grandeur de la proie est égale-
ment démesurée ; il est plus simple, ailleurs, de faire partager seulement un veau ou un porc. L'idée saillante du partage est bonne ; mais» du reste, toute cette narration-ci est trop longue, trop hors du naturel, trop dénuée d'esprit, de sel et de comique.
Dans le Reineke, liv. III, chap. 13 (ainsi que d'après lui dans la version de Goethe, chant 1 0<'), nous avons vu Ysengrin faire d'abord le partage d'un cochon, et puis Renart celui d'un veau, dont il destine une moitié au lion , une autre à la lionne, les entrailles aux lionceaux, la tête au loup et les pieds seulement à lui-même.
M. Ghabaille, d'après le manuscrit 7218, a fait imprimer la Compaignie Renart, court récit de 72 vers seulement*. Noble, Renart et Ysengrin très affamés se trouvent ensemble. Renart le flagorneur propose au lion d'aller à la chasse en société. Le taureau, la vache et le veau étant pris tout près du bois, Ysengrin désigne aussitôt le premier pour le lion, la seconde pour lui-même et le veau pour Renart. Le roi lui assène brusquement un coup de patte à la tête, tel qu'il lui en enlève le cuir, et qu' Ysengrin se
* Ghabaille, Supplément au Roman de Renart, p. 107, et Robert, Fables inédites des douzième^ treizième et quatorzième siècles, et Fables de La Fontaine, t. [ , p. 32.
retire. Il remet le partage à Renart, qui adjuge de suite le taureau au lion, la vache à la lionne et le veau à leur fils, et dit avoir appris à partager de ce bachelier-là qui fait le fier parce qu'il porte la calotte rouge.
Cette petite fable renferme la pointe. Il reste incertain si c'est là Toriginal ou bien le résumé de toute la branche de Pierre de Saint-Cloud.
Si conme Ysengrin parti la terre ^ aus deus moutons. (V. 6361-6454; 94 v.)
Les premiers vers :
Or vos redirai d'Ysengrin Qui se remist en sou chemin, Car il s'en voloit repairier %
rattachent, à la vérité, cette branche à quelque autre, mais ils ne la lient pas plus à la onzième qu'à bien d'autres.
Le loup trouve dans un pré deux moutons qui se battent.
v. 6369. L'un fu Belin, l'autre Bernart, Moult les amoit sire Tiehart :
* Partagea le champ.
' Rentrer chez lui.
Au chief du champ s*esbanéoient Et de lor cornes se hurtoient
Au lieu de s'effrayer du loup, ils lui demandent de partager le pâturage entre eux, et proposent que la plus grande portion appartienne à celui qui courra le plus vite et arrivera le premier auprès de lui. Ysengrin accepte. Ils accourent et enfoncent, chacun de son côté, leurs cornes aux flancs d'Ysengrin, qu'ils laissent ensuite dans un état pitoyable et maudissant la folle pensée qu'il eut de se faire arbitre.
Les derniers vers,
V. 6453. Geste branche est bone et petite Et bien fête, s*ele est bien dite,
sont vrais, car c'est en effet une petite branche spirituelle et plaisante.
Dans Reinardus^ liv. I, f. 3, il y a l'aventure, analogue des quatre béliers à plusieurs cornes , mais Reinaert ni Rehieke n'ont point cette fable, non plus que Reinhart.
Si conme Renars menja dant Pinçart le hairon et fist à peu noier le Vilain. (309 v.)
C'est la seconde des branches qui n'entrent
point dans l'imprimé de Méon. Tirée du manuscrit 19S B, M. Chabaille Ta insérée dans le Supplément au Roman de Renart^ p. ix et p. 1 •
L'auteur commence par dire que le conte de Pierre de Saint-Gloud doit être bien connu, mais qu'il veut encore y ajouter, puisque le sujet est vaste. Lui, il veut versifier, car ceux qui content en prose n'y entendent rien.