‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 24 sur 84 · V. 1. Signor, o! avés assés · texte numérisé non relu

V. 1. Signor, o! avés assés

Etansetjorsajàpassés,

Les aventures et le conte

Que Pierres de Saint-Cloot conte

De Renart et de ses affaires.

Tels i a qu'il ne prise gaires

Ne Taventure ne le conte,

Car il ne sevent que ce monte;

Mais qui bien i vorroit entendre,

Grant savoir i porroit aprendre

Et oîr mainte bone exemple ;

Car la matère est large et ample.

Tout cil qui en content sans rime

Ne sevent pas vers moi la dime :

Il le vous content à envers,

Mais je Tvous conte par rime et par vers.

La scène se passe en Angleterre. Un jour Renart voit un héron prendre des poissons dans une rivière ; afin de s'approcher de lui et de le prendre à son tour, il bâtit une espèce de

RENÀRT. 151

radeau de fougère et s'y blottit. Pour empêcher l'oiseau de s'effrayer et de s'envoler, il fait flotter vers lui^ à l'aide du courant , d'abord une feuille de fougère, puis toute une brassée ; ensuite, sur son radeau, il se laisse aborder luimême, saisit le héron, l'emporte à terre et le croque. Après cet exploit Renart va se coucher sur une meule de foin ; pendant qu'il sommeille, l'eau de la rivière gonfle, l'entoure et va Ventrainer. Heureusement un vilain vient à passer dans un bateau, et veut monter sur la meule pour s'emparer du renard ; mais celui-ci saute légèrement dans le bateau, pousse au large et laisse le vilain près d'être submergé sur le foin.

Cette branche est bien racontée ; l'expédient dont Renart se sert pour surprendre le héron est nouveau et bien imaginé ; le reste a de l'analogie avec des épisodes de la vingt-neuvième et de la trente et unième branche et avec d'autres aventures.

152 BENART.

Si conme Renart fist avaler Ysetigrin dedenz le puis. (V. 6488-7026; 872 v.)

L'auteur exhorte d'abord les personnes qui l'entourent à bien écouter ; comme elles ne veulent pas de sermon, mais des choses plaisantes, il leur en dira sur le compte du renard , qui pourront également les instruire et les amuser.

Renart, en grande détresse, parvient à s'introduire dans la grange d'un monastère, y mange deux poules et en emporte une troisième. Désireux d'étancher sa soif, il voit un puits, aperçoit son image dans Teau, la prend pour sa femme, lui parle, entend revenir le son, pose le pied sur l'un des seaux et descend alors malgré lui. Ysengrin arrive, croit voir sa femme Hersent avec Renart, leur parle, et entend, comme Renart, le son remonter du puits. Renart lui fait accroire qu'il est mort et entré dans le ciel aux pieds de Jésus-Christ , lui vante l'abondance et la magnificence du paradis où il se

' Branche 9* chez Grimm.

trouve, et demande hypocritement pardon à Ysengrîn de ses torts envers lui :

V. 6731. Je vos pri, biau compère douz, Que me pardonez les courouz Que Tautr'ier éustes vers moi;

Il lui affirme n'avoir point fait Tamour à sa femme nî outragé ses enfants , et prétend s'être confessé à un vieux lièvre, à une chèvre barbue, à Hubert l'Escofle^ le milan S etc. Ysengrin, désirant jouir également de la félicité céleste que Renart lui décrit, fait des prières et d'autres préparatifs pour y parvenir; puis, suivant le conseil de Renart, il se place dans l'un des seaux, descend, et remonte ainsi Renart, qui s'est mis dans l'autre. Le matin „ les moines arrivent, retirent le loup, le rouent de coups et le laissent à moitié mort. Ysengrin rencontre son fils, qui jure de le venger de Renart,

y. 7013. Qui devant moi croissi ma mère, Si compissa moi et mon frère.

Ysengrin, de retour chez lui, appelle des médecins, se fait guérir et songe à se venger de

• Cfr. la branche 31% cl le Roman de Renart le ConlrefaiL

C'est ici une branche supérieure, comique et naïve; le récit est vif et animé, et il n'y a rien de trop. Telle qu'elle est, elle fait partie du cycle des compositions sur Renart et Ysengrin , mais elle ne se lie avec aucune des autres ; cependant elle a des points de contact avec plusieurs, en particulier av-ec la première et la dixième, moyennant des ressemblances de style, des réminiscences, des mélanges, des besoins et fourberies de Renart avec les mentions des dogmes du christianisme^ de Jésus, du paradis, de Tenfer et des moines.

Dans Reineke, c'est Gieremuth , la femelle du loup, qui descend au puits, seulement parce que Renart lui assure qu'il y a mangé force poissons. Le récit, au lieu d'être capital, n'est qu'épîsodique et se trouve mêlé aux plaintes sur Renart ; aussi est-il inférieur et bien plus court.

Dans Reinardus cette aventure ne se trouve point du tout.

Dans le Supplément au Roman de Renart^ p. 113, M. Ghabaille donne une variante de 278 vers, depuis le vers 6606, où Renart arrive au puits, tirée du manuscrit 19S B.

De l'Ours et du Lou et du Vilain qui monstrerent lor eus. (V- 7027-7186; 160 v.)

Quoique cette branche débute par une réminiscence :

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