‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 3 sur 84 · AUG. ROTHE · texte numérisé non relu

AUG. ROTHE

Soit sympathie ou antipathie , admiration ou mépris» familiarité ou crainte» de tous temps et en tous pays, le renard a fait une forte impression sur Tesprit humain, et le caractère frappant de cet animal est devenu un type auquel Thomme allude et compare sans cesse , et qu'il retrouve à tout moment parmi ses prochains et dans la société humaine. Il y a peu d'animaux, dont le caractère se reflète malheureusement davantage parmi les hommes et les rappelle plus souvent à leur souvenir que le renard. Il n'est donc pas étonnant que de tous temps et en tous pays ridée du renard se présente dans les entretiens, les comparaisons, les fictions des hommes. Ce qui frappe Tœil et Tesprit de tous devient

facilement populaire ; le renard, bien que par des motifs différents , est également le commensal ou l'objet de poursuite du paysan et du seigneur. Aussi les fictions sur le renard ont toujours été la propriété de tout le monde, et partout elles ont passé à l'état de traditions nationales et populaires. Mais ces traditions se sont formées et développées différemment selon le goût, le caractère, le sens poétique , l'état civil et moral des nations ; voilà pourquoi elles ont dû se formuler autrement dans l'Orient et dans la Grèce que dans l'Allemagne et dans la France, autrement dans l'antiquité reculée que dans le moyenâge ou dans les siècles plus modernes. En Orient, les fictions sur le renard ont, en grande partie, revêtu la forme lyrique : là, c'est l'apologue, la fable dans le sens restreint , comme forme et espèce , qui a dû prévaloir , conformément à l'organisation de la société et au caractère didactique et lyrique de toute la poésie de ces contrées. Bien que les nations de l'Europe occidentale aient généralement adopté l'apologue ou la

fable prc^rement dite comme un genre de prédilection , néanmoins, au moyen-à^e , la poésie narrative, pour ne pas dire épique, occupe une large place dans les littératures et les esprits de l'Allemagne et de la France ; et pendant ces siècles , et parmi ces nations douées de la force et de l'action, du mouvement et de la pétulance d'esprit, les fictions sur le renard se sont Ken souvent formulées en récits régulièrement et facilement versifiés, tenant tantôt de la vivacité d'esprit et de la plaisanterie candide, tantôt des mœurs grossières ou élégamment chevaleresques de l'Europe aux douzième, treizième et quatorzième siècles. Aussi, outre les nombreux apologues dont le renard fournit encore le sujet aux poètes de nos jours, au moyen^âge les Pays-^Bas, l'Allemagne et la France ont produit plusieurs poëmes narratifs, ou épopées comiques assez â;endues , dont le renard est le héros , le principal personnage , et auxquels lui seul a imposé son nom. C'est ainsi que nous possédons et distinguons trois grands poëmes sur le renard et

portant son nom pour titre, c'est-à-dire un poëme latin, un poëme allemand et un poëme français. Au nom même de Renart s'attache une particularité linguistique et peut-être historique assez curieuse. En français, le mot renard est aujourd'hui le nom appellatif , le nom commun qui désigne l'animal d'une certaine espèce, mais il n'en a pas toujours été ainsi; il n'en est pas ainsi non plus en aucune autre langue. Renard, Renart ou Regnard, nom propre, a ses analogues dans les autres langues, tels que Reinardus en latin, Reinaert en flamand, Reinhart et Reineke en allemand, Reynard en anglais. Le nom commun de renard se traduit par vulpes en latin, volpe en italien , voss en hollandais , fox en anglais, fuchs en allemand, raev en danois. Par métaphore, presque toutes les langues désignent certains animaux par des noms propres d'un usage fréquent dans la conversation et chez les poètes fabulistes : ainsi , en français, on appelle l'ours Martin , le singe Bertrand , la chatte Minette ; les Anglais disent Bruin pour l'ours , Jack pour

le singe, et iotituleut le renard M aster Fox; en danois, on dit Mikkel pour le renard, Mette pour la brebis. Mis et Mons pour le chat, Mads pour le bouc, mâle de la chèvre, etc. Dans les romans du renard, en quelque langue qu'ils soient, tous les animaux sont désignés tantôt par les noms communs de leur espèce, tantôt par des noms propres, qui souvent désignent un seul individu, mais qui parfois aussi ne s'emploient que collectivement et appliqués à l'espèce tout entière : tels Reinardus, Renart, Reineke, pour vulpes , renard , Fuchs ; Isengrimus , Ysengrin , pour lupus, loup, wolf; Tymer, Bernart, Boldewyn , pour l'âne ; Belin pour le bélier ; Tybert, Hinze, pour le chat; Coart, Lampe, pour le lièvre; Roonel, Ryn, pour le gros chien ; Cortois, Wackerlos , pour le petit chien ; Pinte , Krassefot , pour la poule, etc. En général, le nom propre et individuel, tel que Noble, Renart, Ysengrin, est employé là où le poète et le poëme prennent le ton et le caractère épiques ; mais toutes les fois que les poètes , abandonnant la forme épique ,

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se restreignent à Tapologue , à la fable universelle, ils ne se servent que des noms génériques des animaux, tels que lion, renard » loup, etc. C'est ainsi que, dans notre vieux roman en français, Renart n'est employé que comme nom propre, de même qu'Ysengrin, Noble, Hersent (la louve), Fière ou Orgueilleuse (la lionne), etc.; mais toutes les fois qu'il s'agit de désigner l'animal, en tant qu'animal ou espèce, et non pas comme individu ou héros du récit, les auteurs emploient un nom commun dérivé du latin vu/peSf tels que gorpil, goupil, gorpiex; vulpil, vorpiex, etc. Dans la suite des temps , et lors du développement et de la régularisation de la langue française, ces noms communs ont été entièrement abandonnés, et le mot renard, de nom propre qu'il était originairement, a passé à l'état de nom appellatif, et même de seul nom appellatif de l'espèce d*animal en question. Sans doute ce personnage de Renart, ce type de caractère et les fictions qui le concernent ont dû être extrêmement répandus pour

que, daus la suite, on ait entièrement oublié ou rej^ le nom commun de gorpil, et que l'on y ait substitué le seul nom propre de renard.

Les noms propres qui, dans le roman, sont donnés aux divers animaux, paraissent diffé* remment motivés : les uns sont tout bonnemient ^ pris de quelque qualité intellectuelle ou physique de l'animal , tels que Brun , l'ours ; Noble , le lion ; Hardi, Firapel (fier-appel ou fier-à-peau?), le léopard; Tardif, le limaçon; Malebranche (méchante race) , et Percehaie, les petits du renard; Bruiant, le taureau, etc.; les autres semblent avoir leur racine dans les termes de quelque dialecte ou de quelque autre langue, tels sont Anes, le canard (de anas); Cunin, Conin, Gonnil, le lapin (latin, cuniculus; allemand, kanichen; danois, kanin)^; Hustin, le mâtin (le tapageur); d'autres encore semblent pris en l'air, à moins qu'il ne s'y trouve au fond quelque allusion historique ou sociale à des personnages vérita-

* Lapin a-t-il été un nom propre comme Renart? ou fauMl le dériver du latin lepus^ ou autrement?

bles, opinion fort discutée et vivement contestée», tels que Rufanus, le lion; Tybert, le chat; Karchofos» l'âne; Hersent, Giremot, la louve; Hermeline, la femelle du renard ; Hubert, Huans, Huart, le milan; Tiercelin, Rohart, le corbeau; Rainsaut, la jument; Beaucent, le sanglier; Frobert, le grillon, etc.^

Les noms de Renart (Reinardus, Reineke) et d'Ysengrin sont constamment les mêmes dans tous les poëmes et dans toutes les parties de ceux-ci , à quelques variantes d'orthographe près. La plupart des autres animaux conservent également, dans les divers poëmes, les noms propres une fois adoptés ; mais pour eux cependant les noms varient quelquefois dans les différentes parties du même poëme et dans les

* Sans doute cette opinion est fondée en plusieurs points et endroits de détail, mais elle ne saurait être soutenue dans la généralité qu^ont voulu lui donner Eckard, Mone et d'autres, ni dans le cas où Ton irait jusqu'à prétendre que tout le poème renferme une allusion complète à une certaine époque historique entière.

* Cf. Reinhari Fuchs^ von Jacob Grimm. Berlin, i83i!i, 8% p. GGXXiietc, GCL etc.

langues différentes. C'est ainsi, par exemple, que dans le poème français, Tâne est appelé tantôt Tymer, tantôt Bernard, tantôt Froment, et dans l'allemand , Boldewyn ; Hermeline est appelée Erme, Richout, Richeux ; le gros chien, tantôt Roonel, Rooniax, tantôt Morout, et dans l'allemand, Ryn; la lionne, tantôt Fière, tantôt Orgueilleuse; le blaireau, Grimbert, et ailleurs Poncet ; le singe, Gointeriaus et Martin, etc. »

D'après ce que nous venons de voir, on pourrait sans doute aujourd'hui parler du roman du Renard comme sujet des fictions du moyen-âge ; mais quand il s'agit d'indiquer le titre de l'ancien poême« il faut nécessairement appeler celui-ci Roman de Renan y puisqu'ici Renart est

* DaDs Le Renard ou le Procez des Bestes (Bruxelles, 1739, traduction libre du texte attribué à H. d'Alkmar), les noms sont donnés un peu différemment et arbitrairement : le loup, Glouton ; le renard, Trigaudin ; le lièvre, Rouget ; le coq, Gozille; la poule, Copette ; Tours, Grosbrun, etc. Du reste, cette traduction en prose n'a rien de particulier ni de remarquable. De pareils changements arbitraires de quelques noms se retrouvent dans presque toutes les traductions ; ils ne tiennent qu'à des particularités de langue dans les différents pays.

censé être un nom propre et non pas un ncnn appellatif. On commettra une erreur en confondant ces deux termes , car ils expriment deux choses différentes'.

Dans tous ces poëmes , Renart joue le principal rôle ; Renart, c'est Tesprit, Tadresse, la ruse personnifiée, quelquefois la plaisanterie et le comique, mais le plus souvent Tastuce sans conscience, sans scrupule ni remords; de plus c'est la méchanceté et la luxure, traits qui tous se réunissent pour former le caractère et les attributs du renard. C'est là un type intellectuel, moral et physique, qui se retrouve malheureusement parmi les hommes, que tous méprisent et proclament odieux, mais auquel cependant la plupart cède.nt et succombent bon gré mal gré, et par lequel se laisse souvent fasciner et séduire ce qu'il devrait y avoir de plus noble et de plus beau. Aussi voilà pourquoi les

' Cependant Méon , dans son édition , a intitalé l*ouTrage Roman du Renart^ et^ à la Térité, rinrëgularité des manuscrits peut autoriser cet usage.

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autres animaux prodiguent au renard les épithètes de pute-bête^ vilain, etc., lui sont presque tous hostiles, et ne fléchissent que de bien mauvais gré devant sa supériorité usurpée et perfide. Néanmoins la lionne et la léoparde, aussi bien que la louve, lui accordent leurs faveurs et leurs bonnes 'grâces. Dans le Roman de Re* nart, ce personnage prédomine et triomphe dé*" 6nitivement; cependant il ne faut pas croire qu'il sorte en vainqueur de chacune de ses aventures , de chacune de ses rencontres avec les autres animaux ; bien souvent il se trouve dupé et fort maltraité, et ce n'est pas exclusivement la force physique et brutale qui l'emporte sur lui; plusieurs fois même ce sont les précautions, Tadresse, le bon sens des autres acteurs du drame qui lui font manquer son but ou même le. font tomber dans des pièges, des embarras qu'il n'a pas prévus, dont il ne se tire qu'à grand' peine et aux dépens de sa peau.

Le plus fameux personnage après Renart, c'est Ysengrin, le loup. Ysengrin, c'est la force.

mais la force brutale unie à la maladresse, à la stupidité, à la voracité gloutonne. Cette force est redoutable, lorsque la colère Texcite ; aussi Renart la redoute et y succombe quelquefois; mais le plus souvent il s'en moque, triomphe d'Ysengrin, le trompe et lui attire de très fâcheuses affaires. Renart et Ysengrin sont censés être parents ; Ysengrin est l'oncle de Renart , quelquefois aussi ce n'est qu'un compérage. Toutefois, ce titre de compère que Renart donne à Ysengrin, ne se trouve guère confondu avec celui d'oncle, et les branches où il prévaut se distinguent même par là, de manière à faire naître la supposition qu'elles ont eu d'autres auteurs que le reste, et qu'elles n'ont pas dV bord fait partie des poèmes où le titre d'oncle et les relations de parenté ont prévalu. Ysengrin n'est pas un personnage aussi essentiel et aussi important que Renart ; il y a des branches où il ne paraît pas du tout ; il y en a d'autres où il ne joue qu'un rôle secondaire, peu émînent, peu distingué; dans quelques branches

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il est remplacé pai* son frère Primant, qui , du reste, fait un personnage absolument analogue. N^oimcmis Ysengrin est constamment un type principal et invariable ; toujours il cc»nmence ou finit par être la dupe de Renart ; toujours Tamitié ou la paix apparente entre Ysengrin et Renart est feinte ou passagère.

Hersent» la louve, parait très souvent dans nos poëmes; mais, de même qu'Ermeline, la femelle de Renart , elle y paraît plutôt comme machine que comme personnage agissant. Mai-^ tresse lubrique du vilain Renart, elle n'est guère que le sujet perpétuel de la honte, des mésaventures et du déplaisir d'Ysengrin, ainsi que de la guerre acharnée et de la haine mortelle entre Renart et Ysengrin.

Noble > le lion, roi des animaux, figure sans doute encore en première ligne parmi les acteurs du drame ; aussi son caractère et son rôle sont assez bien soutenus, et ne manquent point d'unité ; mais c'est plutôt le portait assez fidèle d'un personnage de la société humaine et de

rorgaiîisation civile, que le type moral d'un caractère humain. En conséquence, Noble n'est pas non plus un personnage essentiel au poëme comme le sont Renart et Ysengrin ; aussi y a-t-il des parties où Noble ne parait point du tout et où sa figure serait tout-à-fait déplacée. Dans les branches essentiellement comiques et anecdotiques, qui retracent le plus immédiatement les types du caractère et de la vie des hommes, par les tours et les rencontres de Renart et d'Ysengrin ; dans ces branches, il n'est pas question de Noble, le lion, ou bien il n'en est question qu'accidentellement, et sa personne y ferait disparate. On ne peut s'empêcher de remarquer que le lion, cet habitant du midi, des pays chauds, du désert, se trouve singulièrement déplacé au milieu des animaux de l'Europe. Aussi, Brun, l'ours, appartenant en propre à la famille des animaux européens , semble quelquefois remplacer Noble en sa qualité de roi , et occupe constamment un des premiers rangs dans la hiérarchie des acteurs du Roman de

Renan. Lorsque les poètes se sont écartés plus ou moins de la simplicité de la nature et de la vie animale , et de la pureté du caractère d'animal , et qu'ils se sont appliqués à tracer un tableau de la hiérarchie sociale, de l'organisation civile, des relations publiques et privées parmi les hommes , là Noble , le lion , le roi , se trouve plus naturellement , plus convenablement , plus essentiellement à sa place; et ceci s'applique encore dans toute son étendue aux parties du roman qui prennent plus ou moins la couleur d'un roman de chevalerie, et sont moins un portrait spirituel , satirique et universel de l'humanité, qu'un calque spécial de la vie chevaleresque et guerrière d'une classe des habitants de quelques pays de l'Europe au moyen-âge. Il n'y a pas de doute que le roi Noble n'ait des modèles et des originaux parmi les monarques de la pauvre humanité. En quelques cas exceptionnels, à la vérité, tels que l'aventm^e du partage , où ce roi se fait adjuger toute la proie à lui-même, à son épouse et à leur enfant, il

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use de sa force et fait réellemeut le puissant ; mais du reste , ce roi Noble est un assez triste sire, que maître Renart joue et mène par le nez tout à sa guise. Sous les yeux du roi » Renart fait sa cour à la lionne, et celle-ci parait empressée de lui accorder ses bonnes grâces. Le lion veut faire sa maîtresse de la léoparde, mais Renart va jouir de ses faveurs , et laisse le roi se morfondre à la porte. Noble ne semble figurer dans le roman que pour accueillir les plaintes des autres animaux contre Renart , pour prononcer sur leurs différends, pour servir d'intermédiaire entre Renart et Ysengrin , pour juger et faire punir celui-là. Noble se met dans de grandes colères, profère de teiTibles menaces et lance des arrêts foudroyants ; mais en définitive il cède et se radoucit toujours. Renart le persuade et le berne continuellement, et échappe toujours aux arrêts de mort prononcés contre lui. Noble, jaloux de sa dignité , emploie constamment de grands mots, et fait sonner bien haut son rang et son autorité; mais quant aux

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actions il est niais et débonnaire, et cette force^ cette puissance d'apparat n'agissant jamaii^, finit toujours par succomber ou céder à la prudence, à l'esprit, à l'adresse, à l'astuce de Renart. Il semble donc que le lion ne soit là que pour servir de rouage dans la machine , et de relief à Renart ; NoMe n'est pas rendu ostensiblement ridicule comme Ysengrin, mais il fait hausser les épaules et sourire de pitié, de mépris ou d'indignation.

En appliquant au personnage de Renart les mots d'adresse, d^astuce et de méchanceté, nous avmis désigné jusqu'à un certain point le caractère et le ton du poème sur Renart. Toutefois, les nombreuses et longues compositions sur ce sujet forment une épopée tellement vaste et variée qu'elle renferme pour ainsi dire quelque chose de tout, et qu'elle diffère beaucoup en plusieurs points : il y a des parties tellement sérieuses qu'elles semblent tenir de la gravité de la haute épopée ou bien du savoir scolastique ; il y en a qui sont pui*ement plaisantes et diver-

tissantes sans aucune allusion ni application immédiate de morale ou d'instruction ; il y en a qui renferment une satire mordante et directe, applicable à certaines classes de la société, à certaines relations ou à certains individus; il y en a d'autres où la satire est générale et souvent moins amère , ou bien dans lesquelles une ironie universelle, quelquefois assez douce, assez spirituelle, inspire le poète, anime le récit, et lui donne un charme naïf et un attrait particulier et caractéristique, par exemple, quand le coq, emporté par le renard, jase tant et flatte si bien sa vanité qu'il lui fait ouvrir la gueule, et s'échappe aussitôt ; quand la poule est canonisée, et que le lièvre, en dormant sur sa tombe, guérit par miracle de la fièvre que la peur lui a fait gagner.

On ne saurait disconvenir qu'il n'y ait çà et là, dans les poëmes sur le renard, des allusions plus ou moins claires, plus ou moins directes a des personnages et à des événements historiques. Use peut, par exemple, que dans le

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poëme latin de Reinardus, Bernard, le bélier, et dans le Renart français^ Tàne Bernard, l'archiprétre, en quelques endroits, soit la caricature de saint Bernard de Glairvaux ou de quelque autre fameux ecclésiastique. Il est formellement question des moines blancs et noirs, bénédictins et augustins ou cisterciens, de templiers et d'hospitaliers, de princes et d'événements historiques du treizième et du quatorzième siècle. Remarquons toutefois que ces allusions ou désignations positives sont le plus fréquentes, le plus suivies, le plus évidentes dans les poëmes français, tels que le Couronnement de Renart, Renart-le- Nouvel, Renart-le-Contrefait , décidément du treizième et du quatorzième siècle et postérieurs à d'autres, et que plus les poëmes sont récents, plus les allusions et les désignations y sont précises et répétées ; mais dès lors aussi ces ouvrages perdent de plus en plus la douceur et l'universalité de l'ironie, le ton de simplicité et de plaisanterie naïve. « A certaines époques, quelques littérateurs

distingués ont voulu voir dans le Roman de Renart Tensemble d'un tableau historique complet d'une certaine période et de certaines relations politiques. Eckardt, ne connaissant et n'examinant guère que le Reineke Fuchs allemand de 1498, prétendit faire d'Ysengrin le roi Zventebdd (Svetopolk) de Bohême, fils de l'empereur Arnoulf, et de Renart un comte Réginhard ou Reynier (Reinhard) d'Austrasie, etc., en déduisit toute une filiation hypothétique , qui n'a pas plus de fondement dans l'histoire que dans la nature d^une poésie telle que celle des romans du i*enard. Mono, en publiant pour la première fois le poëme latin de Reinardus Vtdpes, adopta l'hypothèse d'Eckardt, et renchérit encore sur ses prédécesseurs : il veut que son poëme ait été écrit en partie au neuvième siècle, en partie au douzième, et qu'il contienne de plus des interpolations postérieures; il fait du renard le duc Réginhard ou Reynier du Hainaut; dans Rufanus il trouve l'anagramme de l'empereur Arnoulf ( Aruulfus) ; il désigne dans les divers

pays des soi-disant oiîginaux de tous les personuages et de tous les noms propres du poème, et il prétend par conséquent faire regarder celuici comme une allusion ou satire toute personnelle, locale et contemporaine d'un bout à Tautre. Tout cela, au premier abord, parait fort spécieux; mais Téchafaudage tombe devant un examen approfondi et une saine critique ; aussi Gottsched ' , qui du reste expose lui-même une autre supposition, Raynouard^, Grimm^ et d'autres ont complètement réfuté les hypothèses d'Eckardt et de Mone, et Henri d'Alcmar lui-même (?), ainsi que ses traducteurs et imitateurs, ont eu soin d'assurer et de répéter à dessein, dans les préfaces et dans les observations intercalées entre les chants et chapitres, que le poëme est une peinture générale du monde et de tous les états, et que dans cet ouvrage on n'a voulu blesser

' Heinrichs von Alcmar Reineke der Fuchs^ Leipzic, 1752, in-û% p. 26.

* Journal des Savants, juillet 183/i.

* Reinhari Fuchs, p. cii, p. ccli.

personne^ ni attaquer^ ni railler qui que ce soit individuellement ■ .

L'Orient, rantic[uité grecque, TEurope, telle qu'elle naissait à la chute derempire romain d'Occident, nous l'avons dit, ont adopté le renard comme sujet de leurs fictions, comme modèle naturel du caractère malheureusement trop fréquent parmi les hommes ; ils en ont fait un type constant qui, dans les poésies les plus populaires, revêt des formes tant soit peu différentes, et se montre le plus souvent comme dérision, plaisanterie ou ironie universelle du genre humain , et quelquefois comme allusion spéciale plus ou moins remplie de satire et d'amertume *. Il n'entre point dans notre plan de rechercher ou d'examiner les productions des pays lointains et des siècles reculés; aussi, après en avoir constaté l'existence, nous ne nous en occuperons plus ici.

* Voyez Gottsched, Préface de Nicolas Baumann : « Doch will ich mit dieser Arbeit niemand ins besondere angetastet, verunglimpfet oder geschmahet haben. »

* Reinhari Fuchs de Grimm, p. gclix.

Pendant le moyen-âge de l'Europe (et par moyen-âge nous ne comprendrons, dans le cours du travail actuel, que les douzième-quinzième siècles) , les hommes se trouvaient divisés en trois classes : le monde savant et scolastique , la société seigneuriale et féodale , les serfs et vilains sans instruction, ni liberté, ni urbanité, ni élégance de mœurs. Au monde scolastique le savoir, le latin et toute la vaste littérature latine antérieure et contemporaine. A la société, à la puissance mondaine, les poésies en langue du pays, poésie lyrique, chevaleresque et amoureuse, telle que les troubadours en fournissent l'exemple, et de plus, une large part dans la poésie narrative et légère, où règne la gaieté spirituelle, la simplicité de forme et de bon sens, la plaisanterie ironique et candide, mordante ou grossière, qui participent du caractère et de la position de la masse du peuple, qui mettent le cachet de la popularité à ses productions naïves ou ingénieuses, et qui les font vivre long-temps et les sauvent du naufrage commun des produc-

tions littéraires qui n'ont point de racines dans la sublimité de l'inspiration ou dans les entrailles des peuples.

Pendant le moyen-âge, la manie de composer, chez ceux qui ne savaient que composer et chanter, celle de composer et d'écrire, chez ceux qui étaient capables d'écrire , était proportionnellement aussi forte et aussi générale qu'aujom*d'hui. Le monde scolastique rimait en latin tout autant que le monde profane et vulgaire en langue du pays : tout était bon pour être versifié ; on mit en vers latins non seulement l'histoire des peuples, des institutions, des hommes et des femmes, mais la Bible, la discipline monastique, la jurisprudence , l'astronomie , la minéralogie , la géographie, la chasse, la vie des animaux, etc. Les poètes des peuples proprement dits et des langues vulgaires ne s élevaient pas jusqu'aux objets consacrés par le souffle sanctifiant du scolasticisme et du latinisme ; mais le naturel et la vie des animaux leur fournissaient d'heureuses couleurs pour leurs portraits de mœurs hu-

maines, souvent spirituels, auimés, frappants de vérité et de ressemblance, et pour leurs récits quelquefois tout simplement naïfs, comiques et amusants. Le temps 9 les travaux patients des religieux et des clercs, ainsi que les traditions populaires ont fait survivre bon nombre de ces compositions sur la vie des animaux, compositions qui portent bien évidemment le cachet et la couleur du temps et des pays qui les ont fait naître. Bien que ces compositions n'aient pas été toutes imprimées, on en connaît un bon nombre, et il serait facile d'en produire aujourd'hui un recueil assez considérable, tant en latin qu'en langues vulgaires. Je ne citerai ici comme exemples qu'Isengrimus , de 688 vers, Pœnitentiarius, de 387 vers, des Hundes Not, de 292 vers, Baldevin, de 126 vers ( qui se trouvent avec bien d'autres dans l'excellent ouvrage déjà cité de J. Grimm), de l'Ândoille qui fui juye es Marelles, de 130 vers; Renart le Bestourné, de 1 62 vers ( et d'autres , dans le Roman du Renart, supplément, variantes et corrections, par

P. Chabaille, Paris, t83B, in-So), du Vilein qui dona ses bues (bœufs) au lou, de 108 vers (dans les Fabliaux et Contes de Barbazan , édition de Méon, Paris, 1808, vol. 2, p. 144), et le dit de la Queue de Renart, en vingt-quatre couplets de huit vers chacun (dans les Contes, Dits et Fabliaux de A. Jubinal, Paris, 1842, vol. 2, p. 88). Comme je n'ai pas non plus l'intention d'énumérer, de recueillir et de faire connaître en détail tous ces petits poëmes en latin, en dialectes allemands, flamands et français, après en avoir ici constaté l'existence et le caractère, nous passerons à ce qui doit faire plus immédiatement le sujet du présent travail, c'est-à-dire aux trois grands poëmes latin, allemand et français, que dorénavant nous désignerons simplement par les trois titres, différents de Reinardus Fulpes, Reineke Fuchs et Roman de Renart *.

Dans les littératures du midi de l'Europe, la

' Geschichte der poetischen National - Litteratur der Deutschen, von Gervinus, V Theil , Leipzig , 1835, p. 102- 123, tili^-Uei; 2* Theil, Leipzig, 1836, p. Zi02-Zil0; 3* Theil, Leipzig, 1838.

fable du renard n'a été que peu répandue et n*a guère fourni le sujet de compositions originales; elle n'y a pas été populaire. Dans la littérature provençale, par exemple, des allusions et des citations assez fréquentes des noms d'Ysengrin et de Renart prouvent sans doute que les troubadours ont connu le roman du renard ; mais il ne paraît pas probable qu'ils aient écrit ou possédé aucun poëme original sur ce sujet. Peut-être cette sorte d'esprit, de plaisanterie et de satire dont le renard est le type, convientelle moins à ces littératures sentimentales, retentit-elle moins bien aux oreilles musicales, trouve-t-elle moins de sympathie dans le caractère romanesque de ces nations. Dan^les pays du nord et de l'est de l'Europe, il y a, et l'on découvre chaque jour d'anciennes fables et contes sur le renard; mais là encore ces fables du renard sont en plus petit nombre, paraissent avoir été moins répandues , moins vulgaires, ont pris moins de consistance; elles n'ont point été rassemblées en corps d'ouvrage et pour ainsi dire en

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époi)ée comique et populaire. C'est donc particulièrement dans les pays limitrophes au nord de la France et au sud de l'Allemagne, qu'appartiennent les grands et nombreux poëmes populaires sur le renard dont nous allons nous entretenir.

Sans doute les longs poëmes de Reinardus , de Reineke et surtout celui de Renart , sont nés à peu près comme les longs romans de chevalerie , les grandes épopées nationales ; ils ont été le produit , non pas d'une création spontanée , mais d'un travail lent et successif. D'abord il y a eu des anecdotes, des fictions ou bien des actions et des événements véritables, qui ont passé traditionnellement d'homme à homme, de génération à génération; puis ces traditions brodées , enrichies ou défigurées par l'imagination des poètes ou par la sottise de conteurs ignorants, ont été couchées par écrit , versifiées ou non , en latin ou en langage vulgaire , et enfin des poètes instruits et laborieux en ont réuni plusieurs pour former un tout, en ont composé

de longs récits en vers ou en prose, en un mot , des romans.

A juger d'après ce que nous connaissons au*^ jourd'hui 9 la France a dû avoir dans sa Uttéra«ture le plus grand nombre de fables, de fictions, de récits graves ou plaisants sur le renard «t d'autres animaux ; mais la latinité et TÂllemagne (les Pays-Bas, la Flandre) ont mieux réuni les ccunpositions de ce cycle en un tout , de îotme épique , avec unité , ^tendue et suite dans les événements et les récits ^

Le poëme latin de Reinardm Fulpes a été fait dans la seconde moitié du douzième siècle, maïs jusqu'ici on a peu de notions sur l'auteiir ou les auteurs et les origines. Le Roman de Renart eu français , tel que nous le possédons aujourd'hui» parait dater du treizième et du quator-

* Répétoâs encore qii^il ne s^agit ici que des douziëme-quinzième siteles, et qu^eft parlant de la Frasce boub ne conjiNrenoBS que le nord de la France, la littérature des trouvères et de la langue d^oil; car le Roman de Renart n'appartient nullement à la littérature provençale, celle des troubadours et de la langue d'oc, où il ne s'en trouve que des traces éparses, peu importantes et peu concluantes.

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zième siècle. Les noms de cinq ou six auteurs s*y attachent ; mais bien certainement il est l'œuvre d'un plus grand nombre. On a les plus fortes raisons de croire qu'il y a eu des poèmes analogues en français composés plus d'un siècle auparavant ; mais ces compositions primitives nous sont inconnues, ou, pour mieux dire, il est impossible pour nous de démêler si plusieurs des branches aujourd'hui réunies dans les mêmes manuscrits, et transcrites par les copistes du treizième ou du quatorzième siècle, comme formant ensemble le Roman de Renarly n'ont pas été composées et répandues depuis le conmiencement du douzième siècle ou même antérieurement. Plusieurs des troubadours qui ont fait mention de Renart et d'Ysengrin ayant vécu au douzième siècle, attestent par là même l'existence et la vogue de poèmes sur ce sujet , antérieurement à leurs propres poésies. Le Reineke Fuchs allemand , ou pour mieux dire , en vieux saxon , ne date , pour le public d'aujourd'hui , que de la fin du cpiinzième siècle (1498). On

ne sait à qui est due la gloire de cette publication. C'est de ce texte qu'il a été fait non seulement de nombreuses éditions en Allemagne, mais aussi diverses traductions et éditions en d'autres langues, telles qu'en allemand moderne, en latin, en hébreu , en anglais , en français, en danois^ etc * .

Plusieurs des aventures du renard et des autres animaux se trouvent également dans deux ou trois des textes latin, français et allemand, racontées de la même manière ou avec des variantes plus ou moins distinctes, et dans les trois textes les principaux acteurs sont les mêmes , sont appelés et caractérisés à peu près de même; mais aucun des trois textes de Reinardus , Renart et Reineke n'est absolument semblable aux autres ; chacun renferme des aventures ou récits qui lui sont propres, et ils forment trois poèmes bien distincts et tout-à-fait indépendants.

* D' Schaller, Reinke de Fos fan Hinrek fan Alkmer^ 2* édit, Brunswick, 1835, p. iv. — Gottsched, Einleitung ^ p, AS. — Grimm, p. clxxviii.

36 RENSEIGNEMENTS PflÉLlMlNAlAl^lS ET OÉNÉKAUX.

Nous alloms donner ici un résumé du contenu d^ chacun de ces trois poèmes , ce qui formera méqsie le sujet principal du présent travail, et à mesure que Toccasion »'en présentera , ou bien à la suite, nous y joindrons les développements, les remarques et Les éclaircissements que nous jugerons encore convenables pour notre but ac* tuel.

REINARDUS.

G. Grimm (p. LYII et p. i) ik)us a Mi con- Bsâtre un vieux poème à' Isengrimus en latin^ de 688 vers> contenant deux récits, Fufi sur la mafladie du mi et sur sa guérisoa par les conseils de Renari et aux d^ens d^Ysengri», (foe Ton dépouflle de sa peau pour en couvrir le li<m malade et le £aire transpirer; rautre sur le pèlerinage projeté de la chèvre Bertifiana, qui se feit accompagner pafr d'autres animaux^ Renart, que est de lia compagnie, les samre d'un vieux loup en affectant de le régaler de la tête d'un loup qu'ils ont trouvé pendu, et en prétendant couper la tête h tous ceux qui vienneiit les* attaquer.. Grrmm n'a pas découvert Fauteur de ce^ prome, mais il croit celui-ci écrit au commencement du douzième siècle,, dans la Basse-Flandre (Sud* flandem, KArtois). Les aventures racontées ici

38 REINARDUS.

rentrent, bien qu'avec quelques variantes qui en prouvent l'indépendance, dans le poëme latin beaucoup plus étendu de Reinardus, de 6,600 vers, dont Mone a publié le texte pour la première fois en 1832, et qui, composé dans la Haute-Flandre , date sans doute également du douzième siècle, mais seulement du milieu de ce siècle, ou d'une cinquantaine d'années après risengrimus ^ Sans doute les auteurs de l'un et l'autre poème n'ont inventé que très peu ; ils ont puisé leurs sujets dans des poèmes antérieurs , probablement même dans des compositions ou traditions françaises^, dont nous fondons l'existence sur les allusions des troubadours du douzième siècle , et sur les emprunts évidents et incontestables faits aux poèmes de ce siècle en flamand et en allemand. Bien que le nom de Tauteur, la date et le lieu de la composition ne soient pas nettement désignés dans le poème même ni ailleurs, les indications de

* Reinardus Vulpes. Carmen epicam secnlis IX et XII conscriptom. Âd fidem codcL mss. edidit et adootationibas illustravit Fr. J. Mone. Stottgardiae et Tobing». Gotta, 1832, in-8^ Il faut bien se garder de confondre cet ouvrage avec la traduction latine du poëme de Reineke faite par Hautmann Schopper (Francfort, 1567), et intitulé : Spéculum vit» aulicae de admirabili fallacia et astutia vuïpecula Beinikes libri quatuor, etc.

' Grimm, p. lxxvii, lxxx, etc., cxvi et ccxxyii.

localités, de personnes et de faits historiques contemporains qui s'y trouvent suffisent pour établir la date ci-dessus mentionnée, et pour faire supposer que l'auteur était flamand, peutêtre même un religieux bénédictin de Gand ou des environs de cette ville. Les lieux de la scène sont ceux de la Flandre et des parties voisines de la France, tels que Gand, Lens, Arras, Tournay, Reims, Ëtampes, Cluny, Clairvaux, l'Escaut, la Meuse, etc.

Quel qu'ait été Tauteur, il ne laisse pas de mériter le titre de poète et un rang distingué parmi les écrivains latins de son siècle ; il a fait preuve d'instruction, d'esprit et d'imagination ; son récit est assez animé , et ses dialogues sont assez bien conduits.

Quant à l'étendue et à la division du texte, la somme totale des vers varie un peu dans les trois manuscrits connus, dont M. Mone s'est servi, et les divisions ne sont pas non plus les mêmes, bien que ces petites modifications n'entraînent aucune différence dans le récit. L'un des manuscrits établit six livres, les deux autres n'en font que quatre ; l'un partage le poëme en vingt-quatre fables ou exemples; Grimm, dans son résumé , réduit le tout à douze. La division suivante, adoptée pour l'impression, est de qua-

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tre livres contenant un nombre différent de fables^:

Lisore L Haine et vengeance, en 1758 vers.

Fable l'«. Danger et délivrance de Renart, v. 1-530.

— 2*. Pèche d'Isengrim, v. 531-1228.

— 3*. Isengrim arpenteur, v. 1229-1758.

Lisore IL Cour plénière et maladie du lion, en 1200 vers. Livre IIL Aventures antérieures, en 238/i vers.

Fable i'«. Pèlerinage d'Isengrim, v. 1-810.

— 2*. Titres de noblesse de Renart, v. 811-1360.

— 3«. Prise d'habit d'Isengrim, V. 1361-17W.

— &•. Intermède de Renart, v. 17^9-1882.

— 5^ Renvoi d'Isengrim du couvent, v. 1883-2190.

— 6*. CachetdeGarvigart(lecheval),v. 2191-238^.

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