V. 20998. li est esléuz à Abé
Hé ! Diex, et de quele Abaîe?
De Glervaus ne seroit-ce mie ?
Nenil, qar il i a Abé.
Tybert chante , et regrette d'avoir perdu Renart. Celui-ci reprend courage. Tybert fait le fier et l'engage à aller chanter la messe, etc., avec lui à Btaaingfiié en qualité de simple chantre. Renart accepte, se dit fatigué, reçoit la permission de monter en croupe, et prétend alors avoir autant de droit au butin (cheval et livres) que le chat. Ils s'interrogent sur les set arz (sept arts libéraux, v. 21204 et ailleurs), et se disputent, à la manière des scolastiques, sur le pain d'orge fait de froment, le pain de froment fait d'orge, etc. Arrivés à la ville, ils prennent leurs livres, laissent le cheval paître et entrent dans l'église pour chanter , au moment où tout le monde en sort sans avoir entendu vêpres. Cependant ils se préparent, chantent vêpres tout au long, se répondent, etc. Puis ils recommencent à discuter sur la part que Renart doit avoir au gain, aux dîmes, etc. , en cas qu'il reste avec Tybert. Celui-ci lui propose d'abord un quarts puis il lui accorde la moitié. Renart demande à
manger, mais il ne veut pas manger le pain sur Tautel. Ayant trouvé deux fromages» Tybert distribue au renard le plus vieux et le plus dur» et garde pour lui-même le plus blanc et le plus mou. Pour en tir^ vengeance, Renart fait souvenir à Tybert qu'ils n'ont sonné ni vêpres ni vigile. Renart va sonner le premier» fait un nœud coulant» y passe la tête et les pieds de devant» en ayant soin de tenir la corde aux dents. Tybert à son tour fait de même ; mais le traître Renart lui parle» il desserre les dents pour répondre et se sent aussitôt pris par le cou. Renart enlève Tescabeau où ils étaient montés» et Tybert balance en Tair en faisant sonner les cloches malgré lui. Renart se moque à voix basse et longuement de lui, et s'échappe lorsque les gens de la ville arrivent. Les premiers qui se présentent prennent le chat pour un diable et s'enfuient ; les suivants l'assaillent. Un des coups d'épée destinés au chat coupe enfin la corde et donne au pauvre pendu le moyen de s'enfuir. Ayant rencontré Renart» il en est raillé de nouveau. Renart retourne enfin auprès d'Hermeline et emporte» chemin faisant, une oie grasse pour sa nourriture.
. Cette branche est également sans liaison directe avec les autres, et n'a pas d'analogie complète ailleurs.
Le récit est étendu et rempli de causeries parfois trop prolixes entre Renart et Tybert ; néanmoins ils ne laissent pas d'être relevés par une aimable plaisanterie, par quelques traits d'esprit, par une naïveté et une simplicité naturelles qui l'animent et qui doivent plaire aux lecteurs. L'auteur n'était pas dépourvu de talent. Ce n'est qu'une suite d'altercations entre le renard et le chat, où celui-ci parait l'emporter décidément jusqu'à ce que la chance tourne à la fin et que Renart réussisse à faire pendre Tybert et à se tirer lui-même d'embarras.
Point de réminiscences de chevalerie ni allusions aux mœurs féodales. Plusieurs fois, conune ailleurs, il y est question de la fume et de la putain du prêtre.
La langue, plus régulière que dans la branche précédente^ est néanmoins parfois assez difficile à comprendre.
L'auteur se nomme lui-même vers la fin, et de plus tout prouve qu'il était Normand, que le normand est son dialecte, et que c'est en Normandie qu'il a placé la scène de son drame.
2^2 Ke.