‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 37 sur 84 · V. 21053. L*Iglise m*estuet déporter · texte numérisé non relu

V. 21053. L*Iglise m*estuet déporter

Jusqu'à huit jors por le Provoire Qui est alez à une foire  Dol, ce dient, en Bretaingne, Jà Dex ne doint que il reviengne !

Robe va querre à sa putein.

Renart dit :

y. 21/i63. Si vos en apel à Ruen

Devant Dant Huon le doien Au couvent à la confrarie.

Les noms de Huon, de Roen, de Brueil, reviennent plusieurs fois, et, sur la fin (v. 21946),

* Variante : Il est Normenz^ sll a mespris.

Renart parle d'avoir recours à l'Evesque Mon seignor Gautier de Costances (Coutances) en sa Cort.

Conment Renart se muça es piatis *. (V. 21977-

y. 21987. Il avint jà c*uns Chevaliers,

Qui moult estoit preuz et legiers, Fist fere un chastel bel et noble :

N*ot tel de qu'en Gostentinoble.

L'auteur décrit la situation du château, la ma« gnificence du seigneur et de son manoir. Il s'ëtend longuement sur les détails de la yie journalière du seigneur et des habitants du château, auxquels il fait successivement boire, manger, dormir, laver les mains^ recevoir des parents, aller à la chasse, monter à cheval, etc. D'abord le seigneur va chasser : on fait lever un renard qui s'enfuit vers le château et disparait ; toutes les recherches sont vaines. Le chevalier se lave les mains, fait allumer des chandelles, soupe et se couche. Le lendemain, lever du seigneur, nouvelle chasse, nouveau repas. Deux écuyers

* Gomment Renart se cacha parmi les peaux.

viennent annoncer la visite du père et des deux frères du seigneur chevalier. Accueil d'usage et repas. Description assez minutieuse des coutu* mes et usages de la maison et de la chasse. Chasse au perf; continuation. Chasse au sanglier ; quatre chiens y périssent avant que le chevalier parvienne à tuer la béte. Prise, dépècement, transport et apprêt du gibier. Repas, passe-temps, arrivée des bagages et du nain hideux du père« Nouveau régal. Le chevalier va à la rencontre de son père. Nouvelle poursuite du renard, qui disparaît encore. Réception et repas des parents. Renart est découvert parmi les peaux de renard suspendues dans la salle :

V. 22800. Â la bardiere * moult estroit Se tint et as denz et as piez.

Il s'enfuit, traverse la forêt, et va se coucher sur une meule de foin en une prairie ^.

Renart, au haut de la meule et aux prises avec la faim, voit venir une corneille; il s'étend sur le dos, laisse pendre sa langue hors de sa gueule ^, contrefait le mort, attrape ainsi la

' Crémaillère pour suspencbre des bardes. * Conférez avec la branche 18.

' Dans la branche i2b, et la branche 31, Renart se couche également sur une meule de foin que Teau va entourer.

HÉNART. 225

corneîUe et la dévore. Il s'endort, et cependant Teau déborde et inonde le pré.

Heureusement un vilain arrive en bateau (v; 22880) ; Renart le laisse approcher, s'empare de la barque et jette Thomme à Teau.

Renart aperçoit Ysengrin et Hersent, se teint en noir au moyen d'une herbe dont il est en possession (v. 22986), se déguise ainsi complètement, et offre de leur faire passer Teau. Il débarque Ysengrin dans une île, où celui-ci est pris dans un piège, reçoit des coups et laisse un pied *. Renart, sous les yeux d'Ysengrin, satisfeit ses amoureux désirs avec Hersent, descend à terre avec elle et vend le bateau à un vilain au prix de quatre chapons.

Renart trouve Roonel le Matin en quête de quelque proie (v. 23118), dit avoir été baptisé du nom de Chuflés (ailleurs Choflet, Coflet, Chufé, Cuflet) ; invite Roonel à manger des raisins, le fait attraper, prendre et battre dans les lacs d'un piège. Roonel va s'en plaindre au roi Lion en sa cour.

L'écureuil (v. 23332), Rossel l'Escurel, l'Escuiroil, vient trouver Renart et l'introduit dans le poulailler d'un rendu (religieux), où Renart

' En plusieurs endroits il est fait mention de cette fâcheuse perte d'une patte, que le pauvre Ysengrin a dû subir.

226 RENAET.

mange un chapon et Rossel hume des œufs. Bécouverts par les gens du logîs^ Renart est pris pour un diable, à cause de sa couleur noire. Il échappe au prix de quelques coups ; mais bientôt il menace de manger Rossel lui-même, et celui-ci court se plaindi*e également au roi Noble le Lion. Â ces plaintes de Roonel et de Rossel se joint encore celle d'Ysengrin pour avoir perdii la patte et s'être vu mdignement trahi.

Noble envoie Tybert le Chat (v. 23609) pour mander Ghuflés. Celui-ci attire Tybert dan$ la maison d'un forestier» qu'il dit être la siennCt et où il le fait prendre dans un lacs. Tybert est sur le point d'être tué, mais comme à l'ordinaire» dans tous les cas pareils» au moment décisif Tybert ronge la corde et s'évade.

 cette nouvelle, Noble charge Relin le Moton de la même mission (v. 23760) ; niais Renart le fait poursuivre par un vilain dont il lui a proposé de manger l'avoine.

Enfin dant Bernart l'Archeprestre, Brun l'Ors et Baucent le Sengler (v. 23860) reçoivent l'ordre d'aller à la recherche de Chuflés et de l'amener de force. D'abord plaidoyers, puis combat à outrance de Renart contre Roonel (v. 24016). Tous les préparatifs sont faits, tout le cérémonial d'usage est observé, les combattants sont

armés de toucliers et de forts bâtons. Renart succombe et reste pour mort. Noble ordoùbe qu'on renferme dans un sac et qu'on le jette à r^u (v. 24282). Cependant Grimbert, qui s'est caché sous le pont par dessus lequel Renart est précipité, le retire de la rivière et lé sauve. Renart se lave et redevient roux. Toutes les autres bêtes s'en retournent joyeuses d'être débarrassées de Renart, qui se hâte cependant de regagner Malpertuîs.

V. 2ft33^. Âtant entra en Malpertuîs Et après lui referma Fuis, Et sachiez que ce fù savoir.

Ci vos lais de Renart le noir, £n son chastel est enfermez, Âtant est li Contes finez.

Encore une branche tout indépendante du reste et sans analogie complète avec aucune des autres versions sur le renard. Toutefois, ce sont les mêmes personnages, les mêmes noms et caractères des animaux, les mêhies relations antérieiu'es, les mêmes haines, les mêmes parentés, les mêmes allusions qu'ailleurs.

Il n'y a nulle indication précise sur l'auteur. Cependant on pourrait bien supposer la scène placée en Touraine, aux bords de la Loire. Le

château est situé sur une roche, près d'une rivière qui porte des vaisseaux jusqu'à la mer, et où il y a des vignes. On boit des vins d'Anjou, de La Rochelle, du Poitou (v. 22781, Vin burent d'Auçoire et d'Orlienz, et ailleurs). L'orthographe ne laisse pas d'offrir de même quelques particularités : l'auteur écrit, par exemple, mestre, chen, vinnes, néiz, si nos aséon, si vent, lévriers, vencu, acuru, pour maître, chien, vigne, nul, asseyons-nous, suivent, chieins-courants , vaincu, accouru, etc. La règle de l'emploi dô l's finale pour marquer le sujet et le régime est observée. Le nom de Renart est employé comme appellatif et accompagné du nom de nombre un, dans le vers 22026, ce qui doit être remarqué comme une chose extraordinaire. Les animaux montent presque tous à cheval, etc. ». En général quelques tournures du langage, ainsi que

* Par exemple :

Verstseao Tibert

Tanlost conmande qu'en atort

Son palefroi sanz demorer.

23698 Et Dant Tibert. meinlenant monte. 23631 Tibert s'en vet à esperon,

Moult ot en lui noble baron.

83646 Le cheval des espérons fierl.

S3673 Renart monte sor son cheval ,

Chevauchant vont le long d*un val

Entre lui et Tibert le Chat.

RËNART. 229

quelques traits à part, font supposer que cette branche est postérieure à la plupart des autres.

Le récit a beaucoup de simplicité, mais point d'esprit, point de vivacité, point de poésie proprement dite ni d'invention ; il ne contient que peu de nouvelles ruses, de nouveaux tours de la part de Renart, qui finit même par succomber entièrement, et ne doit son salut qu'à la prévoyante amitié de Grimbert le taisson.

La première partie de la branche, jusqu'au vers 22811, où Renart est découvert parmi les peaux, s'éloigne presque entièrement du caractère des autres branches : c'est une description de la demeure et de la vie journalière d'un seigneur qui boit, mange, dort, se lave les mains, monte à cheval, reçoit ses parents, va à la chasse, etc. Tout cela peut avoir quelque intérêt historique quant aux renseignements sur la vie et les mœurs du temps, mais ces notions, assez pauvres et insuffisantes en elles-mêmes, sont bien prosaïques et ne donnent aucune valeur poétique à la composition. Lorsque enfin Renart est trouvé parmi les peaux et qu'il s'en-

Vers âSSëâ £t cil (Bruns, Bernarl et Baucens) montèrent meînlenant Et s'acheminent sanz noisier.

Tuit troi prenent à chevauchier Trestuit coste à coste et à destre.

fuit, Tauteur abandonne absolument le seigneur, et ce qui Tentoure pour ne plus y revenir du tout, et passe entièrement aux tours que Içs animau;!L se jouent entre eux et aux altercations avec un petit nombre de vilains.

Le uQm de Malpertuis ne parait qu'une seule fois, à la fin, au vçrs 24339, que nous avons cité plus haut,

Deux des manuscrits, 98-14 et 195 B, ofïrenj^ une variante tellement étendue qu'elle embrasse presque toute la branche (v. 22022 jusqu'à. la fin, V, 24344 du texte de Mécm); elle est un peu plus longue que l'imprimé. Pour la variante,, c'est le même sujet, le même fond d'idées, la, même marche ; les différences portent sur le^ détails et sur le texte, mais il n'y a pas de chiiQ*% gen^ent essentiel ni très important dans le récit en général.

On ne laissera pas de remarquer la longueur des branches qui sont placées les dernières, et dont la plupart renferment deux mille, troi& mille vers^ et même davantage.

RENART. 23 t

Cest la Brandie de Renart com il fu Empe^ reres. (V. 2434S-27782; 3438 v.)

Pendant la douce saison ^ Renart avec ses petits et avec sa femme, qui en porte d'autres encore, se trouve dans la détresse en son fort manoir de Malpertuis. Allant chercher de quoi subvenir aux besoins de sa famille, il rencontre Ysengrin, qui l'avertit de fuir avec lui devant trestuit H vilain d'aune vile.

Lorsqu'ils sont en sûreté, Ysengrin se met à dormir ; Renart l'attache à un arbre ; un vilain qui passe le roue de coups de bâton; Renart revient le délier; Ysengrin, reconnaissant du service rendu, l'emmène, le régale et lui reste dès lors dévoué à toute épreuve. Renart passe au bord d'une fosse où il croît force mûres, et fait de vains efforts pour en atteindre quelques^ unes.

Renart trouve Roonel (v. 24687) gisant sous un arbre et fort maltraité par un vilain. Sous prétexte de l'aider, il lui passe une corde au cou et le suspend à l'arbre. Le roi Noble arrive avec sa suite ; il fait détacher et soigner Roonel, qui ne le connaît pas, et lui demande qui il est.

Noble le fait emporter chez lui et le fait guérir par

y. 2&876. Li mires qui vindrent de Nimes £t de Montpellier par de là * .

L'auteur passe alors par une transition à autre chose :

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