‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 43 sur 84 · SUR LE ROMAN DE RENART · texte numérisé non relu

SUR LE ROMAN DE RENART

L'examen du Roman de Renart nous apprend qu'il y a des branches complètes en elles-mêmes, pouvant former des poëmes à part et plus ou moins indépendantes des autres branches. En général, ces petits poëmes se diviseraient aisément en deux classes distinctes. Quelques uns se lient entre eux et forment un faisceau de deux ou trois branches qui se suivent dans la plupart des manuscrits. Il y en a où Renart paraît seul sans Ysengrin, et d'autres où Ysengrin parait sans Renart. Plusieurs sont de vraies fables, des apologues proprement dits, qui conservent aux animaux leurs caractères individuels et n'y mêlent point d'autres acteurs ni d'autres mœurs. Il y en a qui , s'écartant tout-h-fait du naturel de la fable, retracent tout bonnement les coutumes et le langage de la chevalerie et de la féodalité; les unes paraissent anciennes, les autres plus récentes. Un certain nombre appartiennent uniquement et en propre au cycle des compositions françaises, et les autres sont communes aux poëmes latins, flamands, allemands.

I. Voici les branches qui forment des mor* ceaux complets en eux-mômes, et qui pourraient se détacher sans rompre aucune liaison ni faire de lacunes sensibles: J, 5, 8, 11, 12, 13, 14, 15, 18, 19, 20, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32. Il faut encore y ajouter les deux branches imprimées dans le Supplément de M. Chabaille, savoir : De CAndoille qui fui juye es Marelles et Si conme Renars menja dant Pinçart le Hairon, et fist à peu noier le Vilain^ qui doivent être placées après la 1 ^^ et la 1 2^ branche. La branche 8 est rappelée dans les branches 9 et 10 , et en effet , dans tous les manuscrits , elle précède celles-ci. La branche 15 se rattache par une allusion à la branche 6. Les branches 21 et 22 suivent, dans tous les manuscrits, la branche 20 ; elles ne s'y lient pourtant que faiblement et pourraient s'en détacher sans nuire à l'ensemble.

Parmi ces morceaux complets, quelques uns se composent distinctement de deux parties, ce qui peut faire supposer qu'ils n'ont pas été faits d'un seul jet ni par un seul auteur, qu'une partie a pu être écrite antérieurement à l'autre, et que le dernier auteur n'a fait qu'une continuation , ou bien qu'il s'est borné à lier ensemble deux compositions antérieures, etc.

Branche 1 : riiilroductioii explique TorigiDe des animaux et leur nMurel ; à partir dxi vers 236 seulement commence le récit des aventures. Branche 20 : la première partie (v. 9649- 11168) a de l'analogie de sujet et de caractère avec le premier livre de Reinaert et de Reineke; la suite (v. 11169-11958) est tout originale et toute différente, d'un ton tout chevaleresque; il y est question de gonfanons, de chàteaux-forts, de sièges, etc. Branche 27 : d'abord (v. 19769- 20098) une fable charmante du cerf, du coq, du loup et du renard, mais ensuite (v. 20099-20490) un récit rebutant et ordurier qui contraste avec le début. Branche 29 : (v. 21977-22834) longue et prosaïque description de la vie des seigneurs châtelains et de leurs chasses; puis^ jusqu'à la fin (v. 24345), de nouveaux tours d'adresse du renard et la cour du roi Noble. Branche 30 : d'abord des aventures entre Renart et d'autres animaux (v. 24345-25881); puis le récit prend un tour et un ton tout chevaleresques et guerriers jusqu'à la fin (v. 27782): c'est la bataille du lion contre les autres animaux, et puis celle du même lion contre le renard qui s'est emparé de sa capitale , de sa couroime et de sa femme.

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