‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 42 sur 84 · V. 28714. Renart Ta par la c... pris · texte numérisé non relu

V. 28714. Renart Ta par la c... pris

As denz, et si forment le sache (tire) Que uns des pendenz li arrache ' .

En s'enfuyant, Renart rencontre Coart, le lièvre, desor son destrier (v. 28727), tenant garrotté un Peletier, marchand de peaux. Le pelletier avait osé tirer l'épée contre le lièvre ; celuici, après lui avoir craché à la figure, l'avoir terrassé et désarmé, allait en faire son rapport au roi. Renart l'en détourne en disant qu'il N'afiert à home de parage (v. 28778) d'aller demander justice au lieu de se la faire soi-même, et que lui il aurait préféré se charger de sa propre vengeance. Coart persiste cependant. Ils trouvent le roi en cour plénière, qui

V. 28818. Gel jor celebroit une feste D*une haute Dame honorée,

' Gfr. raction du chat dans la branche 20*; et dans Reineke, I,1A.

La suer Pinte, dame Coupée Qui fu ocise en traison.

Le roi se réjouit de la présence de Renart, qu'il dit n'avoir pas vu depuis le jour qu'il fit la paix entre lui et son compère * . Quand on en vient au jugement du vilain, celui-ci proteste et demande à faire jurer par ses voisins qu'il est homme loyal (v. 28889). Douze hommes jurent, et citent, pour preuve de sa loyauté, qu'un jour ayant gagné un œuf, il l'avait partagé entre tous les treize qu'ils étaient. Le roi l'absout et le vilain part avec ses amis.

Alors le roi donne un repas à la compagnie, et puis on se met au jeu. Renart et Ysengrin jouent ensemble aux échecs; Renart perd, et met pour

enjeu sa c ou son v..* (v. 28960) et perd

encore. Ysengrin , au moyen d'un grand clou

qu'il fait apporter, l'attache alors par la c à

l'échiquier. Grands cris et grandes douleurs de Renart. La lionne vient le délivrer et le soigner :

y. 28982. Dedenz sa chambre le repost £t le coucha dedenz son lit.

Renart s'évanouit, prend un bain chaud, de-

* Dans la branche 11% au vers 5650 et suiv., et dans Aenarl'U-Nouvel ^ branche 12% dernière du premier livre.

* Parties génitales.

mande à se confesser à Bemart l'Arceprestre. n dit n'avoir point de regrets de ses amours avec Hersent , parce que celle-ci en a été bien aise, ni de celles avec la dame Fière, la lionne, parce qu'il l'avait formellement épousée (br. 30), et de n'avoir péché qu'en donnant guérison , garison à monseignor Noble le Lion (v. 29064, br. 26). Renart se pâme de nouveau et reste pour mort.

Grande douleur générale. Le roi mande la famille de Renart > ainsi que Grimbert le Tesson^ qui demeurait à Malbuisson. On fait toutes les cérémonies d'usage pour l'enterrement solennel de Renart: on allume des cierges, etc. , on chante vigiles, où tous les animaux prennent part ; l'un chante le verset, un autre les respons. Les vigiles achevées, officiants et assistants rentrent dans la salle, se déshabillent, et on passe la nuit dans la joie, à jouer as plantées ^. Là Frobert le grillon parait assez fort pour résister aux coups de Baucent le sanglier , et Tardif le limaçon pour donner à Baucent un coup tel qu'il l'abat sur le pavé, etc. (v. 29387). Tout au beau mi-

' Cependant, selon la branche 30*, Hermeline devait, être morte.

' Jeu où Tun des joueurs lève le pied et l'autre y applique un coup ; tous y prennent part successivement.

lieu du jeu on apporte du vin et de la cervoise et on se met à boire.

Bemart l'Arceprestre fait sonner les cloches et porter le corps de Renart devant l'autel de dame Pinte, qui y fit des miracles. Par les ordres de Noble, les barons s'assemblent pour les funérailles. Bernard débite un sermon composé de réflexions sur la mort subite, du panégyrique de Renart, qu'il peint comme l'être le plus vertueux et le plus fidèle, d'une plate justification

de l'amour charnel, f. , de l'aveu des relations

amoureuses entre Renart et Hersent et dame Fière, et d'une exhortation au roi à tout pardonner. Singulière franchise que la mention réitérée du cocuage du roi en sa propre présence et qui reste impassible. Tous ces discours sont d'une platitude rebutante. Après le sermon, Ber> nard dit le confiteor et prononce l'oraison funèbre. Ensuite Brichemers lit l'épître et finit par absoudre Renart de tous ses vols, trahisons, etc. Alors (v. 29640), Ferrant li Roncins conmença en haut l'Evangile < , profanation aussi sale que le reste à propos du libertinage de Renai*t avec la louve et la lionne . Bernard chante la messe, et le roi ordonne de^transporter le corps à la fosse.

* Autrement il est rare, comme nous Tavons fait observer, que le cheval joue le rôle d'un personnage.

Au moment où Ton va pour le couvrir de terre, Renart reprend ses sens, saisit et emporte le coq qui tient Tencensoir (v. 29763).

Chantecler a vainement recours à l'ancienne ruse pour faire parler Renart, mais un vilain vient lancer un chien après lui, et sur Tordre du roi les autres animaux se mettent à sa poursuite :

V. 29838. Tardiz u premier chief devant, Qui tint la baniere levée.

Renart est atteint. Le roi s'emporte comme à l'ordinaire. Le fugitif s'excuse sur ce que les autres ont voulu l'enterrer tout vif. Chantecler demande le combat et triomphe. Pour sauver sa vie, Renart contrefait le mort. Chantecler le traîne par la queue dans un fossé, où on le laisse, et chacun s'en va. Rohart le corbeau , et Brune la corneille, arrivent et vont, en triomphant, becqueter la peau de Renart ; mais soudain celui-ci se lève, arrache une cuisse à Rohart* et regagne Malpertuis, où Hermeline l'accueille et le soigne.

Rohart se plaint (v. 30161); le roi est furieux* Grimbert et Hubert^ vont mander Renart. Gvm-

* Cfr. la branche 29« et Reineke, II , i.

• Hubert reparaît donc ici, de même que Hermeline, quoique, dans la branche 31% Renart l'ait croqué.

bert entre à reculons, Hubert reste prudejiiment dehors. Reuart déclare à Grimbert qu'il ne veut plus aller à la cour et le charge de (Ure au roi que le Corbel Rohart a mis Renaît à iport et qu'il est enterré ; pour en convaincre les messagers, Hermeline va leur montrer le tombeau d'un vilain du nom de Renart. Grimbert s'en retourne avec Hubert l'Escofle et Tardif, qui se trouve encore là. Sur la foi de ses messagers, le roi regrette la mort de son meilleur baron, qui s'est perdu par grand péché... v II rentre en son palais, et le poëme se termine par ces mots :

V. 30360. Ici laec de Renart vos lès La vie et la procession.

Ci fine de Renart le non.

Malgré son titre, cette branche pourrait aussi bien occuper toute autre place que la dernière, puisque Renart ne meurt pas réellement, mais qu'il contrefait seulement deux fois le mort, et finit par faire annoncer $on décès et faire passer le tombeau d'un vilain pour le sien. Pour la composition , cette* branche ne se lie à aucune des autres, mais les personnages et les allusions sont analogues. L'auteur rappelle les aventures des branches immédiatement précédentes.

HBNART. 2Ô7

telles que la félonie de Renart envers le lion, ses amours avec la lionne, etc. (cfr. br. 20), comme déjà connues ; mais il fait vivre et paraître les animaux que Ton a vu périr dans ces mêmes branches pendant les combats meurtriers où autrement. La dame Pinte seule est décidément morte, et opère des miracles comme dans la branche 20^ où le lièvre est guéri de sa peur en dormant sur sa tombe.

On se retrouve encore ici sur le terrain de la simple et franche grossièreté du moyen-âge, des sales plaisanteries sur les amours charnelles, etc. ; mais, à la vérité, les choses se disent et se font d'une manière fort naïve et du ton le plus naturel. Tout se passe entre les animaux et rentre dans le domaine de la vieille fable du renard ; néanmoins la plupart des aventures sont nouvelles. A certains égards, on peut faire ici des observations qui semblent peu d'accord avec ce qui vient d'être remarqué. Cette branche ne pourrait guère être des plus anciennes, et elle semble même tenir aux plus récentes en ce qu'elle donne en partie les mœurs chevaleresques à ses acteurs. Par là elle s'écarte même absolument du naturel des animaux qui y sont mis en jeu. Tous sont censés être barons ou hommes liges du roi Noble, mais

sans nulances ni distinctions de caractères et de

capacités. En conséquence aussi tous agissent presque de la même façon ; par exemple, Tardif le limaçon porte la bannière , s'élance à la tête des autres et déploie une activité et une force également étranges ; Ghantecler le coq , d'abord enlevé par Renart, le défie ensuite en combat singulier, l'emporte sur lui et le laisse pour mort; Frobert le grillon donne aux grands animaux des coups de patte tels qu'il les renverse, etc.

Tel est ce grand et premier recueil que le moyen-àge nous a laissé sous le titre de Roman de Renart.

OBSERVATIONS

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