‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 53 sur 84 · V. 282. Saches de voir et soies fis · texte numérisé non relu

V. 282. Saches de voir et soies fis

Mius aim chardons sans cop ferir Que blé avoir et moi laidir. .

Mius aim chardons à mon voloir Que que dou blé à rechevoir.

Se j'avoie de blé cent muis, Si aroie-jou mes déduis Soventes fois entre chardons.

Renart excite cependant la convoitise de Timer, l'emmène pour qu'ils chantent ensemble dans une église et quMl ait la moitié de l'offrande. Quand ils arrivent à la porte de l'église, on y est au milieu de Toffice ; l'âne se met à braire et reçoit force coups pour sa peine ; le renard s'esquive en se moquant de lui. Timer débite alors une longue kyrielle de réflexions morales et de proverbes instructifs applicables à son aveuglement et sur ce qu'on ne doit pas quitter le bien

qu'on a pour convoiter quelque chose de mieux.

Vers 430-512. Renart rencontre un vilain portant des andoittes. A condition que celui-ci lui pardonnera ses larcins, il lui promet un trésor en pierres précieuses, et le fait grimper sur un arbre où il doit les trouver dans un nid d'oiseau ■. Le vilain n'y trouve rien ; mais en attendant Renart s'en va emportant les andouilles. Le vilain en tire la même morale que l'âne a prêchée à l'occasion des pertes que nous attire la convoitise >.

Vers 643-892. Renart, allant chercher le lion, rencontre en route Ysengrin, qui, dans le dessein de lui jouer un tour, se vante faussement d'avoir mangé des anguilles cuites enlevées à une femme conduite par un prêtre, qu'Ysengrin dit avoir jeté dans un bourbier. Le loup l'invite à manger. Renart l'accuse de mensonge ; Ysengrin insiste ; Renart refuse, prétend se ren-

' Le vilain demande (v. /i70) Qui les i misU et Renart répond : H grans trésors Olheviens i vi porter. Les citations du trésor d'Othevien^ Ottovien, ou Octavien^ si fréquentes chez les trouvères, sont tirées sans doute du Livre des haulxfaii et vaillances de V empereur Ottomen (Ottovien) et de ses deux fils, dont la Protypographie, par M. J. Barrois, Paris 1830, in-/i°, signale deux exemplaires sous les n"** 905 et 1839.

* Ces deux aventures de Renart, avec Tâne et avec le vilain (v. 253-5/i2), semblent former des récits à part empruntés ailleurs, ou du moins tels qu'ils peuvent être séparés du reste, ce qui est appuyé par leur nature et par les vers 253 et suivants:

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dre à Guirnomaisnil {\. 637) \ et assure que les astronomes ont vu déjà plusieurs fois une étoile qui annonce que le roi doit bientôt souffrir et qu'il aura un merveilleux héritier. Ysengrin et Renart s*en vont ensemble à travers Therbe et les bois. Ysengrin se fourre dans un piège (v. 68S); un louvetier, loviers, qui chasse les loups» arrive pour s'emparer de lui. Renart promet cent écus au louvetier s*il veut lui livrer le loup. Ysengrin est lié et bâillonné 9 et tous trois cheminent ensemble. Arrivés à une mare, Renart et Ysengrin la traversent, mais le vilain y reste enfoncé jusqu'à la ceinture. Les deux compères le raillent, l'outragent et débitent des sentences morales sur la convoitise punie ^ (v. 809). Ysengrin rend grâce à Renart; celui-ci l'engage

Ce firau tans noviel d'esté Que Renars ot Tivier esté En Halpiertruis le sien manoir, Hors isi pour lui fer valoir, etc.

Mais, d^im autre côté, ces récits peuvent être considérés comme des épisodes convenables, et ils ne laissent pas d*être attachés au reste par la suite même des vers cités, et par les suivants :

V. 543. Apriés cestui fait chevauçoit Renart qui le Lion cueroit En un liu et puis en un autre.

* Guirnomaisnil,Grenoma%snil, Grignomaisnil, résidence du lion, signifiant, selon toute apparence, grande maison, grande? ferme, métairie, grand village.

' Encore la convoitise punie.

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à ne rien dire sur son séjour ni sur Tétoile fatale quand il arrivera auprès du roi. Ysengrin s'y rend néanmoins avec le dessein de se venger de Renart et de satisfaire sa vieille rancune.

Vers 892. Ysengrin arrive auprès de Noble le lion, s'entretient avec lui, l'instruit de son danger en lui révélant que Renart se propose de le détrôner et de l'exiler du royaume. Noble s'en effraie , prétend finir ses jours à Malrepair, où il naquit, dans la pauvreté comme Dieu le voulut, et ordonne à Ysengrin d'aller convoquer tous les grands barons pour la Pentecôte. D'après cela, Ysengrin croit Noble informé de l'étoile dont Renart a parlé, et va divulguer le secret à tout le monde. Vers 1020, Ysengrin rencontre Renart ; ils se font des reproches mutuels et se séparent.

Vers 1080. Renart descend vers un château où il y a Jacobins et Frères Menos\ s'adresse au prieur et demande à être admis à prendre l'habit. Le prieur Taccueille bien; il consulte

* Deux ordres mendiants rivaux. Les Jacobins étaient Dominicains, prédicateurs ou Augustins ; les frères Mineurs étaient Franciscains, Cordeliers. Les uns et les autres datent du commencement du treizième siècle. Plus tard on verra les Jacobins et les frères Mineurs figurer encore au poème du Nouveau Renart, branches 36 et suivantes.

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les frères et les rend favorables à Renart, en leur exposant combien ils profiteront de sa ruse et de son adresse, et comment ils ne peuvent faire une meilleure acquisition qu'en admettant Renart parmi eux; aussi fous y consentent *• En attendant, Renart est allé chez les Frères Menors^ et les Jacobins se trouvent déçus (v. 1 180). Tou-

* Voici en quels termes le prieur expose les avantages de la fraternité de Renart :

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