‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 59 sur 84 · SUR LE COURONNEMENT DE RENART · texte numérisé non relu

SUR LE COURONNEMENT DE RENART

La lecture de ce poëme dispose au premier abord à le considérer comme une allégorie suivie ou bien comme une allusion complète à des événements véritables, contemporains de Tauteûr ou peu antérieurs à son époque. Il n'est pas impossible qu'avec des connaissances historiques plus vastes, et à l'aide de recherches plus laborieuses que les miennes, on ne soit capable de trouver la clef de l'énigme; cependant aujourd'hui, dans les pays dont l'histoire a pu être familière à l'auteur, nous ne voyons guère d'événements réels dont la narration du Couronnement de Renart puisse être une peinture fidèle. Nous sommes donc tenté de regarder ce poëme comme une pure fiction allégorique, où l'auteur s'est plu ip semer des allusions à quelques traits de l'ijîstoire de son pays et de son temps.

On demandera volontiers à quelle époque, en quel pays, en quel dialecte et par quel auteur ce poëme a-t-il été cmnposé, et quels sont les personnages véritables dont il y est fait mention ?

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Nous allons tâcher d'éclaircir un peu ces questions et d'arriver à quelque résultat.

I. Assez communément on a attribué le CoU' ronnement de Renart à Marie de France ; mais^ selon toutes les relations, Marie de France a dû vivre pendant les dernières années du douzième siècle et la première partie du treizième , et le Couronnement de Benart n'a guère été composé que pendant la dernière moitié du treizième siècle. Marie de France a dû naître en Picardie', et Tauteur du Couronnement de Renart nous parait appartenir à la Flandre. Marie de France a dédié ses poèmes à un certain comte, vrair semblablement Guillaume-Longue-Ëpée, un des princes de l'Angleterre, et le comte Guillaume dont il est question dans le Couronnement de Renart ne peut être autre qu'un comte de Flandre.

Recourons d'abord aux propres paroles m^ n'es de Marie de France pour constater quelques

* VÈvangile as famés, satire ingénieuse, publiée ptr Bf. Â. Jobinal dans ses Jongleurs et Trouvères. Paris, 1835, in-8*, p. 26, lève tons les doutes à cet ^;ard :

Marie de Compiegne le cooquislMllreiDer.

L'euvangille des femmes si est et bonne et digne; Femme ne pense ma), ne bvbm ne t>égaine. Ne que tait le renart qui happe la geline^ Si eom le raconte Marie de Compiegne.

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faits ooiicernant ce poëme. Le prologde des Lais se terminé de la maniée suivante* r

V. 43. £o l'bonur de vos, nobles Reis« Ki tant estes priiz è çqrteis, Â ki tute joie s'encliAe, E en ki quoer tuz biens racine , M'entremis de Lais apembler Por rime faire è reconter.

En mun quoer penseie è diseic, Sire, ke vus presentereie; . , Si vus les i^lst à receveir^ Mult me ferez grant joie aveir.

Â-tuz-jnrs-mais en serai lie. •« Ne me tenez k surquidie.

Si VQS os tjdr^ icest présent. ^ Ore 0^2; le comencement.

Ces vers sont bien certainement adressés à un roi, à un roi vivant et contemporain de Tauteur, et rien ne s*oppose à ce que ce roi soit Henri III d'Angleterre (1216-1272).

L'auteur se nomme lui-même ; il se nomme Marie dans le préambule du Lai ile Gugemer :

V. 5. Oiez, Ségnurs, ke dit Marie Ki en sun tens pas ne s'ublie.

' Poésies de Marie èftmnce, par Uoqnefort, 2 vol. in-S». Paris, 1820, t. I, p. hh.

Le prologue des fables de Marie de France nous apprend que c'esA un conteniporain, homme de grande distinction , qui a engagé Fauteur à traduire les fables, et que cet auteur est une femme, puisqye les adjectifs qui se rapportent à lui se trouvent ici, comme ailleurs, an féminin :

y. 27. A moi qui la rime en doit feire N*avenist noient à retreire»

Plasnrs paroles qae i sont.

Meiz ne parquant Cil m'en semuru Ki Flaurz est de Chevalerie,

D'anseignenienz, de curteiàe ;

E quant tex Hum m'eû ad requise^ Ne vdil lessîer en nûle guise Que 'ni mette traVéÔ è peiné; Or ke m'en tî^e pur vileine, Mult deit fère pur sa^preière.

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