‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 67 sur 84 · V.8015. Cenosdist JakemarBGielée^eCc · texte numérisé non relu

V.8015. Cenosdist JakemarBGielée^eCc

8052. En Tan dei Incarnation

Mil et deus cens et qaatre Tins Et huit fa chi faite li fins Decesle branche, en une ville Qoe on apiele en Flandres Lille.

L^exactitude de la date est assez appuyée par les événements auxquels l'auteur fait allusion,

tels que la mort de Philippe (II le Hardi, et par les noms qu'il cite à b fin de l'ouvrage : vers 7662 , révéque de Tournai, Michel de Warenghien , mort en 1291; vers 7673, Tévéque d'Amiens, Guillaume de Màcon, et vers 7678; révéque d'Arras, Guillaume de Sisi.

Le Renart- le ^ Nouvel n'est nullement une agglomération de branches sans liaison ni unité et souvent même discordantes, tel que le rbman dé Renan proprement dit, il n'en forme pas non plus précisément une continuation; seule^ ment il en suppose connus les personnages et une partie des récits. Dans Renart-le-Nouvelila fiction a de l'unité, tout marche^ tout se tient et forme un ensemble, et l'auteur est censé êtreie même pour tout l'ouvrage. Toutefois il n'échappera guère à l'attention du lecteur que, de niêrïie qu'il a été remarqué dans lés poèmes de Reinaert et de Reineke, la première partie, le premier livre, pourrait être considéré comme un poème entier et achevé, et que le reste, bien que joint à l'aide dWe transition soignée et assez naturelle, prête assez à se faire regarder comme une com* position postérieure, ajoutée et soudée après coup. *

Dans le nouveau Renart, la haine entre Ysengrin et Renart, leurs relations, leurs qu0reUes et

une grande partie des aventures des précédents poèmes sont regardées oonime des données, et servent de motifs et de ressorts; mais elles n'y forment nullement le sujet. Ysengrin n'y tèi qu'un personnage secondaire. Le sujet, c'est ta révolte de Renaît contre Noble, leur lutte et leur réconciliation , c'est la révolte du mal conUte le lÂ&a^ et la corruption de celui-ci, qui, en consentant à fraterniser avec celui-là, finit par tomber dans le vaste et pernicieux domaine du péché originel. Renai't devine le médiant naturel d'un des fils du roi Noble, le séduit et Fientratne à tous les vices; il lutte contre NoMe, se soumet en apparence, et se fait combler d'honneurs et de confiance ; la fraude se découvre cependant , la paix est rompue, nouvelle lutte, nouvelle réconciliation et nouveaux honneurs; voilà conunent r^popée du premier livre se répète à peu pîès dans le second.

Ce n'est qu'en un petit nombre d'endroits que l'auteur du nouveau Renart se laisse aller à la table proprement dite , au sim{de apologue ; la plaisanterie, Tenjouement spirituel ou^piquant, Tabandon natf de maint auteur du moyen-âge, aussi candide d'esprit que rude de mœurs, ne régnent guère non plus dans le nouveau Renart. Le langage y est' ordinairement grave, le carac-

tère sérîeux , ie ton et les mœurs y sont cheyaleresques. Lés animaux qui y jouent un rôle sortent fréquemment, presque constamment de leur naturel pour parler, agir et figurer tout-à* fait à la manière des honmies; ils ont les armes^ les coutumes, les moeurs et le langage des nobles chevaliers et des grandes dames.

IjCS traits d'érudition scolastique, les réminis* cences de la mythologie et des littératures an» ciénlaes classiques ne sont que peu nombreux et très conftis. Cependant , le lecteur ne pourra guère s'empêcher de sourire en voyant Renart comparé , quand il veut £aire le médecin, à la fée Morgane, à Galien, à Hippocrate, à Virgile, à Âristote, et quand il combat, à Hector, à Achille, etc.; en voyant Proserpînè, éprise d'un fils du lion, se servir de Lucifer pour messager entre eux, etc. En maint endroit le lecteur est frappé des traits et allusions qui prouvent que les idées du temps et de l'auteur ont été em-» preintes de notions vagues sur l'Orient et sur les croisades, autant que des mœurs et des prati^ ques de la chevalerie de l'Occident au moyenâge. .

La première partie du poëme, selon toute apparence, est tout bonnement une fiction fantastique, libre, sans allusion historique directe ni

364 R£NART.

personnelle. Vers la fin du poëme, dans les dernières branches , qui d'ailleurs ne tiennent que faiblement au reste, ne sont qu'une espèce d'appendice, et pourraient aisément s'en détacher ; les vers sont remplis d'allusions ouvertes et positives aux différends du clergé, des jacobins et des cordeliers, à Philippe lY le Bel, aux templiers et aux hospitaliers. D'abord la narration est animée, nourrie et sans aigreur ; mais à mesure qu'on avance, l'allégorie se montre pfus fréquente et plus longue, elle devient satirique et affligeante, et verse un blâme amer sur la perversité des hommes, en particulier «sur celle du clergé. L'auteur, désolé de cette corraptipn universelle, laisse cependant percer partout son esprit pieux, son désir et son intention de corriger les pervers , d'exhorter à la foi et de ramener le monde à Dieu le Père, le Fils et le Sahtf- Esprit.

SOmiAIIlE

Page 1