‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparésChapitre 68 sur 84 · DU ROBIAM DE RENART LE NOUVEL · texte numérisé non relu

DU ROBIAM DE RENART LE NOUVEL

Dans un court prologue, v. 1-42, l'auteur annonce que, comme le monde est plein de fausseté, de convoitise et de méchanceté, . il lui, plaira de

raconter une branche de Renart dans laquelle plusieurs personnes pourront prendre exemple, pourvu qu'elles soient assez raisonnables pour cela :

' V. 39. Et pour çou que tant monteplie Renars, me plaist que you9 en die Une branche où plusionr poront Prendre example s'en eaus senz ont

Li Parlement et li Concilie le Roi Noblon. (V- 43-210; 168 vers. )

Le début, comme à Tordinaire, place le lecteur et le récit au temps de la 'Pentecôte :

V. AS. £n may c*arbre et pré sunt flori Et vert de fuelles, que joli

Fait es seWes et es foriès,

Que cil oisiel cai)tent adiès,

C*amoureus cuers fait nouviaus sons^

Mesire Nobles li Lyons

Tint Cort par grant sollempnité

Au jour de sa nativité,

Ce fu au jour de liovisons ' .

Cette branche ne contient que Ténumération de ceux qui viennent tenir cour auprès du roi.

* Jour des Rogations, immédiatement avant TAscension.

Nous sommes ici ramenés à tous les animaux, à toute )a . nomenclature du premier roman de Renart. Avec Noble, son épouse et leurs trois petits, ce ne sont cependant pas seulement les animaux d'Europe, leurs femelles et leurs jeunes: Renars li Houpius^ Pinçars et Primaut fils A'Ysengrin et de Hiersens , li chevaus Moriaus et Ferrant li ronchis, Chantecler, Pinte, Couart le lièvre. Pelés le rat, etc. ; mais de plus quelques animaux d*Asie et d'Afrique : Verdiaus li papégais, li olifans Fortins de Perse , Dezdaigneus li ostrisses (autruche). Hardis li lupars cousins Nobles, et sa femme dame Harouge, Malegrape K griffons de Frise, VUnicome rinocerons, etc. Toutefois ce ne sont que de grands et hauts seigneurs, rois, princes, comtes ou au moins marquis; le commun peuple fut si nombreux que Ton n'eût pu entendre Dieu tonner.

V. 203. Li plas povres que j'ai nommés Estoit quens u dusapielés, Empirareres, Rois u Marchis :

Ne fai mention des petis Ne des chevaliers d'un escn.

Li conmuns pules si grans fu C'on n'i oïst pas Dieu tonnant Ains mais ne vit nuis peule tant.

RRNART. 367

Einsi com Rois Nobles fet Orgueil son fil chevalier et Renart et Ysengrin li chaucent les espérons à genoulz. (V. 211-314; 104 vers.)

Noble fait anDoncer qu'il veut faire son fils Orgueil chevalier. Tout le monde l'approuve^ Lucifer a fait cadeau à Proserpine des armes dont il s'est armé en paradis contre le Christ, ce qui fiit cause que Dieu Ta mis au puits d'enfer * * Du fond de Tenfer , Proserpine chérissant Orgeuil, et malgré la jalousie de Pluton, fait présenter cette armure en caaeau à Orgeuil par Bélgibus (Belzébut), et lui fait mander son salut ^, Orgeuil est revêtu et armé de toutes pièces, Renart lui chausse un éperon çt Ysengrin l'autre. Cependant tout ce dont on l'affuble n'est fait que de fausseté, cruauté, vanterie, dédain, etc. ', et au milieu de la cérémonie on va entendre chanter

* Lucifiers ki soi en arma

En Paradis encontre Crist

Dont Dioas el pue d*Infier le raitt,

Ensambt% od lui cens de sa part ; g|

Prions à Dieu k'il nous en warl. ^^

• V. fit. Sakis. A tel saint tele offlraiide. ' y.:W3. Orghius fu montés premerains,

En son puing oi dé fauseté ^

Lance à un fier (fer) de cruauté.

En son (au sommet de) sa lance ol un pignon (bannière) De boisdie (fraude, perfidie).

la grande messe par Tarcheprétre Timer (râne). On ne peut s'empêcher d'être frappé ici de cette singulière confusion d'idées et de choses, de paganisme et de christianisme.

EinH comme li fil Renart et H p Ysengrin jousterent â la quintaine *. (V. 315-361; 47 v.)

Grande joute arrangée pour le nouveau chevalier et les jeunes, des autres animaux. Lioniaus, le cadet des lionceaux , gagne le prix, les petits d'Ysengrin sont près d'en%voir. Orguel en est jaloux et indigné, mais il dissimule. Puis grand et solennel repas.'

Einsi conme Renart et Orguiaux consùillent.

Renart, qui a eu ses volontés de Hiersetit et a fait Ysengrin wihot (cocu), a été long-temps en faide (guerre) avec celui-ci, et le hait au fond # du cœur , bien qu'il n'y ait qu'un mois que li Rois les a apaisés et qu'ils fassent semblant d'être amis. Orguel {Orgius, Orghius, Orghieus,

' Poteau avec un ëcu suspendu, etc.

OrghilleuSy Orgeus) lui confie son chagrin et le consulte. Renaît Texhorte à se venger des fils dTsengrin, lui conseille de faire publier un tournoi et de choisir ses chevaliers* Orguel assemble en effet ceux-ci, dont chacun amène quatre écuyers ; il leur promet de grands dons, et leur enjouit de tuer les fils d'Ysengrin.

Description de la magnificence de l'équipage du roi et de tous les chevaliers pour le tournoi, et du tournoi lui-même, avec énumération de tous ceux qui y prennent paît et qui s'y distin* guent. Il y a là le plus grand mélange d'animaux difTérents, tels que Nobles et Tardius le limaçon, Renart et Ysengrin, Desdaigneus l'autruche. Pelés le rat, Tybert le chat, Fortin l'élé- ^phant, Malegrape le griffon, Espinars le hérisson, Timer l'âne, Duuins la colombe, Frobert le grillon, Chantecler le coq, Hubiers le milan, etc., agissant tous de la même manière, figurant tous comme de redoutables chevaliers , de hauts et puissants seigneurs. Le roi a encore besoin du soutien du colimaçon Tardif et de ses deux fils Noblet et Lionel. A la fin Renart et Ysengrin se rencontrent, ils se combattent d'abord en«;vrais chevaliers, mais Renart se voyant près de succomber, tire un poignard aigu appelé miséricorde , et le plongejusqu'au manche dans le corps d' Ysengrin.

370 HENART.

Si ke Renars navre Ysengrin parmi le cors.

Renart, après avoir mortellement blessé Ysengrin, tue également par trahison et par félonie, mais secrètement, Primant le fils d'Ysengrin *• Le roi en est furieux et jure de faire pendre le traître quel qu'ail soit. Ysengrin revient à lui et révèle que c'est Renart qui a commis le crime. Le roi fait alors chercher Renart; mais il s'est déjà éloigné avec sa femme, ses petits et tout son train.

Renart se réfugie au château de son cousin Grimbert, dont il fait fermer la porte et lever le pont, puis il se cache dans le donjon. Désolé de ne pouvoir le trouver, le roi regrette de ne Tavoir pas fait pendre plus tôt, se reproche la fâcheuse aventure, et rappelle que bien des fois Renart a mérité la mort : il a tué dame Coupée^ il a honni Ysengrin et sa femme ;

i y. 704. Gom cil ki point n'est desloiaus, Ains est plains de desloiauté.

Dont cil sont tous desloiauté Des loiaus ki Renart soustoistent, Car par Renart l'autriii convoitent À aroir par maie raison :

En Renart n*a fors traïson.

HENART. 371

y. 805. EA ma Cort bieste

N*a à cui il n'ait fait molieste.

Primaut est enterré avec grande pompe dans un sarcophage de marbre; Ysengrin est soigné. Renart se retire à Malpertuis, chàteau-fort situé sur un roc, enclos de triples murs et de fossés pleins d'eau/ bien garni de tout, ayant four et moulin^ blé, pain, farine, chair et vin, etc.

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