COURRIER UE EONT-A-MOUSSON
dentelles balayait le sol jonché d’os de jambonneaux. Elle s’appuyait sur le bras d’un petit jeunehomme microscopique qui avait une cravate rouge et des pantalons roses. Je croyais à une mascarade. Derrière eux venait lin domestique qui portait un parapluie. Mais la belle dame se souciait peu de l’eau du ciel qui gâtait ses riches eflets. Je marchais derrière elle, trouvant que c’était louable de sa part de ne pas dédaigner les amusements des pauvres, quand j’eDtendis crier à côté de moi :
— Tiens, c’est notre fille !... Faut pas lui parler et la reconnaître, ça la mettrait mal à son aise, et son amant la quitterait peut-être.
— Je me retournai et je vis deux vieillards mal vêtus auxquels je dis tout net ma façon de penser.
— Si ma petite Marianne tournait mal, fis-je tout furieux, je ne l’admirerais pas, et je ne respecterais pas l’élégance qu’elle devrait à son déshonneur. Je lui casserais les reins, ainsi qu’au muscadin qui la protégerait.
Conçois-tu cela? ces misérables craignant de déplaire à une... Ils en vivaient peut-être! Tu n’en reviens pas, n’est-ce pas? C’est qu’en effet, ces choseslà ne se voient pas du tout à Pont-à-Mousson.Du reste, la majorité fut pour moi ; car la cocotte, comme ils disent, fut contrainte à s’en aller, huée parla populace, et un farceur enfonça sur les yeux du domestique
m LES ROMANS DU WAGON,
le chapeau galonné qu’il portait si fièrement. Le petit jeune homme, lui, était tout pâle, et baissait la tête, ne disant rien. Sa maîtresse seule levait le front avec impudeur, et disait des injures aux agresseurs. J’ai cru pouv un moment qu’on allait les écharper. •
Je suis allé à une heure dans un théâtre situé sur une place où il y a un palais en pierre qu’on appelle la Bourse — comme qui dirait une grande maison de jeu. On jouait une comédie qui provoqua souvent les bravos de l’assistance. Un gros monsieur, qui sans doute ne trouvait pas la pièce de son goût, eut la sottise de sifler. Il n’en fallut pas moins pour doubler l’enthousiasme, et je dois rendre celte justice aux Parisiens qu’ils sont justes, puisque pour consoler l’auteur de celle réprobation isolée et maladroite, ils l’acclamèrent et forcèrent à venir sur la scène contempler le triomphe de son œuvre. Si bien que le méchant dut se dire qu’il eût mieux fait de ne pas bouger, puisque sa méchanceté, loin d’être nuisible à son ennemi, lui fut profitable.
On m’a dit que cet homme — je parle de l’auteur des Deux Sœurs — n’était pas dramaturge de profession et qu’il était journaliste; qu’il ne s’occupait pas de théâtre par intérêt, car il abandonnait ses droits d’auteur aux pauvres et faisait de riches cadeaux à ses interprètes. On m’a conté, de plus, qu’il avait donné à chacun des artistes du Vaudeville 300 mètres de