COURRIER DE PONT-A-MOUSSON. W
cheveux blonds et des grands yeux bleus, s’en aille plonger un bistouri dans des plaies hideuses, et que ses doigts roses, destinés à tisser dans ses loisirs de riches guipures, griffonnent des ordonnances a la rhubarbe et au séné? Si , peu à peu , le beau sexe envahit nos emplois, nous verrons le monde renversé. Je ne dis pas cela pour toi, ma chère épouse, qui t’es toujours montrée soumise et femme de ménage, et qui sais mieux que personne que celle qui est née pour le cotillon est mal à l’aise dans une culotte.
J’ai le bonheur de t’annoncer que j’ai "rencontré hier, dans la rue, notre cousin Ferdinand, qui était allé aux fêles de Cherbourg. Il paraît que le jeu n’en valait pas la chandelle. Il est loin d’être satisfait. Rien de curieux là-bas, à part le yacht d’une anglaise qui est capitaine de vaisseau... Tu as bien lu : capitaine de vaisseau. C’est une originale qui envie aussi aux hommes leurs prérogatives et leurs fonctions. Elle commande un vrai navire, monté par des matelots qui la craignent comme ils redouteraient un loup de mer. Ton cousin m’a conté qu’il la soupçonne de fumer la pipe et de boire du cognac. A son bord navigue sa famille (elle a douze enfants), qu’elle élève au son des jurons et de la tempête. Elle allaite le dernier né, tandis qu’elle commande dans son portevoix de carguerune voile ou de prendre un ris.
Encore une bonne nouvelle. Les . trois pièces snis-
ses qu’un filou nous a passées et que j’ai serrées dans le deuxième tiroir de la commode vont sans doute avoir cours et reprendre leur valeur, car j’ai lu qu’une émigration helvétique avait lieu en Afrique après conclusion de traité entre notre gouvernement et celui des douze cantons. Comme il est peu probable que les enfants de Genève emportent d’autre argent que le leur dans nos possessions d’Afrique, il est certain que leur monnaie sera acceptée.
Ce serait, selon moi, une injure grossière que de dire à des gens : « Nous vous autorisons à défricher notre colonie et à habiter notre patrie (l’Algérie c’est la France) parce que vous êtes de francs garçons, mais gardez vosécus, car ils sont faux. » On n’injurie pas les gens que l’on admet à son foyer.
En conséquence, ne te lamente plus sur une perte réparée par cet événement.
Ton cousin Ferdinand m’a mené dans un château situé au bord de la Seine, où du même coup cinq académies tenaient leurs séances. Je n’ai pas bien compris cette fusion de cinq corps différents. C’est un musicien qui présidait.
Contrairement à l’usage qui réserve aux enfants le récit des pièces de vers naïves, un octogénaire nommé Yiennet nous a dit une manière de fable.
On a fini en couronnant un travail sur la langue zende...
COURRIER DE PONT-A-MOUSSON. t89
Connais-ttf ça?... moi pas.
Je serai à Pont-à-Mousson dans deux jours, et, à ne te rien cacher, je n’en serai pas fâché. Je te quitte pour aller porter ses bas de laine à la tante Thibaud et je t’embrasse comme je t’aime, c’est-à-dire bien fort.
SUR L’ASPHALTE
Le nouvelliste chargé de récolter les bruits de , Paris, et le bourgeois sur le point d’engager une cuisinière sont absolument dans la môme position, puisqu’ils sont tous deux tenus d’aller aux informations. Mais en dehors de celte démarche commune, il arrive parfois que tout point d’analogie disparaît entre eux... car le bourgeois recueille toujours des renseignements sur son cordon-bleu, tandis que le journaliste rentre souvent au logis, le carnet aussi vide que le cerveau.
Telle était ma situation l’hiver dernier, quand je me hasardais dans les endroits populeux de la capitale, m’approchant des groupes avec la circonspection d’un malfaiteur.
— Moi, messieurs, disait un soir à quelques amis, en arpentant le passage de l’Opéra, un gros bonhomme à la face réjouie, moi je porte une ceinture de flanelle f c’est excellent pour dérouter le monstre f
,02 f-ES ROMANS DU WAGONS.
Moi, répliquait un autre, je me suis mis au rhum. Ainsi, pas plus tard qu’hier, j’avais une pesanteur sur 1 estomac ; j’ai bu un litre de jamaïque-extra... mon mal a disparu comme par enchantement; avec mon moyen je défle le scélérat !
Ah moi, je procède autrement, s’écria un troisième promeneur, je jette du chlore dans tous les. coins de mon appartement. Ça m’arrache des larmes, c est vrai. Ça sent mauvais. C’est encore vrai; mais le brigand ne franchira pas mon seuil.
— Qui diable peuvent-ils traiter de monstre, de scélérat et de brigand? murmurais-je à part moi.
Et je me rendis à la Bourse, où mes oreilles perçurent un dialogue encore plus incohérent :
— Eh bien ! quelles nouvelles ? demandait un quart d’agent de change à un remisier de grande maison.
-'r- 75 dont 40.
— A Marseille ou à Toulon?
— Non à Arles. A Marseille, il baisse.
Tiens! on m avait dit, au contraire...
N’en croyez pas un mot, le marché est plein d alarmistes.
Ne comprenant rien à ces vagues propos et décontenancé du maigre résultat de ma chasse, j’allais le lendemain porter ma démission de courriériste à mon rédacteur en chef, lorsque l’idée me vint de monter chez un mien ami.
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Gelait à l’heure du déjeuner. Je le trouvai tout jaune et ne mangeant pas, bien qu’assis devant une table chargée d’aliments exquis.
— Tu n’eu as pas peur, toi? me demanda-t-il d’un air dolent.
— Ab ça ! m’écriai-je, suis-je donc condamné depuis hier à deviner des rébus? De qui parles-tu ?
— De lui, parbleu !... le misérable !
— Quel misérable?
— Le choléra !
Quoique n’étant pas bossu, je me livrai au rire le plus extravagant. Toutes les conversations ténébreuses de la veille devenaient claires comme de l’eau de source. Il s’agissait de l’épidémie qui fait ses farces à deux cents lieues d’ici !
Je tentai de rassurer mon timide camarade, mais ce fut en vain, et, de guerre lasse, je m’attablai sans façon devant ses hors-d’œuvre odorants, auxquels je fis un brin de cour.
— Mange au moins, dis-je au peureux, en lui tendant les olives.
— Merci... je les soupçonne d’avoir vu le jour à Avignon.
— Tu prendras pourtant ce rond de saucisson...
— Tu veux donc ma mort?... Il est d’Arles!
Et il étendit vers moi deux bras qui se terminaient par des mains affreusement sales.
Où as-tu fourré tes doigts? dis-je au poltron... ils sont dans un bel état ! va les passer au savon...
— Plus souvent!... tous les savons viennent do Marseille !
Au même instant un domestique entra porteur d’un pli qu’il tendit à son maître.
— Jean, fit celui-ci en reculant avec horreur, que lisez-vous sur l’estampille de cette lettre?
— Toulon, monsieur.
— Toulon! ville empoisonnée! sortez, imprudent!
Jean tourna les talons. Moi, je riais sous cape.
— Comme tout cela tombe bien! continua mon ami avec ironie ; j’ai d’affreu’ses crampes d’estomac, je suis sans le sou, et mon oncle, mon bâilleur de fonds, est à Nice... Ah ! ma foi, mieux vaut la mort!
Ce disant, il courut à son lavabo, se plongea les mains et le visage dans l’écume d’un savon mousseux ; puis il prit un siège à* mes côtés et dévora les olives, les anchois, le thon et le saucisson en murmurant tout bas avec une rage concentrée :
— Viens, mort, je t’appelle, je te provoque!
Au dessert, il vida un panier de figues de Provence et me dit tout à coup avec emphase :
— Je veux pousser le trépas jusqu’en ses derniers retranchements, prie mon groom de m’apporter la lettre de Toulon! Je vais l’ouvrir moi-même! ! !
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Tandis qu’il brisait le cachet de la missive de l’air d’un homme qui arme un pistolet à l’usage de sa cervelle :
— Il est fâcheux de mourir à mon âge,., fit-il avec amertume. L’existence commençait a me sourire... je me sens mieux... le saucisson est une bonne chose... et les figues ne sont pas dépourvues d’agrément...
Et il baissa les yeux sur le papier développé.
— Tiens, s’écria-t-il, mon oncle m’envoie un bon sur la caisse de son banquier!... quel bonheur! je vis enfin !
— Eh bien? lui dis-je, continues-tu à croire que la mort vient du Midi?
Il est juste d’ajouter que les peureux sont en minorité en France. Chose bizarre! j’en suis encore à rencontrer une femme qui manifeste à l’endroit du fléau la plus petite alarme. Un pnilosophe me disait à ce sujet que la coquetterie est une faiblesse qui absorbe toutes les autres. Il est de fait que la plus perfide moitié du genre humain est presque devenue cynique dans l’aveu et l’étalage de ses attraits de contrebande. J’entendai l'autre jour une mère de famille qui disait tout haut à son mari:
— Vous savez, mon ami, que ma fête tombe le trois du mois prochain... Ma fausse natte commence
à se dégarnir et à changer de couleur; vous comprenez. Si vous vouliez être bien aimable, vous m’aehè- * teriez également une crinoline rouge, avec des agréments de passementerie noire.
Et voyez jusqu’où va l’effronterie de l’usage :
Il est admis maintenant que les futurs doivent placer des faux cheveux dans les corbeilles de mariage, — formalité qui cause de grands ennuis aux fiancés soucieux de plaire.
Je connais un adulte qui a bouleversé tous les établissements capillaires de Paris pour trouver un chignon qui s’harmonise avec la toison de sa belle, — une rousse à dépiter toutes les carottes de l’empire.
Le malheureux est arrivé à son but, grâce à des dépenses fabuleuses ; mais par une fatalité regrettable son mariage s’est rompu le lendemain même de sa réussite.
Voilà un amoureux sur le pavé, avec un chignon rouge clair sur les bras, et comme ses moyens ne lui permettent pas de renouveler la même consommation, il attend pour renouer les liens de l’hymen qu’il se présente un parti... de cette nuance.
On prétend que nos compagnes ne participent pas aux bienfaits du libéralisme et du progrès, — et pourtant je les vois s’avancer sur le chemin qui mène aux
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fonctions masculines. Il est fort question d’employer des femmes dans l’administration des postes. Je n’ose trop applaudir à cette innovation égalitaire ; car il est de notoriété publique que l’indiscrétion est inhérente au caractère et aux mœurs des filles d’Ève.
Voyez-vous une facteur poussée par le démon de la curiosité et flairant sous une enveloppe parfumée une correspondance amoureuse? Je parie dans ce cas pour un abus de confiance. Dame! je préfère les privautés de nos facteurs qui se bornent, quand approche la Saint-Sylvestre, à nous colloquer un almanach et un compliment 'pour la modique somme de quarante sous.
La question de l’hippophagie remonte à fleur d’eau, grâce aux progrès de l’épizootie: le règne du fricandeau, de l’entre-côte et de la côtelette touche à sa fin.
C’est sans doute en vue de cet événement qu’on s’est tant appliqué à perfectionner le cheval. Les courses de Longchamp ont enfin leur raison d’être, et c’est Duval qui débitera sans doute la culotte de Gladiateur aux cuisinières enthousiastes. Je tiens d’un vieux de la vieille qui a eu en Russie trois chevaux mangés sous lui, — que le régime alimentaire équestre exerce une singulière influence sur le naturel de ses adeptes.
Selon lui, les instincts du coursier passent avec sa chair dans le sang du consommateur.
Les gens qui dévorent de l’alezan pendant un mois répondent à la moindre taquinerie par une ruade bien sentie.
Après deux mois, ils ont pour l’avoine et les carottes crues un penchant prononcé. Au bout de six mois, ils préfèrent une botte de foin aux pralines de Siraudin, et s’ils se promènent dans les Champs- Élysées, il De faut pas être surpris de leur voir prendre le mors aux dents.
J’ai, moi aussi, été voir les frères Davenport. Je me garderai bien de discuter ici le pour et le contre de leurs exercices, et je laisse aux prises robinets et derosnistes, persuadé qu’en tout ceci il n’y a pas de quoi briser une armoire. Je veux seulement vous narrer une supercherie de votre courriériste. Avant de me rendre à la salle Herz, j’avais préalablement causé avec un ami des spirites et jelui avais insidieusement avoué que, sceptique par raison, j’étais trèsfacile à convaincre, par imagination, — en sorte que je fus un point de mire pour les médiums, désireux d’attirer par la conviction un journaliste dans leur camp. Réfléchissant que j’allais essuyer pas mal de luirions destinés à battre mes doutes en brèche, je
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profitai des ténèbres pour me glisser sur un autre siège que celui désigné à moi au commencement de la séance par l’ami en question. Un vieux monsieur que je ne connais pas prit ma place... Vous dire ce que son dos reçut de coups de guitare et sa tête de coups de tambours de basque, me semble impossible; chaque fois que le pauvre diable hurlait sous l’attouchement des esprits, je riais comme deux personnes naturelles. Après la cérémonie, l’ami des Davenport vint à moi d’un air triomphant :
— Eh bien? me dit-il, avez-vous senti les atteintes des esprits?
— Non.
— C’est singulier!
— Ah ! £t le vieux monsieur qui avait envahi le fauteuil déserté par moi, il faut croire que je leur étais bien recommandé... car ils m’ont arrangé l’échine et la nuque de la belle façon... voyez mon chapeau !
Et il nous montra un feutre réclamant les soins du chapelier, ce qui élève sa petite débauche à la somme de trente francs cinquante. Trente francs pour les calottes surnaturelles... cinquante centimes pour le coup de fer naturel dont son couvre-chef a grand besoin.
Je ne puis résister à l’envie de vous conter une anecdote récente.
X débarque exténué, rompu, suant, dans le château de son ami Z., qui l’avait prié à une chasse dans ses domaines. Après la poignée de main de rigueur, X expose à Z qu’avant de présenter ses hommages à sa femme, il désirerait changer de chemise.
— Qu’à cela ne tienne, fait le châtelain ; — monte dans ma chambre et prends ce qu’il te faut dans ma commode. X , qui redoute les fluxions de poitrine, ne se le fait pas dire deux fois, et une seconde après il se met en devoir de passer un madapolan plus sec que l’œil d’un parricide.
Par malheur, il a négligé dans son empressement de fermer la porte et d’ouvrir la boutonnière du col de sa chemise , en sorte que la moitié inférieure de son corps est nue, tandis que l’autre se démène pour vaincre un passage trop étroit.
X est au plus fort de la lutte, quand il entend un froufrou de soie qui avance et une voix qui s’écrie d’un ton enjoué:
— Décidément, mon cher époux, vous ne maigrissez pas.
Le malheureux, dans un effort désespéré, fait sauter l’obstacle, son chef passe et il aperçoit... la femme de Z qui avait cru reconnaître son mari, malgré son domino de calicot.
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Le maestro Verdi met la dernière main à la partition de l’opéra qui doit inaugurer là nouvelle académie musicale en voie de construction; malheureusement, il est tracassé par les importuns depuis son installation aux Champs-Elysées. Un ami m’assure qu’il a trouvé dernièrement l’illustre compositeur en train d’expliquer à son groom la façon d’évincer ceux qui viennent troubler ses travaux, et comme cet ami était tombé en pleine répétition du truc, il m’a rapporté la scène suivante, que je rapporte à mes lecteurs, — sous toutes réserves.
— On sonne, disait Verdi à son valet, tu vas ouvrir et tu réponds que je suis très-malade. On insiste pour me voir. Tu conduis alors la personne dans le fumoir, où j’ai disposé un mannequin de peintre, couché sur le côté, et tournant le dos au public. Tu fais asseoir le monsieur en lui disant que je dors et tu t’asseois à ses côtés en le priant de faire silence... Au bout d’une heure, l’individu s’impatiente et se relire en disant qu’il reviendra plus tard. Tu prends alors le mannequin et tu le couches de la même façon sur le canapé du petit salon dont la cheminée prussienne fume comme un Suisse, et tu recommences la môme comédie quand le bonhomme revient... et ainsi de suite jusqu’à ce qu’impatienté par l’attente, aveuglé
par la fumée, et dégoûté par ta sotte compagnie, il quitte mon appartement en jurant de n’y revenir jamais et de me laisser mourir sans plus bouger qu’une souche.
Les femmes sont la cause déterminante des fléaux qui nous assaillent. Et en cela, elles sont les dignes filles de celle qui perdit le genre humain.
La tradition rapporte qu’après avoir mordu au fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, Eve se tourna vers Satan qui souriait à ses côtés d’un air vainqueur et lui demanda ingénument la façon dont elle devrait s’y prendre pour amener son mari à croquer la pomme fatale.
La question de notre mère commune n’a rien qui doive surprendre : il se pourrait que son époux n’aimât point les reinettes et qu’il leur préférât les figues de son splendide verger. Aussi le diable, — professeur de séduction, déS l’enfance du monde, — lui conseilla d’appuyer sa prière par quelques larmes bien senties, jurant à sa victime que l’homme n’y résiste jamais. Le gredin poussa même la perfidie jusqu’à enseigner à son élève le moyen de faire monter à ses paupières les globules liquides qui battent en brèche les résistances masculines... Et quand Adam vint reposer sa tête sur les genoux de sa moitié pour
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y faire sa sieste habituelle, il fut tout étonné de voir les joues de son épouse baignées de pleurs.
— Une voix mystérieuse m’a murmuré dans l’oreille que vous ne m’aimiez point, dit Eve, et j’en suis toute constristée.
— Celle voix vous a trompée, repartit le premier homme.
— Eh bien! continua la traîtresse en s’essuyant les yeux avec une feuille de bananier, mangez ce fruit malgré la divine défense; prouvez-moi que je vous suis plus chère que l’obéissance au créateur. Du reste, vous trouverez dans cette infraction de larges compensations à la colère divine : ceux qui mangent le produit de ce pommier deviennent tout-puissants et jouissent de perfections surhumaines.
— Je ne suis pas ambitieux, fit Adam, — bon bourgeois content de sa condition.
Un nouveau Ilot mouilla aussitôt les cils blonds de sa femme et le malheureux céda.
Lecteur, appliquez cette parabole à M. et à Mme V***, et vous saurez l’histoire de l’un des plus grands scandales du jour.
Mme Y**’ voulait une parure exposée chez un orfèvre joü renom. M. Y*** ne voulait pas... ; mais il adorait la coquette qui trempa dix mouchoirs en sa présence. L’infortuné, caissier dans une grande maison de commerce, fit sauter l’anse du coffre-fort : sa
femme eut la parure... mais M. V*” aura six ans de prison. Le père Hyacinthe aura beau prêcher contre la morale indépendante et tonner sur le luxe effréné des femmes après le révérend frère Sardou..., le monde sera toujours fait ainsi et la stupide foule des mâles gravitera toujours autour d’un point fixe : la femme!
Un des grands événements de l’année, c’est la retraite de Mile Figeac, qui abandonne le Théâtre- Français pour diriger une maison de modes et de lingeries. La sociétaire de la rue Richelieu finit par où d’autres ont commencé, il n’est pas impossible de rencontrer des modistes qui se sentent subitement envahies parla fièvre dramatique et laissent l’aiguille et le tulle pour ceindre le diadème des reines tragiques. Celles qui abandonnent la pourpre des héroines de Racine pour piquer des camisoles, sont beaucoup plus rares. Je redoute pour Mlle Figeac la nostalgie de son ancien métier. Je redoute de plus, que, derrière son comptoir, ses facultés ne soient tourmentées par le dieu des réminiscences et par l’habitude de s’exprimer en alexandrins du grand répertoire. La voyezvous d’ici crier à l’une de ses clientes en prenant une pose noble :
Vous plairait-il, madame, accepter ce fichu.
Ce à quoi la cliente, — si c’est une de? es an-
^ÜR L’ASPHALTE, cîennes collègues, — lui répondra non moins pompeusement :
Bien grand merci, madame, il est trop mal ficlui.
Il est bien entendu que je plaisante ici et que je tiens pour certaine la réussite de l’ex-interprète de Marivaux.
Mlle Figeac s’est toujours distinguée par ses toilettes exquises et il est probable qu’elle mettra au service de ses chalands le goût dont elle usait à son bénéfice.
Passons à une anecdote :
Des officiers de dragons en garnison à M***, imaginèrent, pour faire une farce à l’un de leurs collègues, de décrocher secrètement l’enseigne garnie de portraits d’un photographe, et de la suspendre au-dessus du seuil de la petite maison qu’il habitait dans un faubourg de la ville. Dès le grand matin, un Anglais et sa fille, de passage à M*”, sonnaient à la porte du pauvre diable qui dormait profondément .
— Voulez-vous faire tout de suite l’épreuve de ma fille? demanda l’Anglais dans son baragouin, au militaire qui était venu ouvrir en son plus léger déshabillé.
Bien que surpris de celle requête, le cavalier re-
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marqua l’extrême beauté de la jeune miss, et après une seconde de réflexion, pendant laquelle il dressa un plan machiavélique, il pria ses clients d’entrer dans son atelier...
On y sentait plutôt les exhalaisons du cigare que les vapeurs du collodion ; le regard y rencontrait plus de cravaches que d’objectifs.
Mais il y a des photographes si bizarres, — pensa le gentleman.
Quelques minutes après, de dragon reparut — plus habillé. Il avait même fort bon air sous son costume de flanelle bleu-tendre.
Il s’assit et commença un boniment où il expliquait qu’il avait inventé la ■photographie de mémoire , et qu’après une matinée de conversation avec son sujet, 11 lui offrait, le soir même, des cartes supérieurement venues.
L’Anglais, émerveillé du procédé, consentit à l’épreuve, si bien que le jeune homme put entretenir la belle visiteuse de sa passion naissante. Il arriva à la faire partager de sa jolie cliente, qui signifia à son père qu’elle voulait épouser l’ingénieux photographe.
Et, à l’heure présente, les officiers de dragons de la ville de M*** racontent, à qui veut l’entendre, que leur niche a rapporté une jolie femme et dix mille ‘ francs de rentes à l’heureuse victime de leur plaisanterie.
SUR L’ASPHALTE
Je conçois jusqu’à un certain point la manie qu’ont certaines gens de manger des asperges en hiver, mais je ne saisis pas bien la raison qui pousse les citoyens de l’empire français à se repaître la vue et l’intellect des almanachs de l’année prochaine, alors que l’année présente est aux trois quarts écoulée. C’est pourquoi j’ai quelque peu maugréé devant le succès de l’un de nos amis, un poète qui tout d’un coup s’est travesti en astronome. Notre siècle est décidément bouffon ! A-t-on jamais vu les nourrissons des muses troquer leurs auréoles contre le bonnet pointu du vieux Lansberg et contempler les astres dans l’intention d’y trouver autre chose qu’une rime harmonieuse? Polir une ode à Bacchus et coller sa prunelle à des verres biconvexes sont choses bien disparates... Et pourtant le fait existe: Mathieu, le chansonnier, Mathieu qu’on rencontrait partout, la bouche fleurie d’alexandrins et la boutonnière fleurie de violettes, Mathieu qui chantait les crus généreux, le soleil d’or et les hirondelles rapides, Mathieu s’est tout à coup livré aux prophéties atmosphériques et nous a complaisamment prédit les jours où le parapluie doit être tiré de sa gaîne : quelle chute !
L’excuse du fils d’Apollon réside dans une homo-
nyraie. Devant la vogue de feu Mathieu de la Drôme, Mathieu de la Nièvre s’est tenu le monologue suivant :
Lés vers sont en déchéance, Les éditeurs font la rnoue devant les ragoûts poétiques ; Faure reste insensible à l’audition d’un sonnet et Michel Levy ne croit plus à la vente des poèmes depuis qu’il édite Joseph Autran ! Si je trouve d’aventure un imprudent qui risque des élucubrations au bas bout de sa vitrine, il me donne cent francs pour un travail qui m’a fait mouiller cent gilets de flanelle. Décidément le jeu n’en vaut pas le blanchissage ! Changeons de guitare, et puisque celle des spirites a fait four, pinçons la man* doline du météorologiste!
Eh bien ! Mathieu a eu raison : son almanach s’est débité comme des petits pains. Tout le monde le possède. Les femmes, sur les assurances de l’auteur, méditent des toilettes appropriées à ses [prédictions...
C’est le cas ou jamais de gémir sur la venue imminente des conférences, où les femmes sont admises. Vous ne sauriez croire combien est dangereuse la promiscuité des sexes devant un monsieur qui pérore sur des choses abstraites. Qu’on permette à nos com-
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pagoes de prendre place à l’orchestre de no3 salles de spectacle, je n’y vois pas grand mal : l’attrait de l’intrigue mise à la scène, les soupirs de l’amoureux et les menées du traître absorbent l’esprit des assistants et les ravissent aux mauvaises tentations. Mais songez à la situation d’une femme extra-vertueuse en présence d’un savant qui l’ennuie.... Elle cherche des distractions, et si les hasards du contrôle l’ont envoyée dans la stalle voisine d’un adulte, on fait la causette tout bas et il s’établit entre les deux distraits une conférence dangereuse pour le calme des foyers conjugaux.
Un statisticien qui partage mon avis en cette matière, m’a soumis un travail dont je vous fais grâce, mais où il est relaté que depuis l’innovation des conférences, le nombre des demandes en séparation de corps s’est sensiblement accru.
Or, il faut s’incliner devant la statistique comme devant l’arrêté international qui abaisse la taxe postale entre la France et la Belgique. La correspondance entre Paris et Bruxelles esttrés-copieuse et cela pour bien des raisons. Il y a d’abord les courriers de Léopold Stapleaux, sans compter les échanges intellectuels entre les littérateurs des deux nations. C’est de Bruxelles qu’Hugo envoie ses Chansons des rues et des bois, de Bruxelles ainsi qu’une blonde bien connue écrit à tous ses amoureux. Joignez à cela le numéro
jo
1 Ml
du Précurseur d'Anvers et vous comprendrez que la réforme a réellement du bon.
Pour moi, qui ne suis ni l’abonné du Précurseur ni au nombre des amoureux de la blonde susnommée, je me réjouis du décréta un point de vue tout personnel : j’aime les réformes pourelles mêmes. ..et ma joie est d’autant plus innocente que nous vivons dans un temps où les réformes sont rarement suivies d’effets. La faute en revient à l’humanité, rétive sous l’étreinte libératrice du progrès.
Je ne veux point quitter le chapitre des innovations sans vous répéter tout bas les paroles que j’ai entendu prononcer par un gros bonnet de l’administration financière de l’empire dans un dîner officiel, où je n’eus qu’à manger et à entendre. La conversation vint toucher la question des monts-de-piété, et bien qu’aucun des convives n’eût pour le quart d’heure sa montre chez sa tante, les fourchettes tombèrent devant l’idée émise par l’orateur :
« Faites, disait-il, que le pauvre se prête à luimême son propre argent dans les cas de gène. Mettez comme fonds de roulement dans les monts-de-piété l’argent déposé dans les caisses d’épargne par les ouvriers laborieux. Cet argent lui rapportera davantage
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et il aura conscience d’avoir coopéré au bonheur de ses confrères nécessiteux.
« D’autre part, les prêts feront plus considérables et l’on pourra diminuer le taux actuel de l’intérêt des sommes avancées ! »
Ainsi paria le gros bonnet, mais il nous pria de garder le silence sur une innovation encore à l’état d( projet. Tous le lui jurèrent, excepté moi. C’est pouquoi je puis vous offrir la primeur d’un perfectionnement social... qui, je l’espére, no vous intéressera jamais.
Un incident parisien remarquable a été sans contredit le procès et l’incarcération d’une courtisane, accusée d’avoir détourné un mineur de la bonne voie. Cette vendeuse de beauté, — qui selon nous n’en avait pas beaucoup à vendre, — a trouvé moyen de croquer deux cent mille francs en l’espace de six mois et s’est livrée, pour les soutirer à son naif amant, aux manœuvres reprouvées par le code. Sur le point de régler les comptes du prodigue adolescent, le père du jeune homme est allé voir le procureur impérial, et à la suite de cet entretien la dame a été conviée à une aprés-dînée musicale au Palais de Justice. Les efforts qu’elle a faits pour se défendre ne l’ont pu pré-
server des virulentes admonestations du président du tribunal, — homme sévère, mais juste.
11 a trouvé pour qualifier les moyens d’existence de l’inculpée des substantifs d’une rigueur toute judiciaire ! Ah ! tout n’est pas rose dans le métier d’amour ! Si j’avais connu la délinquante, il y a quelque dix ans je lui eusse donné des conseils qui l’eussent préservée des foudres magistraturales :
— « Brune fillette , lui eussé-je dit , puisque vous cherchez votre pain et vos diamants sur la grande route des passions, ne dévalisez que les hommes murs... Attendez tout au moins qu’ils aient tiré à la conscription et qu’ils jouissent de leurs droits civiques. — S’ils sont de la garde nationale, opérez sans crainte ; mais s’ils sont imberbes, si leur chef n’est pas recouvert du shako traditionnel, et si leur torse est couvert d’un gilet en cœur au lieu et place d’une tunique bleu de roi, réfléchissez et demandez à voir l’acte de naissance de la victime choisie par vous. Quand un capitaliste, un homme marié , ou un fils de famille sont asssez sots pour échanger leur légitime contre la clef de votre chambre à coucher, on en rit, et ce genre de ruine ne provoque chez ceux qui l’apprennent qu’un haussement d’épaules. On va même jusqu’à battre des mains devant vos intrigues ; plus vous êtes âpre à la curée, plus on trouve votre rôle bien joué, — mais si d’aventure vous vous livrez à ces
SUR L’ASPHALTE
déprédations sur des citoyens sortis hier du collège, et si vous leur faites apposer au bas d’un papier timbré leur signature encore au biberon, — gare à vous ! Papa et maman arrivent et la police s’en mêle. Vous aurez beau crier que vous prodiguiez au rejeton crédule d’une souche illustre un amour vrai et sincère , que même vous lui avez donné à dîner plusieurs fois, et qu’un jour vous vous êtes déssaisie en sa faveur d’une épingle en diamants, on ne vous écoutera pas et la famille, trouvant vos sacrifices trop chers à cinquante mille francs la pièce, vous enjoindra de comparoir dans la huitaine franche, au domicile de dame Thémis. Le code, ma belle enfant, a prévu ce genre de détroussements qui a l’alcôve pour centre d’action. Vos yeux fulminants, vos dents de perle, votre nez aquilin, vos sourcils dessinés au pinceau, et vos chignons mensongers sont regardés par les juges comme instruments d’attaques et comme moyens d’intimidation... et voilà comment partie pour Cythère, vous débarquez, si vous ne m’écoutez, ma toute belle, dans l’asile placé sous l’invocation de Saint-Lazare. >»
Voilà ce que j’eusse murmuré dans la mignonne oreille de la coupable, si le hasard l’avait amenée dans un fauteuil en face de moi. Malheureusement nos professions, distinctes l’une de l’autre, nous ont rarement réunis dans une même enceinte.
Je me trompe...
C’était une nuit — « on dansait chez maître Cellarius; elle arriva pompeusement parée, appuyée sur le cubitus d’un gentilhomme qu’elle dirigeait insensiblement sur Clichy. Je m’extasiai tout d’abord sur la distinction de cette femme, mais elle parla et le charme fut rompu... Elle avait des allures de souspréféte et des paroles d’écaillère. Sa coiffure était parsemée d’éméraudes et son langageétaitémaillé de cuirs. En apprenant la déconfiture de cette biche d’aspect trompeur, je me souvins de certains détails que le Nain jaune a donnés, il y a trois ans , sur sa naissance. Elle descend, en ligne tortueuse, de la cuisse gauche de Jupiter, car sa mère tient , dit la feuille citée plus haut, un établissement appelé inodore par antithèse, en face même de son splendide appartement de la rue Lafitte. Que la famille de la soupeuse, qui est sans doute honorable, m’excuse d’entrer dans sa vie privée et qu’elle réfléchisse, avant de me maudire, qu’autant le métier de la fille a provoqué en nous de mépris, autant la profession de la mère a stimulé notre pitié. Cet état de choses était connu des adorateurs de Mlle B..., et bien qu’ils fissent la courbette devant ses charmes, ils ne laissaient pas que de la blâmer d’abandonner l’auteur de ses jours dans une atmosphère si peu aristocratique, alors que ses moyens lui permettaient de lui acheter un fonds de parfumerie. On raconte, à ce sujet , qu’un boursier âgé, durant
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qu’il devisait d'amour avec noire héroïne, fut pris d’un de ces malaises ridicules dont ne défend pas les rois la garde qui veille aux barrières du Louvre. Notre Céladon ne savait comment expliquer son embarras à sa bien-aimée, et il cherchait en vain une raison à donner à sa retraite devenue absolument nécessaire. Dans cette impérieuse conjoncture , il ne trouva rien de mieux que de lui lancer cette exclamation :
— J’ai besoin d’aller chez ta mère !...
L’anecdote eut de la publicité, et dés cette époque, quand on disait dans un certain monde : je vais chez ta mère, cela exprimait une démarche dont je n’aurai garde de désigner le but.
Avez-vous jamais médité sur la position de Thérésa. La populaire braillarde gagne actuellement dix mille francs par mois. Je connais des royaumes qui n’élèvent pas à ce chiffre la liste civile de leurs souverains... et si, d’autre part, je considère le tableau des appointements ministériels, je ne vois aucuns gouvernements qui rémunèrent leurs premiers magistrats avec autant de munificence. Si bien qu’au siècle où nous vivons, mieux vaut débiter des pastorales devant des buveurs de bière que de contribuer au perfectionnement des masses et au bonheur des peuples.
En admettant que le galoubet de Mlle Thérésa reste au même niveau pendant dix ans, elle se retirera des affaires avec soixante-quinze mille livres de rente ; c’est plus qu’il n’en faut pour épouser un gentillâtre ruiné et ambitieux. Un jour peut-être nos enfants verront aux Champs-Élysées la perle de l’Alcazar nonchalemment couchée sur les coussins d’un carrosse armorié ; elle sera dame palronesse de son arrondissement, membre du bureau de bienfaisance, présidente de l’association des crèches, et les dimanches, après avoir été à la messe de sa paroisse, elle convoquera dans ses salons l’élite de l’aristocratie pour assister le soir à l’audition d’une chansonnette de son ancien répertoire. Elle sera dégoisée cette fois par une étoile nouvelle, la Thérésa de l’avenir, une femme qui est à naître et qui touchera huit mille francs par soirée pour hurler quelques grivoiseries dans des oreilles canailles... Voilà des événements que la révolution de 89 n’a pas prévus... Voilà les futures résultats d’un progrès qui marche comme le juif errant, sans savoir où il s’arrêtera et s’il s’arrêtera.
h ne veux pourtant pas dire par là que nos neveux seront plus sots que nous. 11 est difficile de faire admettre que nos descendants tomberont dans des pié-
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ges plus grossiers que ceux qui ont été tendus à notre crédulité. Il y a deux ans. un jésuite malin publia qu’il avait trouvé quelque part un livre curieux, contenant en langue sanscrite des révélations inédites et curieuses sur les mœurs et la religion des Mèdes ! Tout le monde s’inclina devant le savant qui lisait couramment dans un grimoire de forme étrange et dont les facultés de linguiste étaient assez supérieures pour déchiffrer des caractères inconnus et en exprimer le sens à haute et intelligible voix. Une foule de curieux allèrent voir le bouquin fameux et revinrent émerveillés, racontant à qui voulait l’apprendre, la singularité de son texte et l’originalité des dessins qui l’illustraient.
Dix-huit mois se passèrent et la nouvelle allait son train, quand un bibliophile myope et méticuleux, attiré chez le jésuite par la renommée de sa découverte, le pria d’exposer à ses yeux l’étrange papyrus. Jugez de la surprise de l’Allemand (c'était un allemand) quand il vit apparaître sous ses yeux la première édition d’un ouvrage publié à Léipzig en 1862 ! Cet in-8° renferme en effet des images naïves destinées à amuser, en l’instruisant, la jeunesse tudesque; quant aux lignes qui accompagnent ces estampes criardes de ton, elles racontent la légende des petits poucets , des ogres et des belles au bois dormant qui défrayent au-delà du Rhin les narrations des nourri-
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