Les romans et nouvelles de Hermann Sudermann
Parmi les hommes de lettres qui ont joué un rôle dans la littérature allemande contemporaine, il en est peu dont la renommée ait subi d’aussi étranges vicissitudes que celle de M. Sudermann. Après des débuts assez obscurs dans le roman ou la nouvelle, ce fut une pièce de théâtre qui mit tout à coup son nom en vedette ; pendant plusieurs années on ne parla que de lui : ses romans, ses nouvelles, ses drames obtinrent successivement des succès accentués encore par la vive opposition qu’ils rencontraient auprès d’une partie du public. Puis on vit notre auteur abandonner le roman, qui lui avait cependant inspiré ses œuvres les plus fortes et les plus originales, pour se consacrer entièrement au théâtre, qui l’avait fait connaître d’abord. Du coup la chance tourna. Car la scène, où il avait cueilli ses premiers lauriers, lui ménagea de cruels retours. La faveur publique alla à d'autres, plus originaux ou plus hardis. Tandis que d'autres triomphaient, les pièces de Sudermann n’obtenaient que des succès contestés. Nous n’avons pas à examiner ici les causes de ce revirement; nous ne nous proposons d’étudier que les œuvres narratives de M. Sudermann. Aussi bien les romans et les nouvelles qu’il a publiés jusqu’ici forment-ils un groupe assez considérable et assez homogène pour qu’il y ait intérêt à les passer en revue. On
P. BESSON
voit s’y affirmer une personnalité littéraire qui n’est pas banale. Sous * les yeux du lecteur défilent une série de personnages fidèlement ob- « servés et dessinés avec une vigueur peu ordinaire. L’action, bien que parfois un peu traînante, est en général intéressante. D’ailleurs on en jugera par les pages qui suivent.
M. Hermann Sudermann est né le 3o septembre 1857, ® Matziken (Prusse orientale), où son père était brasseur. Il commença ses études à la Realschule de Elbing; mais sa famille ayant eu des revers de fortune, il fut obligé de les interrompre (1871). Il dut entrer comme apprenti chez un pharmacien, où il ne resta d’ailleurs que quelques mois : au bout de ce temps il put reprendre ses études au Realgymnase de Tilsitt. Il en sortit (1875) avec le certificat de maturité et se fit immatriculer à l’Université de Kœnigsberg où il étudia la philologie et l’histoire. En 1877, il passa à l’Université de Berlin, et fut en même temps précepteur dans plusieurs familles, entre autres chez le poète Hans Hopfen. Cependant la carrière des lettres le tentait plus que le professorat. De 1881 à 1882 il fit partie de la rédaction d’un journal démocratique Das deutsche Reichsblatt, puis il se consacra entièrement à la littérature. Voici, pour fixer les idées, la liste de ses œuvres tant dramatiques que narratives :
Entre chien et loup (Im Zwielicht), recueil de nouvelles, 1886 ;
La dame en gris (Frau Sorge), roman, 1887 ;
Frères et sœurs (Geschwister), deux nouvelles, 1888;
Le pont au chat (Der Katzensteg), roman, 1890;
L’honneur (Die Ehre), drame, 1890;
La fin de Sodome (Sodom's Ende), drame, 1891 ;
Le mariage de Yolande (Jolanthe’s Hochzeit), nouvelle, 1892 ;
Magda (Heimat, proprement Le Foyer), drame, 1 893 ;
L’indestructible passé (Es war), roman, 1894 ;
La bataille des papillons (Die Schmetterlingsschlacht), comédie,
Bonheur discret (Das Gluck im Winkel), drame, 1896;
Un recueil de levers de rideau qui porte le titre commun de Morituri , composé de trois pièces : 1) Téja ; 2) Fritzchen ; 3) L’éternel masculin (Das ewig Mænnliche), 1897 »
Les trois plumes de héron (Die drei Reiherfedern), drame fantastique, 1898;
Saint- Jean (Johannes), tragédie en cinq actes, 1899 ;
Le feu de la Saint- Jean (Johannisfeuer), drame, 1900.
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