‹ Les romantiquesChapitre 5 sur 24 · JULES JAN1N · texte numérisé non relu

JULES JAN1N

la chemise emprisonnée dans le gilet blanc dont les revers s'ébattent entre le large écart du paletot. La figure qui couronne cette robuste charpente laisse resplendir la santé, la belle humeur de l'imagination, la chaude malice. « Je taillais les hautes futaies de ma fenêtre en lisant quelque chef-d'œuvre des anciens jours. » Cette parole caractérise la physionomie intellectuelle de Jules Janin.

. Dans la pointilleuse ironie de Janin revivent surtout cette souplesse et cet enjouement de la plume, cachant parfois l'insulte polie pour ce qui n'est point l'art, ce caractère d'esprit que les Grecs appelaient Eutrapelia. S'il se prosterne devant la pléiade romantique, il le fait avec une « nuance d'indiscipline qui raille tout en admirant» et, peut-être, ajoute un des deux ou trois impeccables du feuilleton, « préférait-il Diderot à Shakespeare et lisaitil plus volontiers le Neveu de Rameau que Comme il vous plaira, ou le Songe d'une nuit d'Eté. » La langue d'Ovide est pour lui la treille pourprée dans laquelle il se promène en vendangeur ivre. Le style se découpe dans son œuvre en lianes nerveuses, flexibles, où les images s'accrochent ainsi que des fruits d'or, et se festonnent au-dessus des portiques

iO JTTLES JANIN

où il fait entrer l'idée. Le poëte qui a dit: « Méfions-nous d'un empressement stérile et tracassier, surtout quand il parle en vers », aurait admiré en lui cette abondance de la phrase qui se préoccupe peu du chemin, sûre de frapper le but ; architecte de la forme, il abhorre le sentier direct ; aux allées droites de Versailles, il substitue les sinuosités des jardins anglais ; ici une ruine, là une statue, un rocher; plus loin, une masure, un tombeau: ne lui faut-il pas s'arrêter quelques minutes, écarter une branche, passer dans un taillis, traverser une avenue qui 'coupe le chemin? Lorsque il est au terme de sa course, il se rappelle tout à coup le motif qui l'a fait mettre en route. Quoi d'étonnant s'il arrive trop tard? Cette colonne lui a rappelé les Thermopyles, et cette fontaine, la source de Bandusie; mais on n'y a rien perdu, au contraire,- car l'écrivain nous fait participer à quelque riche trouvaille ; la pioche du fouilleur n'a pas été sans mettre à découvert pendant le trajet on ne sait quel fragment de sculpture, ou quelle médaille déjà rongée. Le temps perdu est soudain converti en monnaie et, lorsqu'il se décide enfin à parler de ce qui l'amène, il le fait en quelques

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