A F.-V. RASPAIL
Et qu'aucune voix ne s'élève Pour t'éclabousser d'un affront !
Nous avons, en sondant ton rêve, Mesuré l'ampleur de ton front ; Et nous penchant l'un après l'autre Sur ton vaste cerveau d'apôtre.
Qui renfermait l'àme de tout, Nous avons distingué dans l'ombre.
Au delà des erreurs sans nombre.
Toutes les vérités debout.
Nous t'avons vu la face blême, Les lèvres livides de faim, Déchiffrer l'auguste problème Du germe épanoui sans fin, Autopsier la graine obscure.
Fouiller les flancs de la Nature, Guetter l'inconnu pas à pas, Et jeter, au nom des brins d'herbe, Le désaveu calme et superbe A Cuvier qui ne savait pas !
La plante qui boit la lumière Sous les rameaux, dans la forêt, Tressaille encore, toute fière De t'avoir livré son secret.
Quand le vent léger la soulève, Ce n'est plus seulement la sève Qui fait sa gloire et son réveil :
Dans les baisers du crépuscule
La moelle vit, et la cellule Affirme son droit au soleil!
Ombre vaine, cendre qui souffre,
L'Etre, injustement châtié.
Traînait son mal de gouffre en gouffre,
Sans que la Nature eût pitié.
Sans qu'elle offrît au pauvre hère,
Au forçat du bagne Misère,
Vite brisé, prompt à vieillir,
La fleur de santé qui ne coûte
Qu une halte au long de la route.
Que la peine de la cueillir.
Tu t'écrias : <- Mère, o Nature!
" Pourquoi l'homme est-il ton damné?
" Pourquoi vendre à la créature
« Ce que l'Infini t'a donné ? »
Et la racine méprisée,
La feuille où tremble la rosée,
Le laurier né sous d'autres cieux.
Tout s'ofîrit par ta main ravie
A ceux qui marchaient dans la vie,
Avec leur fosse dans les yeux!
L'âme fièrement obsédée,
Tu vouas au pâle remord
Les savants qui trompent l'Idée,
Les marchands qui vendent la Mort;
Et pour abriter sous ton aile
L'enfance, blanche tourterelle