‹ Les roses du laurierChapitre 11 sur 114 · A F.-V. RASPAIL · texte numérisé non relu

A F.-V. RASPAIL

Dont la misère est Toiseleur, Pour enseigner ce qui fait vivre, Tu donnas au Peuple ton livre, Saint alphabet de la douleur !

Tu pouvais à ton tour, sévère

Aux vaillants qui font leur devoir,

Te verser l'ivresse à plein verre

Au banquet doré du pouvoir.

La Fortune te dit : « J'arrive !

« Sois mon audacieux convive !

« Les principes sont vite usés.

« A toi tout ce qui chante et brille ! »

Tu répondis à cette fille :

« Je ne vous connais point, passez! »

Pendant qu'au bruit lointain des piques La République s'éveillait, Tu plantas les faisceaux épiques Entre les pavés de Juillet.

Quand on la crut à jamais morte, Tu t'écrias : « Luttons ! Qu'importe ? u Les martyrs sont les vrais élus, »

Et le peuple écoutait, l'oreille Collée aux pavés de la veille, Si rien d'elle ne vivait plus.

Partout, chaque fois. que l'épée Faucha l'homme comme un blé mûr,

Tu baisas la terre trempée De son sang glorieux et pur.

Tu donnas le tien ; ta pensée Resta la blanche fiancée Des fers lugubres et pesants; Et dans l'Histoire qui t'honore, L'ombre des barreaux est encore Sur ton front de quatre-vingts ans !

Ne crains point qu'un orage emporte

Le bronze où nous t'avons dressé :

L'admiration est plus forte

Que le dédain n'est insensé.

La nuit tremblerait pour ses voiles,

Tu t'en irais jusqu'aux étoiles,

Si les savants, blêmes d'elTroi,

Te rendaient en morceaux de gloire,

Après l'insulte dérisoire,

Tout ce qu'ils ont volé chez toi I

Vincent de Paul de la Science, Médecin du mal social, Dresse-toi bien devant la France, Dans la blancheur du piédestal I Père, ta République est faite !

Nul ne viendra troubler la fête Que nous offrons à nos grands morts :

J'en atteste, au nom des génies, Les deux loyales mains unies Là-bas, sur la tombe où tu dors !

Juillet 1889.

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