‹ Les roses du laurierChapitre 107 sur 114 · AMILCARE CIPRIANI · texte numérisé non relu

AMILCARE CIPRIANI

[Brève chanson de (/este)

— Où t'en vas-tu si vite, chevalier?

— Compaing, je vais en Crète batailler, Vu que les Turcs y font grande tuerie.

— Les bien pensants te disaient sans patrie Serais-tu fils de l'Hellade au front pur ?

— Douce Italie est mon berceau d'azur : Mon âme y vole ainsi qu'une colombe ; Je m'y voudrais tout au moins une tombe, Sous le grand ciel qui rayonne et sourit ; Mais je n'ai plus de nid, on m'a proscrit; Et, ma patrie étant où vont les routes. Je n'en ai pas qu'une : je les ai toutes !

— Les insensés qui nous crachent dessus Te proclamaient ennemi de Jésus :

Pourquoi vas-tu défendre ses fidèles?

— Quand l'aigle part, ayant ouvert ses ailes, Demande-t-on à cet audacieux

Pourquoi son vol traversera les cieux?

Il a le vent qui passe, j'ai mon rêve !

— C'est donc la foi qui souffle et te soulève!

— La foi dans Tètre et dans rhumanité: Je suis chrétien, quand Christ est liberté !

— Mais n'as-tu point, ô héros d'épopée ! Assez longtemps fait sifQer ton épée?

— Le glaive n'est point fait pour le fourreau, Tant qu'Adam souffre et qu'il reste un bourreau.

— Tes vingt-trois ans de bagnes et de geôles Ne pèsent-ils donc plus à tes épaules ? Ne crois-tu pas, frère, qu'il serait temps De rêver sous les feuillages flottants ? Tes pieds sont las d'avoir traîné la chaîne : Assieds-toi, prends ce bon fauteuil de chêne.

— J'aimerais mieux, sans faiblesse ou merci, La mort là-bas que le repos ici ! »

Et, comme aux temps de la chevalerie.

L'âme ingénue et la barbe fleurie.

S'en est allé le féal compagnon Devers la Crète où gronde le canon.

XYIII A LABORI

[Après Vattcntat de Rennea]

Ton sang pur a coulé pour que la terre nue Sente germer l'épi promis à son effort. Le soleil quelquefois saigne aussi dans la nue ; Mais son sang est divin et la lumière en sort.

15 août 1899.

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