‹ Les roses du laurierChapitre 113 sur 114 · E DERNIER DRAPEAU · texte numérisé non relu

E DERNIER DRAPEAU

J'étais dans la nue, en un lieu Où tout se tait, où rien ne bouge.

Le ciel était noir, quoique bleu; Je vis passer une ombre rouge.

C'était quelque chose d'ailé, Qui ne s'envolait que d'une aile ; Et je dis au gouffre étoile :

« Où donc cette forme va-t-elle ? "

La nuit, qui garde au fond des cieux

La clé de l'éternel problèm?,

Me répondit : « O curieux !

« Interroge l'ombre toi-même! »

Et je l'interrogeai, je dis :

« Quelle est cette forme qui passe ?

« 0 spectre, où t'en vas-tu, tandis " Qu'une étoile éclôt dans l'espace ? •>

326 ROSES DU LAURIKR

Cette espèce de mort vivant

Me dit : « Je fus, je cesse dêlre.

« Toi-même tu fus mon servant ;

« Tu devrais au moins me connaître! »

Bien que j'eusse froid sous la peau, L'œil droit comme sur une cible, Je vis que c'était un drapeau, Cette aile qui fuyait, terrible.

Et ce bout d'étoffe, banni

Des vastes batailles humaines,

Me cria : « Rêveur, c'est fini

« D'avoir des drapeaux et des chaînes !

« Regarde ce qu'a fait le vent

« De mes vieilles franges altières.

« Humanité! soleil levant !

« Plus de soldats ! plus de frontières !

« Qu'avez-vous besoin désormais, « Puisqu'Adam rallume sa lampe, « De coudre sur les hauts sommets « De la soie autour d'une hampe?

« Le vieux privilège était fort;

« Mais la justice était plus forte.

« O citoyen, le mal est mort,

« Les dieux sont morts, la mort est morte !

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