‹ Les roses du laurierChapitre 40 sur 114 · BATAILLE DE FLEURS · texte numérisé non relu

BATAILLE DE FLEURS

— Je te massacre, si lu m'aimes ! »

Et dans le ciel profond et clair

La mitraille des chrysanthèmes Criblait les remparts bleus de Tair.

— A nous deux, comte ! — A toi, marquise ! Vcux-tu des ileurs ou des sonnets? »

Et voilà madame conquise Dans le vol jaune des genêts!

— Où courez-vous, chères petites ?

Montrez-nous vos beaux falbalas ! »

Et l'averse des marguerites Croisait l'orage des lilas.

Batailles d'enfants ! jeux d'artistes !

L'humble violette des champs Bombardait les bonapartistes Qui ne nous trouvaient plus méchants.

Les pigeons blancs, battant de l'aile Dans l'éther tout peuplé d'hym.ens, Annonçaient au ciel la nouvelle De la déroute des jasmins.

Au loin, entre l'algue et la mousse, Sur les rocs tout gj'is de filets, La vague s'endormait, plus douce Dans le chant roulant des galets.

Et maintenant adieu la fête !

Bonsoir le doux bruit des grelots !

Mais que la paix dure, étant faite Au nom du soleil et des flots !

Dans quelques jours, le vent qui passe, Tout vibrant de jolis accords, Fera tournoyer dans Tespace, L'âme des genêts qui sont morts.

Pour que les enfants et les femmes Nous bénissent dans la cité, Nous prendrons à toutes ces âmes Un peu de leur sérénité.

On a droit aux apothéoses, Loin des orageux cliquetis.

Quand on n'a blessé que des roses Dans la bataille des partis.

Marseille, mai 1886.

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