‹ Les roses du laurierChapitre 41 sur 114 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

A itf""^ Laure-MarlU

Madame, je ne suis qu'un joueur de guitare, L'accordeur patient du vieux luth de Pindare

Qu'on oubliait un peu ; Et je n'ai sur la terre, en dépit de Prudhomme, Pas d'autre mission que de gazouiller comme

I/oiseau dans le ciel bleu.

Or, bien que j'aie, hélas ! pour unique fortune Le nuage, le vent, l'aube, les clairs de lune

Argentant les prés verts, Je tiens à vous offrir à mon tour quelque chose, Ne serait-ce que l'àme errante d'une rose,

Prise aux filets du Vers.

Lorsqu'en votre atelier vous donnez à l'argile Le vaporeux contour d'un rêve de Virgile

Au fond des bois troublants.

Les profils ébauchés me font de petits signes, Et je crois voir flotter la musique des lignes

Au bout de vos doigts blancs.

Car tout est la musique et tout est riiarmonie ! La couleur et le verbe ont leur gamme inlinie,

Leur ton clair ou voilé ; La strophe est le reflet d'un son dans la lumière ; Et la statue énorme, éblouissante et flère,

?s*est qu'un chant ciselée

Vous les comprenez, vous, les affinités vagues Des arts mystérieux mêlant leurs sourdes vagues,

Confondant leurs frissons :

Et moi, barde hanté de chimères sans nombre, J'ai parfois, grâce à vous, touché le baiser d'ombre Des contours et des sons.

Vous nous l'avez conté, de vous-même étonnée : Avant d'être l'artiste attachée, obstinée

A son œuvre vainqueur.

Vous n'étiez tout là-bas, dans les champs, au village. Qu'une humble enfant avec des bluets au corsage

Et des rêves au cœur.

Vous grandissiez devant le ciel, dans la nature, Comme ces fleurs d'avril qui poussent sans culture,

Et vous ne pensiez p^is Que vous feriez un jour tout doucement éclore Des roses dans l'argile où, tout baignés d'aurdre,

Couraient vos petits pas.

Mais, vous êtes venue, et Paris vous a prise Dans son grand tourbillon qui reconstruit ou brise Ce qu'il heurte en passant.

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