‹ Les roses du laurierChapitre 60 sur 114 · LA TOURNEE DE COROT · texte numérisé non relu

LA TOURNEE DE COROT

C'est pourliii que l'herbe fleurit, Ivre de soleil et de sève; Et tout le paysage rit

Dans son rêve.

A l'ombre rose d'un pêcher, Voilà qu'il s'est assis, très digne, Comme un bourgeois qui va pêcher A la ligne.

Sous le ciel vague et dentelé Toute la forêt se dévoile :

Déjà le fusain a tremblé Sur la toile.

La couleur s'épand, et les bois Semblent dans les lueurs éclore :

Telle la clarté pleut des doigts De l'Aurore.

Un toit, visible à peine, fuit Au ras de l'or bruni des gerbes ; L'eau pâle et verdoyante luit Dans les herbes.

Un rayon furtif et tremblant S'accroche à des bouts de charmille, Tout le long d'un joli mur blanc Qui scintille.

Une femme passe, elle accourt, Et, sous le feuillage qui bouge, Voici fleurir son jupon court Et rouge.

Sur la branche où le nid se tait La lumière coule et déferle, Comme si tout le bois n'était Qu'une perle.

Le lointain vaporeux et clair, Les obscurs taillis où l'œil plonge S'estompent en un baiser d'air, Dans du songe.

Le mont, le pré, le bois dormant Troublent si bien le doux poète Qu'il laisse éteindre à tout moment Sa pipette.

Mais, quand il sort du champ vermeil Avec son rêve qui l'escorte.

C'est la forêt et le soleil Qu'il emporte !

REBOUTE

Piège fleuri, redoute exquise.

Evohé! Mortels, gloire aux dieux!

Ici, quand la place est conquise, C'est l'assiégé qui dit : tant mieux !

Les cœurs chantent comme des lyres.

Que d'heureux blessés chancelants.

Sous la mitraille des sourires.

Dans le tourbillon des bras blancs !

Regards échangés, tailles prises ; Partout le roman adoré.

Eros, envolé dans les frises.

Joue avec son carquois doré.

LE TOUBBILLON

Poîiv Emile Goujon

Que notre tente soit de porphyre ou de toile, Le même vent nous bat comme un seul papillon : Du nadir au zénith, de la fleur à l'étoile, Tout n'est qu'un tourbillon.

Le chêne, vêtu d'ombre et de feuilles sans nombre, N'a montré sa splendeur à l'azur étonné Que pour abandonner aux folles mains de l'ombre Son front découronné.

Le grand peuplier vert, debout sur les prairies, Ne s'est miré longtemps au bord calme des eaux Que pour laisser tomber de ses branches flétries • Les nids vides d'oiseaux.

Les feuilles qui luisaient au seuil joyeux des portes, Dans la longue chanson des couples enlacés. Volent en tournoyant comme des ailes mortes Ou des rêves blessés.

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