TRADUIT D'AUBANEL
Je suis monté, par-delà les vallées, Sur la montagne, en haut, vers le château ; Je suis monté sur les tours crénelées, Je suis monté là haut, là haut.
Blanche, ouverte au zéphir nouveau Comme les ailes d'un oiseau.
J'ai vu la voile d'un vaisseau Bien loin, bien loin,longtempsencore.
Et puis plus rien, plus rien que l'eau Dans le grand soleil qui la dore.
Alors d'en haut, alors j'ai dévalé Vers la mer vaste où mon âme est noyée ; Et j'ai couru comme un inconsolé, Et tout un jour, Zani, je t'ai criée!
LES BftTES
Comme j'allais vers les halliers, J'ai dit aux oiseaux familiers Qui voletaient dans l'air sonore :
— Que chantez-vous quand vous chantez Au bout des rameaux argentés
D'aurore?
— Nous chantons, m'ont dit les oiseaux, L'adorable fraîcheur des eaux
Qui baignent les forêts prochaines, L'extase des beaux amoureux, Le tourbillon des vents au creux Des chênes.
Pendant que je rêvais, les yeux Perdus danslinfini des cieux, J'ai dit à l'hirondelle noire :
— Quand ton aile accourt ou repart.
Quelle est dans l'éther bleu ta part
De gloire ?
i82 ROSES DU LAURIER
L'hirondelle m'a répondu :
— Jamais un instant de perdu, Dès l'heure où le labeur m'appelle !
Le malheur commun nous unit,
Et ma gloire est d'être au vieux nid Fidèle
Comme j'arrivais près des bois.
J'ai dit au loup fauve et sournois
Qui passait, montrant ses dents blanches
— Où vas-tu, seul et te glissant Dans l'ombre vaste qui descend
Des branches?
Le loup m'a répondu : — Je vais Où s'en vont nos désirs mauvais ; Car vous êtes ce que nous sommes, Et si je fais peur au soleil.
C'est parce que je suis pareil Aux hommes !
Sovembre 1896.