LA REINE
J'ai par-dessus l'épaule blanche Entr'ouvert d'un doigt diligent La chemise qui vers la hanche Est descendue en voltigeant.
Eros vaguait dans les clairières, Semant le trouble des aveux :
J'ai bouclé les deux jarretières Sur les genoux fins et nerveux.
Les ramiers et les tourterelles Se becquetaient dans le matin :
J'ai fait sous les rondeurs jumelles Craquer le corset de satin.
Un vieux merle, raillant ma joie, M'a dit : « Que fais-tu là, réponds ?» Je nouais les cordons de soie, Dans le tremblement des jupons.
Tant et si bien, ô reine belle, Qu'à la fin vous trôniez encor Dans un triomphe de dentelle, Sous la haute couronne d'or!
Puis, j'ai regardé la feuillée.
Les fleurs, Taube, le firmament ; Et je t'ai redéshabillée.
Sans savoir pourquoi ni comment !