‹ Les roses du laurierChapitre 79 sur 114 · ENCORE A MARSEILLE · texte numérisé non relu

ENCORE A MARSEILLE

Tes vaisseaux neufs, tout blancs du lever des étoiles, Sont comme des ramiers qui rêvent de partir ; Tu jettes à tes pieds, en déroulant tes voiles, Le peuple de Cartilage et la plèbe de Tyr.

Tu n'as qu'à dénouer un moment ta ceinture, Tu n'as qu'à te montrer avec ton signe au front Pour faire autour de toi, dans l'immense nature, Eclore des cités où les hommes viendront.

Lorsque Massilia s'évade de Phocée, Quand Marseille à son tour s'évade du vieux mur, C'est toujours toi qui fais pour l'humaine pensée Découper par les Dieux un manteau dans l'azur !

C'est toujours toi qui tends le luth divin d'Homère Aux poètes épris d'un beau rêve innocent; Car la Grèce est l'aïeule et Marseille est la mère De tous ceux que la muse a frôlés en passant.

Au seuil des temps nouveaux, pendant que tu t'envoles Sous le souffle des Dieux et du destin changeant, La Provence t'apporte, au bruit des farandoles, Le rameau d'olivier baigné d'aube et d'argent.

Tous les rythmes épars se réveillent ensemble ; Un autre Phidias, Pierre Puget a lui, Et l'aube est éblouie et la lumière tremble Devant les marbres nus qui tremblent devant lui.

Pais ce sont les vengeurs, c'est la foule hagarde Qui s'en va secouant la pique et le flambeau : Le ciel profond est rouge et Marseille regarde Flamboyer le tonnerre au poing de Mirabeau.

Reste fière et debout comme un rocher sur Tonde, O ville fraternelle, asile des proscrits ! La trace de tes pas dans les sentiers du monde Va de la Grèce à Rome et de Rome à Paris.

Tu fais ton dur labeur comme une grande abeille ; Quand la liberté dort tu sonnes le réveil. Et le barde inspiré salue en toi, Marseille, Un poème de pierre éclos dans le soleil !

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