‹ Les roses du laurierChapitre 95 sur 114 · A LA JEUNESSE PORTUGAISE · texte numérisé non relu

A LA JEUNESSE PORTUGAISE

Au nom du comité d'étudiants de V Université de Cohnbra, nous demandons au poète des « Evocations » un chant pour le Portugal qui aura un écho dans tout notre pays.

(extrait d'uxe adresse des étudiants portugais.)

Puisque vous demandez une strophe à ma lyre Pour votre fier pays qu'émeut un saint délire, Il ne sera pas dit que je me serai tu, Que j'aurai refusé mon chant expiatoire A ce peuple qui sait, au niveau de sa gloire, Maintenir sa vieille vertu.

Certes,je suis hostile aux fracas de Fépée; Quand la terre est en fleurs, je l'aime mieux trempée De gouttes de soleil que de gouttes de sang. Mais qu'un noble pays, un peuple, une patrie Lève les bras au ciel, proteste, appelle, crie ; Et me voilà tout frémissant !

Me voilà, souhaitant les tragiques revanches, Pâle, oublieux des nids éclos aux creux des branches, Evoquant le clairon, dédaigneux du pipeau. Parce que j'ai cru voir, en l'ardente mêlée, Des drapeaux souffleter de leur frange étoilée Les couleurs d'un autre drapeau !

Ce n'est point le caprice éphémère des hommes Qui façonne le peu de cendre que nous sommes A l'image du sol où dorment les aïeux : Le pays où l'on naît, où l'àme rêve et prie. C'est de l'humanité siècle à siècle pétrie, Devant l'éternité des cieux.

Dans l'histoire, à l'appel des trompettes épiques, Votre vieux Portugal se hérisse dépiques, Barde ses flancs d"acier, dresse partout ses camps, Tonne, gronde et fait signe aux puissants de se taire, Comme s'iLétait né du baiser de la terre. Du jet de flamme de^ volcans!

Le glaive déposé, la paix noblement faite, 11 accueillait la Muse avec des cris de fête : Bernardin Ribeiro lui chantait les amours ; L'idéal rayonnait, la lyre était bénie ; Vos troubadours étaient des rois par le génie, Vos rois étaient des troubadours !

Page 1