‹ Les roses du laurierChapitre 96 sur 114 · A LA JEUNESSE PORTUGAISE · texte numérisé non relu

A LA JEUNESSE PORTUGAISE

Virgile tressaillit, Dante leva la tête; I.a gloire qui planait cria : << C'est le poète! » Une étoile surgit à l'horizon lointain, Quand votre Camoëns, swblime enfant d'Homère, Franchit, avec son livre au poing, la vague amère. Moins amère que son destin !

Et de quel droit un peuple, en son brutal vertige, Rêve-t-il de briser votre antique prestige, Comme un vent orageux brise les grands blés d'or ? Au nom de quelle loi saintement proclamée, Dresse-t-il devant vous sa face de fumée. Ainsi qu'un autre Adamastor ?

Quoi! vos hardis marins, vos vaillants capitaines Seraient allés planter sur les rives lointaines Les radieux drapeaux que l'histoire acclama ! Vous auriez déployé vos voiles dans l'espace! Vous auriez sur la mer, comme une souffle qui passe. Déchaîné Vasco de Gama!

Quoi! vous auriez partout, au bord des vastes ondes. Conquis des îles d"or, bâti de nouveaux mondes. Au prix de sacrifice et des espoirs déçus! Et dans son fol orgueil, fait de brume et de cendre, L'Angleterre aujourd'hui n'aurait plus, pour les prendre, Qu'à jeter son filet dessus?

Ah! soyez confiants, travaillez, hâtez l'heure. Elle viendra. Debout! La justice demeure ; Elle est la blanche étoile en un ciel ténébreux. Fouillez tout le passé, lisez toute l'histoire : Les peuples sont battus par leur propre victoire, Quand ils n'ont pas le droit pour eux.

Ils ont beau s'écrier que la force est auguste, Qu'on féconde la gloire en violant le juste, Que l'avenir absout les lauriers mal acquis : Tout à coup le Destin, environné de flammes, Fait gronder à leurs pieds une tempête d'âmes; Et l'ancien sol est reconquis !

Jeunes gens, vous ferez ce qu'ont fait vos ancêtres. Vous direz aux passants qui s'érigent en maîtres : « Nous sommes les vaillants, si vous êtes les forts!» Et vous les chasserez tôt ou tard et quand même, Dussent vos bras s'armer, pour la lutte suprême, Des ossements sacrés des morts !

Juin 1890.

Page 1