‹ Les rosesChapitre 14 sur 105 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Ainsi que nous le verrons un peu plus loin, la culture du Rosier, léguée par l'antiquité, n’a jamais cessé en Europe; mais ce sont les Maures d’Espagne qui les premiers, parmi les peuples modernes, ont donné à cette culture une attention particulière. La belle plaine de Valence, les jardins de Cordoue et de Grenade étaient de vrais parterres dé roses, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Dans les jardins de l’Alhambra on voit encore quelques touffes vigoureuses de rosiers, derniers vestiges des jardins de fleurs qui embellissaient jadis ce palais enchanteur. On possède quelques traités arabes, datant de plusieurs siècles, sur la culture du Rosier, et ce qu'ils en disent fait voir qu’elle différait fort peu de celle que nous pratiquons. Les Maures regardaient comme autant d'espèces loutes les variétés notables qu’ils-obtenaient par le semis. Ils semaient en automne et multipliaient en hiver par éclats de pieds, par boutures de branches ou de racines, par marcottes, et enfin par greffes sur l’églantier des haies.

Ils soumettaient les rosiers à la taille, leur faisaient prendre

des formes régulières, et poussaient même le raffinement jusqu'à faire ces curieux assemblages de fleurs hétérogènes, imités par les horticulteurs italiens, et auxquels on a donné le nom de greffe des charlatans. On sait que l'opération consistait à percer le tronc d’un arbre dans sa longueur, à y faire passer des pousses de rosiers, qui, fleurissant sur ce tronc étranger, faisaient croire au vulgaire que l’arbre donnait en même temps des fruits et des roses. Cet artifice, abandonné depuis longtemps, ne tromperait personne aujourd'hui. Il n’est pas d’apprenti jardinier qui ne sache que la greffe vraie n’est possible qu'entre arbres congénères, et que dans la greffe des charlatans il n°y a que juxtaposition, plus ou moins adroitement dissimulée, d'arbres hétérogènes, et non point soudure véritable.

Lorsqu'une roseraie, devenue trop vieille, ne donnait plus de fleurs, les Maures y mettaient le feu, la labouraient avec la fourche et obtenaient, dans le temps des pluies, des pousses vigoureuses qui fleurissaient la deuxième année.

Un fait curieux c’est que, si nous en croyons Abn-el-Jaïr, auteur arabe, il existait alors des roses bleues! « Il y a, dit-il, des rosiers de plusieurs couleurs : incarnats, blancs, fauves ou jaunes, de couleur lapis-lazuli ou bleu céleste. II y en à qui ont cette dernière couleur en dehors et qui sont jaunes en dedans. En Orient, on connaît des roses panachées de jaune et de bleu céleste, l’un à l’intérieur, l’autre à l'extérieur du -calice (la corolle). La rose blanche à cœur jaune est très-commune à Tripoli, en Syrie; la rose jaune à cœur bleu se rencontre du côté d'Alexandrie. »

Ïl est à croire, en lisant ce passage, que l’auteur n’en parle que par ouï-dire, car un autre auteur arabe contemporain, Abn- Abdallah, dit, sans citer la rose bleue : « Il y a quatre espèces de roses : l’une, connue sous le nom de double blanche, d’une

odeur exquise, dont le calice réunit plus de cent pétales; la jaune, qui à la couleur de l’or, éclatante comme la jonquille ; la brune, qui tient de la teinte violette; enfin l’incarnate, qui est la plus commune de toutes. » Et plus loin: « On compte un grand nombre d'espèces de rosiers : ceux de montagnes, ou sauvages ; les doubles, dans les nuances rouges et blanches, et ceux de la Chine. Le rosier double des jardins est l'espèce par excellence; sa fleur blanche, nuancée de couleur de chair, se compose de quarante à cinquante pétales au moins. »

Il est certain que la Rose fut de tout temps une des fleurs les plus cultivées en France. Charlemagne recommande dans ses Capitulaires de planter ses jardins de roses. Saint Grégoire de Tours nous rapporte qu’en l'an 584 les roses eurent une floraison très-prématurée. Nous ignorons toutefois quelles étaient les espèces cultivées avant les croisades, car c’est à cette époque que furent introduites, dit-on, la Rose de Damas et la Rose de Provins par Thibault, comte de Champagne et de Brie, à son retour de Palestine. Ce n’est qu'à partir de la fin du siècle dernier que la Rose commenca à être cultivée en collections, et ce furent les Hollandais qui obtinrent, les premiers, par le semis, un certain nombre de belles variétés qu’ils introduisirent dans le commerce. Il est singulier que la Rose ait été si négligée par les amateurs des xvrr° et xvi° siècles, qui poussaient jusqu'à la folie le culte des Tulipes et des Renoncules; aussi ne trouvons-nous que peu de documents sur les espèces de roses qu’ils soumettaient à la culture.

Mizault, auteur du premier ouvrage spécial de jardinage, publié en 1535, ne cite que quatre espèces de roses. Plus tard, en 1600, le célèbre agronome Olivier de Serres donna la liste suivante : « Les rouges sont celles de Provins, propres à faire la conserve; les incarnates, dites de Provence, celles

d'où l’on distille la bonne eau de roses; l’une des blanches, outre la couleur, est au reste semblable à l’incarnate; l’autre est la damasquine ou musquate, ainsi dite de sa précieuse senteur. »

La Quintinie, jardinier de Louis XIV, qui réunissait les plus belles fleurs dans les jardins de Versailles, ne paraît pas faire grand cas de la Rose. Voici la liste qu’il nous donne des variétés alors cultivées : « La Rose odorante, la Rose sans « odeur, la Rose de Hollande à cent feuilles, la Rose blanc de lait, « la Rose blanc roux ou Rose de Virginie, la Rose blanche tachée, « la Rose rouge pâle, la Rose couleur de chair, la Rose rouge « couverte où de Provins, la Rose panachée, la Rose capucine, la « Rose de tous les mois, qui est une espèce de muscade rouge, « portant ses fleurs en bouquets, la rose qu'on appelle Grande, « et enfin la ose de Damas ou Muscade. »

Le Jardinier fleuriste de 1742, ouvrage des plus complets et encore consulté avec fruit, nous donne le nom de douze variétés, et dit que « les plus belles sont celles de la Hollande « à cent feuilles, celles de tous les mois et les panachées. »

Le Bon Jardinier de 1761, une des premières éditions, nous donne dix espèces, entre autres « la Rose de Bourgogne, qui n’est « pas plus large qu’une pièce de douze sols, la Rose de Cham- « pagne, qui est un peu plus grosse et très-rouge, la Rose Prin- « cesse, qui est simple et dont la couleur est blanche et aurore « foncée, etc. »

Le Bon Jardinier de 1786 décrit dix-huit variétés, entre autres « la Mousseuse et la Rose Cannelle, cette dernière ainsi nommée à cause de « son bois; elle fleurit, dit-il, avant toutes les autres roses, « mais elle n’est pas bien faite. »

Citons ensuite Filassier (1795). Les roses cultivées à la”

fin du siècle dernier étaient, suivant cet auteur : la Cent-feuilles,

le Rosier des quatre saisons, l'un à couleur de chair, l’autre à fleurs blanches, et un troisième à fleurs rose très-pâle, le Rosier mousseux, le Rosier à fleurs simples et doubles, le Rosier Pompon de Bourgogne, le Rosier pâle et le Rosier nain de Champagne à fleurs pourpres, le Rosier Cannelle, la Rose purpurine de France, la Rose incarnate, la Rose d'Espagne, la Rose de Pensylvanie, la Rose cramoïsie, la Rose Reine ou prolifère, la Rose des Alpes, la Rose ponceau ou capucine, la Rose de Provins, qui a deux variétés, l’une dite de chou, parce que ses pétales en prennent la forme, et l’autre à fleurs doubles très-nombreuses, mais plus petites, la ARose d'Angleterre ou panachée de Flandre, le Rosier Jaune, le Rosier blanc, le Rosier de Virginie, le Rosier de Damas.

Nous avons dit qu’au commencement de ce siècle les Hollandais furent les premiers qui s’occupèrent de la multiplication des variétés de rosiers par le semis; ils en obtinrent ainsi de remarquables des rosiers de Damas et de Provence, mais bientôt ils furent suivis par quelques horticulteurs français, au nombre desquels nous citerons Dupont, qui, encouragé par une gracieuse protectrice des fleurs, l’impératrice Joséphine, forma une colleclion spéciale de rosiers, composée en grande partie de Provins non remontants. Un horticulteur de Saint-Denis, Descemet, possédait également une fort belle collection de 300. variétés, mais, craignant les désastres de l’invasion de 1815, il la céda à M. Vibert, qui la transporta à Champigny-sur-Marne malgré l’époque avancée de la saison. Dans celte collection était compris un semis de dix mille rosiers, qui furent la souche de la collection de Vibert, restée sans rivale pendant une vingtaine d'années. D’autres collections importantes se formèrent à cette époque; elles ne comprenaient que des roses non remonlantes,

il est vrai, mais qui rachetaient ce défaut par une floraison

luxuriante, une vigueur et une rusticité remarquables. Les Provins et Provence formaient le fond de ces collections, qui contenaient plusieurs centaines de variétés, aujourd'hui en partie disparues. |

L'introduction des belles espèces dites de l’Inde, quoiqu'elles fussent originaires de la Chine, fit peu à peu une révolution dans la culture des roses. Une d’entre elles, la Rose de Bengale, dite 1ndica ou sinensis, rapportée de Canton en Angleterre par le voyageur Ker, mais qui doit son nom à ce qu’elle s’est arrêtée quelque temps en chemin au Bengale, fut cultivée vers AS0L dans les serres tempérées du Muséum, et ce ne fut qu’en 1804 que le commerce la fit pénétrer dans les serres des amateurs, où on se la montrait comme une merveille: mais bientôt cultivée en pleine terre elle finit par orner les jardins de sa floraison perpétuelle.

Cest un médecin distingué de Paris, grand amateur de roses, qui s’est procuré, le premier en France, le rosier Bengale ordinaire ; il le présenta au vénérable À. Thouin, qui ne voulut y voir qu'une variété du Cent-feuilles avec le faciès d’une plante de l’Inde. Le Docteur Cartier fit de nombreux semis de ce rosier, et, en 1618, il obtint le Bengale ordinaire à fleurs doubles, si répandu dans nos jardins.

La Rose de Bengale attirait surtout l’attention des amateurs par les caractères assez tranchés qui la distinguent : son bois d’un beau vert lisse, ses aiguillons épars et diversement nuancés de rouge vif, ses feuilles d’un vert brillant et uniformément composées de à à » folioles, ses corymbes de 3 à 7 fleurs à l’extrémité de chaque bourgeon et se renouvelant sans cesse, enfin et surtout la délicatesse de sa fleur, malheureusement inodore, ce qui dans l’ordre floral fait le même effet que dans la société une belle femme sans esprit. On reproche de plus au rosier de

Bengale le manque d'amplitude des corolles. Ces défauts firent peu à peu abandonner les centaines de variétés successivement

cultivées en collection; néanmoins cette belle race a continué et

continuera à orner merveilleusement nos massifs. On recherchera toujours, pour corbeilles et bordures, le brillant Cramoïsi supé rieur, dont le bois et le jeune feuillage sont d’un beau pourpre foncé. Citons encore la miniature du genre, le Petit Bengale Lawrence, introduit de l’île Bourbon par miss Lawrence, auteur d’un ouvrage anglais sur les roses.

Une autre espèce, peu distincte du Bengale, la Rose The, fut introduite directement de Chine en Angleterre en 1789: adressée de Londres à l’impératrice Joséphine en 1810, elle se répandit dans la culture vers 1816; on lui donna depuis le nom qu’elle porte aujourd’hui, en raison de l’odeur particulière et itrès-douce de ses fleurs.

La Rose Thé, plus délicate que le Bengale, ne se distingue de lui que par quelques caractères peu tranchés : un ovaire plus gros et plus court, une fleur plus large et odorante, et des nuances plus lactées. Les caractères du premier rosier thé se sont d’ailleurs fondus dans sa descendance et mêlés avec ceux des Bengales. Le Bengale-Thé est sensible à la gelée, et il a souvent le défaut de mal soutenir ses fleurs, dont les supports sont trop grêles et l’on pourrait dire presque filiformes ; mais ces roses cueillies et réunies en bouquet ont une grâce sans pareille, à laquelle elles doivent d’être particulièrement recher chées des artistes et des peintres de fleurs.

Il est certain que les roses Cent-feuilles, les Provins et la plupart des roses non remontantes, anciennement cultivées, possédaient le mérite de la grâce, de la légèreté de la pose, et souvent une vigueur de végétation dont nos rosiers-lige ne peuvent donner l'idée. Bien des amateurs se rappellent encore les forts

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rosiers de la collection du Luxembourg, énormes touffes chargées littéralement de milliers de fleurs.

Aujourd’hui les horticulteurs, plus difficiles, n’admettent plus en fait de roses remontantes que des plantes vigoureuses et d'une bonne tenue, et le défaut capital des rosiers remontants, la tige déprimée dans la masse du feuillage, tend à disparaitre; on trouve maintenant dans ces plantes de choix des types parfaits d'élégance, de vigueur, et d’un mérite hors ligne.

Dès l'apparition de Ja Rose thé, les horticulteurs de l’Anjou, contrée dont le climat est si favorable au rosier, la cultivèrent avec un soin particulier et obtinrent un choix de variétés qui sont toujours restées à la tête du genre, entre autres : Miphétos, Sombreul, Devoniensis, Bougère, Safrano. Citons également comme de premier ordre les roses Triomphe du Luxembourg et Prince d'Esterhazy, obtenues par M. Hardy, jardinier en chef du palais du Luxembourg, puis Mélanie Willermoz, Jean Pernet, Adrienne Christophe, Belle Mäconnaïse, dues à des horticulteurs lyonnais. |

Une série d'espèces à rameaux sarmenteux fut introduite de Chine à diverses époques; elles seraient bien plus répanduessi certaines variétés, des plus remarquables, n'étaient pas sensibles aux gelées, mais cet inconvénient n’existe pas pour le ARubifolia et le Sempervirens. Ce dernier nous a donné une variété précieuse entre toutes, tant pour la beauté et l'élégance de ses petites fleurs qu'à cause de sa végétation extraordinaires; cette rose, nommée Félicité Perpélue, fut obtenue en 1828 par Jacques, jardinier au château de Neuilly. Nous regretterons toujours que l’on n'utilise plus pour la décoration des jardins ces beaux rosiers vigoureux qui garnissaient les massifs de leurs touffes fleuries et enveloppaient de guirlandes de fleurs les tiges des arbres les plus élevés.

Il en est de même pour une autre race, le Rosier Ayrshire, qui leur est inférieur par là floraison, mais qui présente une végétalion encore plus vigoureuse et décore admirablement les rochers, les arbres et les berceaux. Découvert dans un jardin du comté d'Ayr, en Écosse, et supposé hybride du Rosier des champs (À. arvensis) et de quelque espèce des Indes indéterminée, le Rosier Ayrshire n’est pas cultivé comme il le mérite, faute d’être connu des amateurs de jardins pittoresques.

Quelques rosiers à types tranchés et d’une origine botanique incertaine ont produit aussi par la culture des races intéressantes. Citons le Rosier Noisette, envoyé, comme nous l’avons dit ci-dessus, des États-Unis à Paris. Cest, dit-on, un hybride de la rose musquée, fécondée par une rose des Indes, mais cette origine est fort controversée, car on a trouvé depuis, dans quelques semis d'espèces indigènes, des sujets qui présentaient tous les caractères et le port du Rosier Noïsette. Ce type, qui se distingue par son grand développement, diffère du Rosier Bengale par trois caractères principaux : le bois fleæueux, les sept folioles et les fleurs nombreuses en corymbe, plus ou moins larges et odorantes.

Parmi les plus belles variétés de cette race, nous citerons les roses ÂVossette Desprez, Labiche, Ophirie et Aimée Vibert : cette dernière est la plus cultivée. Elle orne communément les tombes de nos cimetières de son feuillage sombre et de ses bouquets de fleurs d’un: blanc virginal. D’autres variétés plus nouvelles, les roses Gloire de Dijon, Céline Forestier, Zélia Pradel, etc., sont venues compléter ce beau genre, qui sera toujours conservé dans nos cultures, grâce à sa splendide végétation.

Une autre forme du Rosier Thé fut introduite, en 14820, de l’île Bourbon, dont elle prit le nom. A leur retour des Indes,

des vaisseaux qui relächaient dans celte île y transportèrent quelques rosiers primitivement tirés de la Chine. Ces arbustes y prospérèrent et servirent à former des haies autour des plantations. En 1817, M. Bréon, directeur du jardin botanique de l’île, découvrit, dans la haie d’une plantation de l’ancienne compagnie des Indes, appartenant à M. Édouard Perrichon, un de ces rosiers, qui se distinguait par une végétation particulière. C'était probablement un hybride du Rosier de Bengale et du Rosier bifère, espèces dont la haie était formée. M. Bréon en envoya des graines à M. Jacques, jardinier du château de Neuilly; celui-ci les sema et obtint quelques variétés du type nommé à l’île Bourbon Rose Édouard. En 18214, un individu de ce pied-mère fut rapporté en France par M. Neumann, jardinier du Muséum.

Les premiers rosiers /le-Bourbon, car c’est là le nom qu’on leur donne depuis, se distinguaient par un feuillage bien arrondi, franchement denté et d'une teinte glauque, comme le jeune bois par des fleurs de trois à cinq rangs de pétales réguliers, bien ordonnés, et d’une carnation assez vive, toute particulière, tirant sur le rose de Chine, et surtout par de courts et forts rameaux armés de larges aiguillons. Les variétés obtenues de la culture étaient encore peu méritantes lorsqu'un amateur distingué, M. Desprez, en 1831, obtint à Yèbles (Seineet- Marne) deux variétés des plus remarquables, M" Desprez et Charles Desprez, puis, plus tard, Comice de Seine-et-Marne. M. Desprez fut un de ceux qui firent faire le plus de progrès à la culture du Rosier; plusieurs milliers de sujets de semis lui donnèrent successivement des gains admirables : la Moisete Desprez, plante hors ligne, et la Baronne Prévost, qui se rencontre dans tous les jardins, et qui a le singulier mérite d’être le modèle de rose presque exclusivement imité par les fabricants

de fleurs artificielles, avantage qu'elle doit à sa forme parfaite et à un chiffonné de pétales des plus gracieux. Nous remarquerons que les roses mises en première ligne par l'horticulture sont d’une facture trop compliquée pour l'artiste, qui leur préfère les roses moins doubles, se rapprochant davantage des types naturels; aussi cultive-t-on au Muséum, à côté de nos belles roses d'amateurs, un certain nombre de fleurs semi-doubles, de peu de mérite pour l’horticulteur, mais destinées à servir de modèles aux élèves du cours de peinture, qui, dans cet établissement, conservent si dignement les traditions des Redouté et des Yan.

Les hommes positifs peuvent sourire à la vue de l’amateur passionné de fleurs; ils pensent aussitôt au fou-tulipier qui lui sert de type et qui fut si finement raillé par La Bruyère; mais ne devraient-ils pas plutôt se plaindre eux-mêmes de ne pas ressentir, dans l’âge mûr, ces sentiments, cet amour du beau dans la nature, qui sont le partage de quelques individus privilégiés dont le cœur ne se refroidit pas avec l’âge, et qui leur doivent tant d'heures délicieuses? Tel était Desprez; après s'être * si souvent incliné vers la terre pour admirer une des œuvres les plus parfaites de la création, cet amateur enthousiaste se fit apporter, la veille de sa mort, une de ses roses aimées, celle qui porte son nom, pour y jeter un dernier regard avant de s’éteindre dans le calme de la paix.

Les rosiers le-Bourbon, ayant donné quelques variétés distinguées, celles-ci furent l’objet de semis répétés, et de nouvelles variétés d’un coloris hors ligne furent obtenues. Un horticulteur de Bagnolet, Souchet, eut la bonne fortune de rencontrer dans un semis de quelques graines de rosiers Ile- Bourbon plusieurs nouveautés de premier ordre : Souchet, Charles Souchet, Comte de Rambuteau, variétés qui furent très-recher-

chées et qui font encore partie des collections. Cette obtention est d'autant plus remarquable, qu’il arrive communément qu’un semis de plusieurs milliers de graines ne donne aucun gain digne d’être classé au premier rang. C’est à la même époque que Béluze, horticulteur de Lyon, obtint la perle du genre, l’admirable Souvenir de la Malmaison, fleur digne de rappeler les lieux habités par un modèle de grâce et de bonté.

De nos jours, excepté certaines variétés, lés rosiers [le- Bourbon sont un peu délaissés, surtout depuis qu’il a été obtenu des races remontantes à teintes pourpre vif; on pouvait parfois leur reprocher lirrégularité de leur végétation, mais leurs fleurs sont souvent d’un coloris admirable. De plus, ils ont généralement l’avantage d’une floraison hâtive. Une corbeille du rosier Ile-Bourbon Hermosa est en pleine floraison plusieurs semaines avant celles qui sont formées d’autres espèces. Il nous souvient que, jeune encore, nous possédions un petit parterre de rosiers, et que tous les ans la superbe rose Reine des îles Bourbon ouvrait la saison des roses. Seul, ce rosier se développait chargé de nombreuses fleurs du rose carné le plus frais, au milieu de rosiers voisins qui soulevaient à peine leurs boutons verdâtres : aussi le souvenir de cette charmante plante nous l’a-t-il toujours fait comprendre dans une plantation de rosiers.

Les variétés issues de la rose Cent-feuilles ont toujours été en petit nombre dans les collections. M. Vibert, un des rosiéristes qui ont le plus cultivé cette espèce, assure n’avoir jamais vu le Gent-feuilles, ni ses accidents, produire des graines fertiles, hors toutefois la variété à cinq pétales ; mais peu de fleurs sont aussi sujettes à produire de telles anomalies de végétation, changement de forme et de coloris de la fleur ou du feuillage. M. Vibert collectionna ces variations, et quelques-unes des plus remarquables sont encore cultivées; beaucoup d'amateurs

les croient, à tort, issues de graines. Nous citerons entre autres la Rose mousseuse, ou mieux moussue, la Cristata et le Centfeuilles, la Aose des peintres, obtenu par les Hollandais, qui se fait remarquer par ses dimensions plus fortes, l'Unique panachée, et enfin la Rose Pompon, charmante réduction du type, trouvé à l’état sauvage, en 1735, sur une montagne des environs de Dijon par un jardinier qui y coupait du buis.

D’autres variétés présentent parfois des anomalies singulières de feuillage : la Cent-feuilles à feuilles de laitue, par exemple; mais c’est la Cent-feuilles moussue qui, par les franges vertes et soyeuses des divisions de son calice, offre le caractère le plus intéressant pour l’horticulteur. [l est certain que cette modification curieuse se présente très-rarement sur des rameaux du Cent-feuilles ordinaire. Nous avons vu une anomalie opposée chez notre collaborateur M. Jamain : un rosier moussu donner un rameau du Cent-feuilles ordinaire parfaitement revenu au type. C’est M"* de Genlis qui, dit-on, aurait vu pour la première fois la rose Cent-feuilles moussue en Angleterre, et l'aurait introduite en France; mais le Jardinier fleuriste de 1746 la cite comme étant cullivée à cette époque dans le Cotentin, le Messin et sur le littoral de la Manche. Elle fut apportée dans ce pays par Fréard Ducastel, qui l'avait trouvée à Carcassonne, où elle était connue depuis un demi-siècle. Une modification des plus curieuses est également celle que présente la rose Cristala, variété qui se distingue par son calice crêté, en feuilles de persil frisé. Vibert nous dit l'avoir reçue d’un botaniste de Fribourg, qui l’avait trouvée sur un vieux pied de Gent-feuilles dégénéré, dans le jardin du château ruiné d’une ancienne commanderie. C'est surtout la Rose des Peintres qui à servi de modèle aux premiers peintres de fleurs, Redouté, Van Spændonck, etc., l'amplitude des pétales offrant

à leurs pinceaux des effets de teintes plus facilement imitables.

Vers 1840, une grande révolution se produisit dans les collections de rosiers, par l'apparition de la série des hybrides remontants. Peu d'espèces de plantes sont aussi sujettes à s’hybrider que la rose; aussi lorsque les rosiers des Indes furent introduits dans nos jardins et placés à côté de nos rosiers indigènes, se fécondèrent-ils mutuellement; il en résulta que les semis, qui n'avaient, jusque-là, donné que des variétés peu tranchées, produisirent des types nouveaux complétement différents des pieds-mères, et tenant par certains caractères de la rose des Indes et par d’autres de celles d'Europe. Ce sont ces nouvelles races qui ont formé le type remontant, ayant en partie la floraison printanière des rosiers d'Europe et en partie la floraison continue de ceux des Indes.

Voici l'historique des progrès de cette culture :

On connaissait depuis longtemps la rose dite des Quatre saisons, quoique ce ne fût qu'accidentellement, et par suite d’une taille d'été, que cette rose était susceptible de remonter. Cette variété, issue du Damas, très-florifère, très-odorante et très-rustique, était cultivée en grand pour les bouquets et pour la parfumerie. Tout le monde a entendu parler des vastes cultures industrielles de rosiers, qui se sont développées aux alentours de Fontenay-aux-Roses. Un autre village des environs de Paris, Puteaux, se livrait à la même industrie, mais elle est bien réduite aujourd’hui; la rose que l’on y cultive diffère un peu de celle de Fontenay, et sa souche drageonne moins.

En 1815, les roses remontantes étaient encore rares; on ne citait dans, cette série du Portland que les bifères Palmyre et Venusta, lorsque, au mois d’août de cette même année, la Rose du Roi fut obtenue d'un semis fait en 1814 par M. Souchet, jardinier chef au fleuriste de Sèvres, près Saint-Cloud. Frappé de

voir une plante si constamment florifère, M. Souchet la montra au comte Lelieur, directeur des jardins de la Couronne, et le pied-mère, bien soigné, donna une belle floraison en 1816. Elle porta d’abord le nom de Comte Lelieur et prit ensuite celui de Rose du Roi, à cause de la préférence que lui donnait le roi Louis XVIIT. Elle est parfaitement remontante et son mérite ne peut être contesté. Cette même année, M. Écolfey ayant succédé à M. Souchet, la fit connaître aux amateurs.

La Rose du Roi a eu pendant longtemps une grande importance au point de vue commercial. Elle n’est pas, il est vrai, un modèle de forme, mais la tenue de la plante, la régularité de sa végétation, qui la rend particulièrement propre à la culture en pots, et surtout la grâce de son bouton, si bien disposé pour former un bouquet, en ont fait une plante spécialement appropriée pour le marché. On peut dire que c’est la Rose du Roi qui fait le fond du commerce des plantes fleuries et coupées. Plus de deux cent mille rosiers du Roi sont livrés annuellement par l'horticulture parisienne. Obtenus premièrement dans les grandes cultures de la Brie, livrés en hiver aux fleuristes parisiens et cultivés avec une habileté remarquable, ils apparaissent sur les marchés de Paris brillants de fraîcheur et d'éclat, et sont achetés le plus souvent pour fêtes de famille. Ils-vont indis- -tinctement orner le salon du premier étage et l’humble fenêtre de la mansarde, unique jardin de la pauvre ouvrière, à qui la vue de ses fleurs fait paraître moins longues les heures de travail. Elle les aime, elle les surveille et, chaque matin, épie avec bonheur le développement des boutons. Mais que de fois cette douce joie se change en regrets lorsque, faute d’air et de lumière, le pauvre rosier se flétrit et meurt, exilé des jardins qui l'ont vu naître !

Les hybrides issus des rosiers européens et des rosiers de

Chine n'étaient pas remontants dans l’origine, et, en leur qualité d'hybrides, ils ne donnaient pas de graines fertiles, lorsqu’en 1830 M. Guérin, horticulteur à Angers, obtint Wallon, variété de premier ordre qui devrait se montrer dans tous les jardins. À la même époque, Jacques, jardinier du roi à Neuilly, obtint du rosier Portland l’hybride Athalin, variété qui, comme Malion, est un excellent porte-graine. Athalin croisé avec la Rose du Roi donna plus tard des rosiers remontants, ayant le caractère du Portland, c’est-à-dire le pédoncule court et roide et la fleur cachée dans les feuilles, ce qui distinguait les premières variétés issues d’Athalin, variétés faibles de végétation et peu franchement remontantes. Les rosiéristes ont donné à ces formes dérivées du Portland le nom d’Hybrides de Portland, pour les distinguer des autres hybrides remontants.

Plus tard, Guérin obtint du rosier Malton le rosier Gloire de Guérin, variété naine, mais qui, à cette époque, était un gain précieux. Jusqu'en 1835, les catalogues ne contenaient que des séries d'hybrides non remontants, mais bientôt il se passa un fait physiologique digne d’être remarqué. Peu à peu, les semis d'hybrides prirent le caractère des rosiers de l’Inde, tout en conservant la tenue de nos rosiers européens, et les semis qui ne donnaient que de rares remontants en fournissent à présent en majorité. En 1835, on voit mentionner un hybride remontant qui nous est inconnu, Sisley, obtenu par M. Sisley de Paris; toutefois c’est à M. Laffay, horticulteur à Auteuil, puis à Bellevue, que revient l'honneur d’avoir créé la race actuelle des hybrides remontants. Il obtenait, en 14837, les roses Prince Albert et Princesse Hélène; puis en 1839, le Comte de Paris, Madame Laffay, Louis Bonaparte; en 1840, la Duchesse de Sutherland et Mistress Elliot; enfin, en 1843, la superbe rose La Reine, son triomphe. Quelques rosiéristes, suivant la même

voie, obtinrent successivement des gains méritants; tels furent, en 1839, Aricie, par Plantier de Lyon; en 1840, Aubernon, par Duval de Montmorency, etc,

Une fois l’impulsion donnée, cette belle race hybride prit la première place dans nos jardins, et de nombreux semis portèrent le nombre des variétés classées à plus de mille; mais, tous les ans, des variétés anciennes sont délaissées pour de plus méritantes; celles surtout de faible végétation sont rejetées de la culture. Il faut cependant reconnaître que de fort bonnes plantes ont été abandonnées, par suite de procédés de

multiplication trop affaiblissants usités par quelques rosiéristes,

tels, entre autres, que le choix des yeux trop florifères, dans le

but de provoquer une prompte floraison et d’exciter la faculté remontante du sujet.

Parmi les rosiéristes qui obtinrent une réputation méritée pour les beaux gains qu'ils mirent dans le commerce, nous citerons M. Vibert, horticulteur à Angers; M. Desprez, propriétaire amateur à Yèbles, près Melun; M. Lafay, horticulteur à Bellevue, près Paris; M. Hardy, jardinier en chef du palais du, Luxembourg, et M. Verdier père, horticulteur à Paris. Ce sont eux qui, par une culture bien entendue et suivie, obtinrent les premières et les plus belles roses hybrides remontantes, et créèrent, pour ainsi dire, ce beau type. Ils eurent des imitateurs, mais il serait trop long de les citer tous. Mentionnons néanmoins, parmi les horticulteurs qui leur succédèrent, ceux qui ont le plus contribué à enrichir nos belles collections : MM. Margottin; Eugène Verdier fils aîné; Charles Verdier, qui à succédé à son père, Fontaine, Lévêque, Marest, H. Jamain, tous horticulteurs à Paris; MM. Granger, Gautreau, Cochet, horticulteurs à Brie; Quétier, à Meaux; J.-B. Guillot, Lacharme, Ducher, Pernet, Damaizin, horticulteurs à Lyon;

Robert, successeur de M. Vibert; Moreau et Trouillard, horticulteurs à Angers; Vigneron, à Orléans ; Pradel, à Montauban; Lartay, à Bordeaux; Garçon, à Rouen. | |

Gest évidemment à Paris et dans ses environs que la culture du rosier est le plus étendue et le mieux suivie; mais nous réclamerons comme appartenant à l’horticulture parisienne les rosiéristes de la Brie, qui livrent annuellement cinq à six cent mille sujets au commerce. C’est au centre de cette culture, à Brie-Comte-Robert, sous l'impulsion d’un amateur distingué, M. Bernardin, que quelques expositions spéciales de roses ont été faites, et c’est là qu’on a pu s'étonner de voir réunies jusqu'à soixante-quinze mille roses à la fois, dans tout l'éclat de leur fraicheur et de leur beauté.

Lyon rivalise avec Paris pour les semis de roses. MM. J.-B. Guillot, Lacharme, Ducher, Damaïzin, Pernet, déjà cités, nous ont donné des gains superbes; mais il nous sera permis de reprocher à quelques-uns des rosiéristes lyonnais le manque de goût qui les à portés à donner à leurs roses des noms où le prétentieux le dispute au ridicule, tels que ceux de Géant des batailles, Lion des combats! Nos pères avaient choisi des appellations plus douces : ils désignaïent leurs roses sous les noms de Coupe d'Hébé, Triomphe de Flore, la Vestale. De nos jours, les rosiéristes ont une tendance fâcheuse à donner à leurs gains des noms trop longs ou trop difficiles à prononcer; on en conviendra en lisant sur leurs catalogues : Rose Souvenir du voyage de Sa Majesté la reine d'Angleterre, Rose Madame la comtesse Lucie de Barante de Monthozon, Rose Monsieur le Baron de Heckeren de Wassenaer, etc. Aussi ces noms sont-ils le plus souvent estropiés dans la pratique, et rarement avec l’intelligence de ce jardinier qui s’avisa de transformer la Rose Marquis

de Dreux-Brézé en Rose marquée de deux baisers.

On pourrait, à la rigueur, donner le nom d’un homme utile ou celui d’un guerrier à une rose de nuance éclatante, encore devrait-on craindre les changements politiques, si l’on ne voulait pas voir la pauvre fleur subir le sort de son patron. En 4815, en France, la Rose Napoléon dut prendre le nom de Grand-Alexandre, tandis que les Belges lui donnaient celui de Folie du Corse. D’autres ont préféré sacrifier la malencontreuse fleur. Nous avons connu un vieux jardinier qui, à cette époque, fut chargé d’arracher chaque matin les violettes épanouies dans le parc de Saint-Cloud, ces fleurs étant déclarées factieuses au premier chef.

En 1853, une rose d’un coloris admirable, la Rose Général Jacqueminot, devint la souche d’une nouvelle série qui se fit remarquer par ses teintes d'un cramoisi éblouissant. Un amateur, M. Roussel, de Meudon, n'ayant rien obtenu de nombreux semis qu'il avait faits, les légua, à sa mort, à son jardinier Rousselet, qui y trouva l’année suivante cette rose de premier ordre. Issue probablement du rosier Hallon, si remarquable comme coloris, la Rose Général Jacqueminot, dont la descendance forma une race nouvelle, est d’une tenue des plus élégantes et de nuances des plus vives; elle a elle-même déjà donné de nombreuses variétés d’un coloris tout à fait supérieur, mais, en général, moins vigoureuses que le rosier-mère,

Rien ne limitant la nature dans ses œuvres lorsqu'il ne s’agit que d’une modification des caractères secondaires de l'espèce, on ne sait où s'arrêtera cette production de nos belles variétés. Poursuivons ce progrès, mais conservons toujours, à côté de ces fleurs admirables, les types parfaits de la Rose, les Cent-feuilles et leurs variétés, |

Nos jardins se trouveraient fort bien de contenir quelques rosiers non remontants, choisis parmi les plus vigoureux. Tout

au plus, on y rencontre çà et là quelques variétés de ce groupe, qui peuvent être prises comme types de la beauté normale des roses, mais elles y sont rares et menacent de disparaitre.

Quelques amateurs ont regretté celte exclusion des anciens types et ont continué à cultiver quelques rosiers hors ligne dans la classe des non-remontants, et, il faut l’avouer, ces arbustes, par leur développement et l’abondance de leur floraison, étonnent ceux qui sont habitués à ne voir que les rosiers remontants, souvent chétifs, de la plupart des jardins actuels. Heureusement que nos rosiéristes, par des choix sévères et par l'obtention de nouveaux gains plus vigoureux, nous ont présenté des lypes remontants qui, à l’avantage d’une beauté réelle, joignent une végétation satisfaisante et font moins regretter leurs devanciers.

Voici, d’après Pirolle, qui fut un des amateurs de ‘roses les mieux entendus, un choix de rosiers non remontants, fait en 18/2.

4° Pour LES ProvINs : Arlhémise, dite Fanny Bias, Baraquay, Bracelet d'amour, Belle de Siores, Duc de Guiche, Grain d'orge, Daubenton, Belle de Fontenay, Belle d'Yèbles, Boula de Nanteuil, Désirée Parmentier, Dupuytren, L'Enchanteresse, Helvétius, Le Vainqueur, Triomphe de Plantier.

9° Dans Les ALpA : Félicité Parmentier, Belle de Séqur, La cuisse de Nymphe (Duval), La Séduisante, et enfin la trèsancienne Céleste Alba.

3 Dans les Damas Er Provence : Blanche-Fleur, Déesse Flore, Duchesse d'Angouléme, Lady Stuart, Madame Hardy (Luxembourg).

he Dans les Cenr-reuirces : La véritable Cent-feuilles des peintres, la Reine des Cent-feuilles, la Cent-feuilles d'Au-

leuil ponctuée, l’Admiration, l'Unique blanche, l'Unique pana-

chée, la Cent-feuilles moussue, l’Ordinaire, encore la plus belle de toutes, la Carnée, la Blanche anglaise, la Panachée.

9° Dans les HyBrIDES NON REMONTANTS : Belle de Rosny, Béranger, Brennus, Brown, Chrishiany, Eynard, Georges IV, Hippocrate, Malton, Richelieu, Triomphe de Guérin, Triomphe de Laffay. |

Ces roses ne laissaient rien à désirer sous les rapports de l'ampleur, de la plénitude, de l'élégance, de la forme, de la variété du coloris et de la beauté de la pose.

C'est en France, comme on le voit, que furent obtenues les plus belles variétés. Leur culture et les procédés de multiplication y sont portés à un grand degré de perfection. L’Angleterre, l'Allemagne et la Belgique sont moins favorisées au point de vue du semis, le rosier y fructifiant difficilement; mais on y rencontre également de belles cultures de roses, et les horticulteurs obtiennent des résultats satisfaisants par des soins et une direction intelligente. On à pu voir aux expositions de Londres des rosiers des plus belles variétés, parfaitement traités et d'un développement remarquable. En France nous négligeons la culture des roses en serre; nous l’abandonnons aux rosiéristes commerçants, qui y sont fort habiles, mais qui ne cherchent pas, comme en Angleterre, à former des sujets de fortes dimensions.

De tout temps cette culture en serre a été l’objet d’une étude particulière de la part des horticulteurs rosiéristes. Ainsi que nous l’avons vu plus haut, les Romains lui avaient donné une extension considérable, et quoique leurs procédés ne nous soient pas parfaitement connus, nous savons cependant qu’ils employaient l’eau chaude comme moyen de chauffage.

À Paris, le luxe des fleurs forcées est également porté à

un irès-haut point, et certains horticulleurs font une spécialité

de cette culture. Quelques-uns d’entre eux, parmi lesquels nous citerons en première ligne M. Laurent, fournissent à profusion, pendant tout l’hiver, des roses admirables, de la plus belle végétation, et qu’on ne soupconnerait pas d’être venues à contresaison. On est étonné de trouver, dans Paris même, ces belles cultures forcées : les rosiers, entassés dans des serres étroites, en partie enfoncées dans le sol, s’y développent merveilleusesement; leurs fleurs, généralement fort belles, sont chaque jour cueillies à demi-ouvertes, pour être vendues aux marchandes de fleurs de Paris qui en trouvent un débit facile.

Paris expédie des roses en province et à l'étranger, même à Saint-Pétersbourg, où, orâce à d'habiles précautions, elles arrivent aussi fraiches que si elles venaient d’être cueillies.

Le rosier, en prenant ce mot dans son acception la plus générale, est un arbuste rustique et susceptible de végéter dans un terrain médiocre, mais ce n’est que dans les sols d’une bonne nature et suffisamment frais qu'il peut atteindre son parfait développement; toutefois il ne faut pas qu’un excès de vigueur réduise la floraison au profit de la végétation herbacée. S'il est vrai qu'un rosier non taillé peut prendre un assez grand développement et se couvrir de fleurs, il faut cependant ne pas perdre de vue que si Les variétés de choix étaient ainsi abandonnées, elles ne nous donneraient pas la floraison parfaite que nous en exigeons ; au bout de peu d'années, leurs fleurs n'auraient plus cette plénitude et ce développement que nous recherchons avant tout. Il y à des cas où nous voulons un rosier capable de dissimuler une muraille ou un coin de rebut sous une masse de feuillage et de fleurs ; nous tenons moins alors au mérite particulier de ces fleurs qu’à leur abondance et à l'effet produit par leur ensemble, et, pour atteindre ce résultat, certaines variétés sarmenteuses et à fleurs moyennes ou même médiocres sont préférables à des variétés de choix, comme étant plus vigoureuses et plus florifères. Tel serait, par exemple, le Rosier multiflore, dont la fleur, prise isolément, est moyenne et de deuxième ordre, mais qui en produit une telle quantité à la fois, qu’il en

résulle un effet général tout à fait hors ligne. Il en est autrement s’il s’agit d'obtenir des fleurs de choix, des roses de collection; la quantité est alors sacrifiée à la qualité. Un petit nombre de fleurs d’une forme parfaite étant préférable ici à un grand nombre de fleurs médiocres, on ne pourra obtenir ce résultat qu'à l’aide d’une taille sévère et d’une réduction assez forte dans les dimensions des sujets, sans toutefois qu'il y ait abus dans cette réduction.

La nature demande à être aidée, et nous serions fort mal partagés, en fruits ou en fleurs, si nous nous contentions de ce qu'elle produit sans culture et sans art; mais nos soins sont d'autant plus nécessaires que nous cherchons à obtenir des produits qui s’écartent davantage des types naturels. Tout écart dans la constitution d’une plante, toute anomalie de la fleur ou du fruit, est une monstruosité qui a pour résultat de diminuer sa rusticité et sa vigueur, et qui ne peut se conserver qu'à l’aide de précautions particulières. C’est donc par erreur que certaines personnes ont blämé la pratique de la taille, se fondant pour cela sur les mauvais résultats de l'opération lorsqu'elle est mal raisonnée et mal faite. Nous affirmons, au contraire, que plus les fruits, plus les fleurs que nous voulons obtenir s’écartent du type sauvage, plus ils veulent être dirigés par la taille pour se conserver et atteindre ce que nous considérons comme la perfection dans leur genre.

Ces soins de taille et de culture doivent s’accorder avec le mode particulier de végétation de l’espèce, tout en se modifiant selon les circonstances; c’est donc faute de connaître les vrais principes de la taille et le mode de végétation du Rosier que certains amateurs sont partisans, les uns exclusivement de la taille longue, les autres exclusivement de la taille courte, puisque c’est la végétation propre à chaque race qui indique si la

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