TAILLE ET CONDUITE DU ROSIER GREFFÉ
Une fois l’églantier greffé, si c’est à œil dormant, on le laisse végéter sans rien retrancher de ses branches, afin de ne pas provoquer le développement de la greffe, et c'est seulement
en février, après que les grands froids sont passés, qu'on enlève la laine qui enveloppe encore les. greffes, puis on taille au-dessus du premier œil, au-dessus de la greffe, les rameaux greffés. Get œil réservé, en se développant, attire la séve vers la greffe. On trouve d’ailleurs cet autre avantage à amputer le rameau à une certaine distance de la greffe, que celle-ci ne risque pas d’être en contact avec une plaie dont les bords se desséchent toujours sur une certaine longueur. Les plaies du rosier ne se cicatrisent pas en bourrelet comme chez la plupart des arbres; l'écorce se mortifie autour de cette plaie, et c’est là le motif qui oblige à laisser quelques centimètres de bois entre la greffe (Fig. 36) et le point où se fait l'amputation des rameaux B. On retranche les rameaux inutiles C, qui se sont développés le long de la tige, on enlève les drageons, puis, après cette première taille, on donne un binage au pied des églantiers.
Les sujets manqués à la greffe, ceux qui n'ont pas été greflés mais qui ont poussé conve-
nablement l’année précédente, peuvent être, en mars, greffés en écusson avec avantage; celle pe 36. — raie greffe ne diffère de la greffe d'été que par l'ab- de l'églantier sence du pétiole sur l’écusson, ce qui rend la ci pose de la greffe un peu plus difficile. On prend les écussons sur du bois coupé pendant l’hiver et conservé au frais dans la terre. Si l’églantier n’a végété que faiblement l’année précédente on l’arrache, ou bien l’on retranche toutes ses pousses pour obtenir une nouvelle végétation.
Une fois les écussons développés et arrivés à la longueur de 20 centimètres D (Fig. 37), on les maintient verticalement à
l’aide d’un tuteur E, de A0 centimètres de longueur. C’est à ce
moment aussi qu'on supprime le bourgeon F de l’églantier, qui servait à activer la végétation de la greffe en faisant les fonctions
Fig. 31. — Première année, conduite Fig. 38. — Première taille de la greffe. du rosier grefté.
de tire-séve, mais on ne supprime le bout du rameau H qu’en novembre suivant (Fig. 38). Ces deux opérations faites, on pince l'extrémité de la pousse de la greffe, ce qui fait développer des pousses latérales; sans ce pincement on aurait une pousse trop longue, ou une pousse faible et terminée trop tôt par des fleurs. Seuls, les rosiers Thé ne doivent pas être pincés, parce qu'ils développent tout de suite des pousses latérales vigoureuses sans cette opération.
Il est bon de supprimer les boutons à la première floraison, pour favoriser la végétation ; on retranche également les pousses et drageons du sujet églantier, puis on donne de fréquents binages.
En examinant une belle tête de rosier fleuri on reconnaît qu’elle forme une touffe régulièrement arrondie et couverte de roses sur son pourtour supérieur.
Sil y avait irrégularité l'effet d'ensemble ne serait pas produit et, de plus, la séve étant mal répartie, il se trouverait des parties faibles et d’autres trop vigoureuses.
Une tête de rosier se forme par l'augmentation des branches en nombre et en étendue; pour augmenter le nombre des branches on doit suivre cette règle importante, qu'il ne faut pas laisser plus de deux rameaux par année sur une branche que l’on bifurque, si on veut les obtenir d’égale force : la troisième serait toujours plus faible que les deux autres et formerait un sujet irrégulier; c’est ce qui s'appelle faire la fourche simple.
Une deuxième règle que nous avons déjà signalée est de toujours tailler les pousses de l’année à un même niveau, rapprochant le plus possible, et même sur les yeux latents, les rameaux supérieurs, ce qui ne peut que les maintenir, comme étant généralement les plus vigoureux et en allongeant Îles rameaux inférieurs pour égaliser la végétation. Cependant, si un rameau était trop vigoureux, on devrait le tailler plus court que le niveau général de la taille, afin de l’affaiblir et de rétablir l'équilibre, sauf à l’égaliser plus tard.
Une troisième règle consiste à former la tête du rosier avec des rameaux de force égale, afin de maintenir l'équilibre de végétation; on doit, pour cela, choisir un certain nombre de rameaux bien constitués et retrancher ceux qui sont ou trop forts ou trop faibles, à moins qu'ils ne soient indispensables pour remplir un vide.
Les branches doivent former le vase arrondi; la main entr'ouverte représente assez bien la direction qu'il convient de leur donner; on dégage le milieu de la touffe, sans cependant faire un trop grand vide. Un rosier se forme ainsi autant que possible : 4° la tige ; 2° les deux greffes; 3° les quatre branches; L° les huit branches. Si le rosier est de force moyenne on ne doit
plus augmenter le nombre des branches, à moins qu'on n’y soit forcé par la végétation. Arrivé là, on ne les divise plus et on
les taille sur un seul rameau. Cette modération à multiplier
les branches conserve une bonne vigueur à la tête du rosier, et
comme chaque branche taillée donne deux ou trois rameaux,
une tête de rosier-tige est formée de plus de vingt rameaux flo-
rifères, ce qui est une bonne moyenne.
La première année, si les greffes ont donné deux pousses, on taille sur ces deux pousses pour en faire deux fourches, ce qui fait quatre rameaux (Fig. 39); en supprimant ceux qui sont en excès l’année suivante on forme huit rameaux
Fig. 39. — Rosier Fig. 40. — Deuxième Fig. 41. — Troisième taille, greffé, première taille. taille. tête complétement formée.
(Fig. 40), puis on ne conserve les autres années que huit branches, si le rosier n’en exige pas plus. (Fig. 41). On peut renouveler les branches avec les rameaux vigoureux qui partent du collet, mais, à moins d’avoir à traiter une espèce d’une erande vigueur, il ne faut pas en augmenter le nombre.
Il est certain que dans la pratique on ne suit pas à la lettre ce mode de conduite, mais il suffit de s’en rapprocher le plus possible pour que les résultats soient satisfaisants. Nous donnons
ici la taille d’un rosier formé. (Fig. A2).
On choisit un nombre convenable de bonnes pousses, sorties du bois de l’année précédente, et placées ni trop haut ni
Fig. 42. — Taille d’un rosier formé.
trop bas pour pouvoir revenir sans trop descendre la taille. Une fois les rameaux de taille choisis, un par branche, deux si l’on doit en augmenter le nombre, on dégage en retranchant toutes les pousses en excès et mal placées, par exemple celles qui sont sorties sur le vieux bois, à moins qu’elles ne doivent servir à garnir un vide. On calcule le nombre de branches qu'il convient de conserver, en éclaircissant le milieu de la souche et formant un cercle de branches espacées de 10 centimètres environ, ce qui est la distance convenable. On se débarrasse le plus qu’on le peut des parties faibles et du vieux bois, sans toutefois rabaitre à l'excès.
Une fois le rosier dégagé et ne conservant que les rameaux de taille, on coupe ceux-ci sur deux bons yeux, ce qui laisse aux rameaux une longueur de 8 à 10 centimètres en moyenne, selon la vigueur; on coupe tous ces rameaux au même niveau, sans faire la taille trop rapprochée de l’œil.
On à communément la mauvaise habitude de trop chicoter le rosier, d’où il suit que l’arbuste le plus élégant n’offre bientôt en partie qu’un affreux hérisson de chicots desséchés. Il faut se rappeler que le vrai principe de conduite est de ne conserver qu’un petit nombre de rameaux, de bien les dégager du surplus et de leur appliquer une taille moyenne et raisonnée. On ne doit être partisan ni de la taille longue ni de la taille courte, mais de la taille raisonnée : c’est le moyen d'éviter la ruine du rosier que causerait une taille trop courte; une taille trop longue l’affaiblirait et entraînerait, en fin de compte, le même résultat.
La cause principale de la ruine du rosier greffé, comme celle de beaucoup d’arbres fruitiers, est l'habitude malheureuse
Fig. 43. — Tête établie sur la Fig, 44, — Tête de rosier éloignée greffe. de la greffe,
qu’on a de tailler immédiatement sur l’empâtement de la greffe, pour faire naître les divisions sur cet empâtement même. Si l’on examine un rosier bien venu on reconnaît que sa tête est formée à quelques centimètres plus haut que la greffe, sur une pousse unique. Il faut donc faire en sorte de dégager l’empâtement de la greffe et faire naître les divisions plus haut (Fig. 43 et 44).