‹ Les roses, Tome IChapitre 22 sur 113 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

aux amateurs des variétés nouvelles ; il est aussi employé par les botanistes cultivateurs pour constater les espèces. On peut semer les graines en plates-bandes dans la pleine terre, mais il convient mieux de les semer dans des terrines, qu’on abrite pendant les deux premiers hivers.

On ne doit cueillir les fruits, pour en semer les graines, que vers le commencement de décembre. Il est même prudent d’attendre que la gelée leur ait communiqué cet état de blétissure,

signe certain d’une parfaite maturité. Quant aux semences du

rosier des Indes ou de Bengale, on aura soin de ne confier à la terre que celles provenant de fruits qui auront persisté pendant deux ans.

Les rosiers des Indes sont à peu près les seuls qu’on aït essayé

séparées par couches alternatives de semences et de sable ou de terre; le tout entretenu fraîchement dans une cave à l'abri des gelées.

Enfin, les fruits empilés avec leurs semences dans un vase, depuis la récolte jusqu’au printemps, donneront les mêmes résultats que les graines autrement stratifiées, si le vase, ainsi disposé, passe l’hiver dans un lieu humide à une température de simple orangerie.

Des semis exécutés de cette manière, lorsque les individus sont bien soignés , fleurissent déjà l’année suivante et celle d’après. Ainsi, deux ou trois ans suffisent pour multiplier les rosiers par le semis et les faire fleurir, lorsqu'ils sont cultivés avec tous les soins et précautions que sait leur donner un cultivateur habile et non moins zélé.

Ce que nous venons de dire s’applique aux rosiers d'Europe, dits damas, cent-feuilles, alba, provins, etc. ; maïs cinq à six mois suffisent pour obtenir en fleurs des rosiers dits bengales, semés en terrine ou en pleine terre, an premier printemps; mais pour les conserver, il faut toutes les précautions que demande cette race de rosiers pendant l'hiver.

Si lon vent la semer en pleine terre, comme les autres, on y réussira de mème, en donnant au semis une bonne couverture de fumier et en l’abritant des grands froïds par des paillassons, Si l’on sème en pots ou terrines, pour repiquer en mottes au printemps, on sera encore plus sûr d'obtenir des fleurs plus tôt et de perdre moins d'individus.

Les bengales de graines, repiqués, à racines nues, en mai ou juin, reprennent très facilement en bonne terre : il suffit de les préserver du soleil pendant dix à douze jours, avec des païllassons, et de les rendre à l'air libre après, en saisissant pour cela les premières pluies avec temps couvert : on leur rend l'air plus graduellement, s'il ne plent pas.

de reproduire par la bouture. Mais nous sommes autorisé à croire, d’après quelques expériences, que ce genre de multiplication pourrait être employé sur une grande partie des rosiers avec les secours d’une bonne bache et les soins convenables.

Les rejets, les marcottes, la séparation des vieux pieds, sont des moyens certains pour renouveler cet arbrisseau. Les amateurs instruits préfèrent ces procédés à tous les autres; ils trouvent en cela une économie de temps, et l’avantage d'obtenir les espèces ou les variétés sans altération. Cette méthode, comme la greffe, est d’ailleurs indispensable pour la multiplication des individus à fleurs pleines ,-qui donnent rarement des fruits.

La greffe en écusson, à œil poussant ou dormant, est celle que l’on emploie le plus ordinairement aujourd’hui dans les pépinières. Les rosiers ainsi greffés, sont très agréables à la vue, et propres à l’ornement des jardins; mais ils exigent des soins assidus et la précaution de retrancher les branches que le sujet qui a recu la greffe produit continuellement , soit au pied, soit sur la tige, soit enfin auprès du point d'insertion des greffes.

Quoi qu'il en soit de tous les moyens connus pour multiplier le rosier, la greffe en écusson est le procédé dont les amateurs tirent le plus d'avantage. Par elle, on fixe les variations fugitives , ainsi que les roses qui rentrent facilement en couleur; elle donne les moyens, aussi simples que prompts, de conserver les singularités que le hasard amène dans les feuilles ou les fleurs du rosier. On parvient quelquefois ainsi à faire produire des fleurs à certaines espèces qui ne fleurissent pas en franc de pied; enfin, les roses écussonnées sont toujours plus grandes, plus colorées , plus parfumées que celles du type qui a fourni la greffe.

On multiplie encore les rosiers par la greffe en fente , surtout

‘ Bien entendu, lorsque le sujet qui a recu la greffe est naturellement beaucoup plus vigoureux que le type de cette greffe, et qu’il y a harmonie entre les séves. Il y a certaines variétés de rosiers dont les greffes ne s’associent que difficilement avec l’églantier, et périssent après une ou deux floraisons, et souvent plus tôt. ee:

ceux dont lés yeux sont difficiles à saisir en raison de leur peti-

tesse, et qui, par cela même, ne peuvent être greffés en écusson qu'avec une extrême difficulté.

On se sert aussi, mais presque toujours sans succès, de la greffe par approche sur branches. Le beau rosier à feuilles simples (berberifolià) , que Dupont a donné au Jardin des Plantes, a résisté à ce genre de greffe. !

On se sert ordinairement de laine pour rapprocher les plaies faites à la branche écussonnée et maintenir l’œil.

Le rosier greffé en écusson ne dure pas long-temps à la même place, il faut le relever tous les cinq à six ans. Cette opération, loin de lui nuire, lui est très favorable. À cet effet, on laboure le terrain profondément, on enlève tous les rejets, et l’on doit remettre immédiatement l'individu en terre. Il faut en user de même lorsqu'on opère sur des plates-bandes entières.

L'expérience a démontré qu’il n’est pas sans danger de mettre long-temps les rosiers en jauge pour attendre la préparation du terrain. Les plus beaux arbustes, parmi ceux qu’on admirait dans certaines pépinières, ont péri, au printemps de 1819, parce qu'on les a laissés près de deux mois dans une fosse avant de les replanter. Quelques uns, sur les terrasses des mêmes pépinières, qui ont été remis presque immédiatement en terre, ont repris et sont magnifiques; ceux-ci consolent les amateurs d’une perte dont la cause laissera au moins une leçon utile.

Nous renvoyons au traité que M. Lelieur a publié sur la culture du rosier et aux autres ouvrages répandus parmi les amateurs. On y trouve tous les renseignemens qu’on pourra désirer sur l’art de conduire et de propager ces arbrisseaux par la greffe sur l’églantier, etc.

Le rosier est sujet à diverses maladies : les plantes parasites, les panachures, la défoliation, la rouille, le blanc ou meunier, le noir, la vermination, les ulcères des racines, les lésions occasionnées par les insectes , sont autant de causes qui amènent

* Ce rosier se multiplie très facilement de marcottes, et aussi par la greffe en écusson sur bengales. P,

sa destruction. On doit donc avoir grand soin de retrancher les

parties attaquées.

On nomme bédéguar, ou éponge du rosier, la gale chevelue qu'on remarque souvent, dans les haïes et-les bois, sur les branches de ces arbrisseaux. C’est un insecte, le.cynips du rosier, qui produit cette excroissance, qui affecte ordinairement la forme ronde; elle est souvent de la grosseur d’une moyenne pomme. Cet accident se rencontre rarement sur les individus livrés à la culture.

Le rosier ainsi que ses fleurs sont dévorés par beaucoup d’insectes, qui arrêtent la végétation de l’arbrisseau et accélèrent sa destruction, ou qui piquent les fleurs et les rendent monstrueuses. Tels sont l’'éméraudine, le gribouri, le richard-rubis, la tique safranée, la mouche à scie, quelques cigales, les pucerons, etc. Il faut nécessairement mettre tous ses soins à détruire ces insectes, si l’on veut avoir des arbrisseaux vigoureux et de belles. fleurs.

Il est assez commun d’entendre appeler du nom de rose les fleurs de certaines plantes ou arbrisseaux qui, par leur forme, leur couleur ou leur odeur, présentent quelques traits d’analogie avec celle du rosier. Telles sont la rose de Cayenne, qui est une espèce du genre zibescus ; la rose de la Chine, qui est l’Acbescus rosa sinensis ; la rose de Gueldre, qui n’est autre chose que ce que l’on nomme ordinairement la boule de neige, viburrum opulus ; la rose du Japon , qui est le camellia Japonica de Linné; l’hortensia opuloides du même auteur, reçoit aussi quelquefois le même nom; la rose de Jéricho, qui n’est qu'une crucifère: c'est l’anastatica hierocuntica , X..; la rose de Noël : c’est une variété de l’Aelleborus niger , L.; enfin la rose mauve ou de mer, la rose d'outre-mer, la rose tremière de la Chine, sont des variétés de l’alcea rosa , Lin.

Toutes ces plantes s’éloignent beaucoup du rosier, ainsi qu’on peut en juger, et leurs fleurs n’ont aucune ressemblance avec celles que nous nommerons roses.

La médecine, les arts, l’économie domestique , ont tiré quel-

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