ARTICLE III
Feuilles et folioles.
Les feuilles du rosier (Fig. 2) sont alternes , et toutes, excepté
le Rosa berberifolia, qui présente des feuilles simples, sont composées, c’est-à-dire formées de différentes pièces, qu’on nomme
olioles ( foliola ). Les folioles sont placées l’une en face de
l’autre, et disposées par paires ( Fig. 2, 4) sur un pétiole commun (Fig. >, B) : elles sont terminées par une foliole impaire. Les folioles ont été d’un grand secours aux botanistes pour
déterminer les espèces où variétés du rosier. Nous les considé-
rerons dans cet article sous les rapports suivans : A. Le pétiole qui supporte les folioles ; B. Leur nombre et leur dimension ; Leur forme générale ; Leurs surfaces supérieure et inférieure ;
E. Les nervures;
F. Leur bordure ;
G. Leur couleur ;
H. Leur odeur.
A. Le pétiole. On désigne vulgairement cet organe sous le nom de queue de la feuille (Fig. 2, B), cest le support sur lequel sont fixées les folioles du rosier. Le pétiole (petiolus ) est commun à toutes ces folioles, mais chacune d'elles est presque toujours munie d’un petit pétiole ou pétiolule (petiolulus) qui lui est propre, et par lequel elle adhère au pétiole commun (Fig. 2, C). Lorsque les folioles sont privées de ce petit pétiole particulier, et qu’elles adhèrent au pétiole commun sans cet intermédiaire, on dit, pour exprimer son absence, que ces folioles sont sessiles ( Fig. 2, D).
La partie supérieure des pétioles est ordinairement creusée en canal ou en gouttière ( canaliculatus ); la partie inférieure est souvent garnie de petits aiguillons plus ou moins crochus, ce qu’on exprime par le terme aculeatus. Parfois elle en est dépourvue, comme dans les cent-feuilles; pour ce cas, on emploie les termes irermis ou nudus. Souvent aussi il n’existe sur cet organe qu’un ou deux aiguillons très petits, et qu’on devine au toucher plutôt qu’on ne les voit; on dit alors que de tels pétioles sont presque glabres, presque sans épines ( petioli subglabri, subinermes). Dans beaucoup d'espèces, les pétioles sont glanduleux ( glandulosi); il est même assez rare d’en trouver qui ensoient absolument privés (eglandulosi). Souvent aussi ils sont couverts de poils, ce qu’on exprime, selon la nature de ces villosités, par différens termes, tels que pubescens, tomentosus où véllosus. Il est rare de voir les pétioles absolument dépourvus de poils.
B. Les folioles. Le nombre et la grandeur des folioles varient sur un même rosier : il est assez commun de trouver des feuilles composées de trois folioles à sa base et à son sommet, et de cinq, de sept et plus encore au milieu; en sorte que le nombre des folioles va ordinairement en croissant de la base au milieu de la tige, et en décroissant du milieu au sommet. En général , le nombre des folioles supportées par le pétiole commun est de trois, de cinq, de sept, de neuf ou de onze, ce qu’on rend par les termes : terra, quina , septena , undena. Toutefois, on trouve plus rarement onze folioles réunies.
Quant à la diminution des folioles, on peut remarquer que l’impaire est toujours plus grande que les autres; que la paire de folioles du milieu est d’une proportion moindre, et que les deux folioles de la base sont comparativement plus petites.
C. Forme générale. La forme générale des folioles varie sur le même individu; non seulement les folioles les plus voisines des stipules de la feuille sont plus petites que les autres, mais encore elles sont plus obtuses au sommet et plus atténuées à leur base ; les folioles supérieures, au contraire, sont en général pointues à leur sommet, et plus arrondies à leur partie inférieure. Ces mêmes folioles affectent encore différentes figures sur le même arbrisseau, circonstances qui rendent très difficile la détermination des formes générales de ces organes. Aussi M. Rau et M. Lé- MAN ont-ils dit que, pour la description des folioles, lorsqu'on les emploie à la distinction des espèces, il faut s'attacher à celles des feuilles qui garnissent les branches principales et sont les plus voisines des fleurs.
Toutes les formes des folioles du rosier semblent dériver de la figure ovale, plus ou moins obtuse ou acuminée dans les unes, Où plus ou moins allongée ou contractée dans les autres. Les termes suivans servent à distinguer Les diverses modifications qu’elles éprouvent.
Oblongus, qui présente une forme allongée à peu près obtuse aux deux extrémités.
Ellipticus, qui a du rapport avec la figure d’une ellipse (Fig. 3).
TRAÏTÉ DU ROSIER. 13
Rotundatus, qui a quelque rapport avec un cercle (Fe. 4).
Cuneatus ou cuneiformis , qui ressemble à un coïing, c’est-à-dire dilaté au sommet et rétréci à la base ( Fig. 5).
Cordatus (en cœur), qui est échancré en cœur à la base ( Fig. 6).
On dit encore, par rapport aux désinences ou manière dont se terminent les folioles au sommet et à la base, qu’elles sont obtuses ou pointues. Les botanistes se sont servis de beaucoup de termes pour rendre sensibles toutes ces formes particulières. Les mots latins qui s’emploient le plus ordinairement pour les exprimer sont :
Obtusus (obtus );
Acutus (pointu) ;
Mucronatus (mucroné), qui se termine en pointe aiguë et molle ( Fig. 7);
Cuspidatus, qui se termine en une petite pointe qui résiste un peu au toucher ( Fég. 8);
Elongatus, allongé, comme dans l’érdica longifolia ( Fig. 9).
Pour exprimer l’état intermédiaire des folioles, les auteurs ont souvent combiné deux termes ensemble. C’est ainsi que l’on dit des folioles ovales-pointues , ovales-obtuses , ovales-oblongues, ovales-lancéolées, etc.
On a dit encore, par analogie, que le rosier avait des feuilles de saule, de persil, de laitue, de chêne, d’épine-vinette, de mürier, etc., parce qu'on a cru remarquer que les folioles, dans certains rosiers, avaient une ressemblance éloignée avec les feuilles de ces plantes. C’est à l’aide de ces accidens qu’on a distingué, dans les jardins, une foule de variétés artificielles qu’on ne peut d’ailleurs perpétuer que par la greffe ou les couchages. Pour exprimer que les folioles sont sujettes à varier de grandeur et de forme sur le même individu, on dit en général que ces organes sont variables ( diversifolia ).
Tous ces termes ne servent qu’à indiquer des comparaisons: ?
car il est très rare que les folioles, par exemple, présentent la figure d’une ellipse ou d’un rond parfait. Aussi, pour modifier
l'idée qu'on peut se former d’une figure quelconque, les botanistes emploient-ils fréquemment la préposition sub. Ainsi l’on dit, subrotundus , subellipticus, pour indiquer que l’organe décrit présente à peu près ces figures. La préposition per, dont on fait précéder l'adjectif, indique l'intention d'ajouter à l’idée qu'on veut en donner : d’où il résulte que foliola perintegra se traduisent par foliole très entière ; ici, perintegra équivaut à éntegerrima.
La préposition ob exprime que le mot doit étre pris en sens contraire. Ainsi obcordata (qui s'applique principalement aux pétales ), indique la forme d’un cœur renversé; obversé-cordata rend aussi la même idée.
D. Surface. La surface plane des feuilles, qu’on nomme face (pagina), se distingue en face supérieure et face inférieure. Ces deux parties, ou l’une d’elles seulement, peuvent étre, ou glabres, ou luisantes, ou pulvérulentes, ou poilues (pilosæ), couvertes de poils peu couchés et légèrement roides; velues (vit losæ), c'est-à-dire couvertes d’une grande quantité de poils couchés et mous; pubescentes ou duvetées (pubescentes), couvertes de poils mous, peu nombreux; tomenteuses, cotonneuses (fomentosæ), c’est-à-dire couvertes d’un duvet semblable à celui du coton; elles peuvent être enfin couvertes de petits aiguillons (spirosulæ ) : telle est la partie inférieure des folioles du Rosa spinosula.
Les rosiers à folioles luisantes conservent ces organes toute l’année dans les pays chauds; ils ont besoin d’abris dans les climats tempérés.
E. Nervures. Les éminences semblables à des filamené qu'on remarque sur le revers des folioles se nomment nervures (nervi); ce sont des divisions du pétiole qui s’étendent sur le limbe de ces folioles. On distingue la nervure longitudinale (Fig. 11, 4), et les nervures latérales ( Fig. 11, 2).
Les nervures confuses et qui présentent peu d’élévation sont indiquées sous le nom de veines (Fig: 17, C).
Souvent la surface inférieure d’une foliole est glabre, et la ner-
222%} BDD) LISE » : ss D») >) ÿ
vure principale est seule aiguillonnée, pubescente ou glanduleuse. Au reste, on a observé que la pubescence des feuilles du rosier est plus commune sur les nervures que partout ailleurs.
F. Bordure. Les folioles sont munies , à leurs bords, d’incisions que l’on nomme dents (dentes), lesquelles s'arrêtent ordinairement vers les dernières ramifications des nervures. On dit, en termes généraux, que les bordures sont dentées pour exprimer que les dents sont obtuses et dirigées vers le sommet;
Quelles sont dentées en scie, lorsque les dents, divisées comme les précédentes, sont aiguës au sommet ;
Quelles sont crénelées, quand les dents obtuses ne sont dirigées ni vers la base ni vers le sommet ;
Qu’elles sont unidentées ou simplement dentées, quand les bordures ne présentent que des dents simples etentières(Fg.6, À)
Quelles sont deux fois ou doublement dentées, quand chacune de ces dents est accompagnée d’une autre dent plus petite (Fig. h, A). On rencontre quelquefois des bordures tridentées.
On dit encore, en termes généraux, que telle foliole est surdentée; on entend exprimer alors que les dents simples des folioles sont elles-mêmes munies d’autres petites dents.
On emploie aussi le terme denticulé (denticulatus) comme un diminutif, pour exprimer une partie quelconque garnie de très
petites dents.
Les dents sont en général terminées à leur sommet par une glande, tantôt sessile, tantôt pédicellée ; quelquefois elles sont surmontées de poils ou de duvet.
G. Couleur des folioles. Ainsi que les tiges, les folioles du rosier sè parent de différentes couleurs sur quelques individus. Souvent ces couleurs sont l'effet de l’étiolement ou de l’extravasation de la séve. On rencontre des folioles teintes, surtout à leur partie postérieure , d’un rouge plus où moins foncé; d’autres sont panachées de taches blanches et jaunâtres; mais on voit naître et disparaître ces accidens sur les mêmes arbustes, et l’on sait qu'ils ne se conservent pas par la génération. Lorsque des folioles sont, sous ce rapport, semblables à d’autres aux-
quelles on les compare, on emploie le terme de concolor; et pour exprimer que l’une des surfaces diffère de l’autre dans sa nuance, on emploie celui de dscolor.
Les termes bicolor, tricolor, etc., servent à exprimer qu’une même surface présente deux ou plusieurs couleurs. Quand les taches sont éparses cà et là, et qu’elles tranchent sur la couleur du fond, on se sert du terme macula.
Le vert est la couleur qui domine dans les végétaux ; les botanistes ont employé quelques termes latins pour exprimer ses nuances diverses, savoir :
Viridis , le vert le plus répandu ;
Viridulus, le vert gai;
Flavo virens , le vert jaunâtre ;
Cæruleo virens , le vert bleuâtre :
Telles sont les folioles du rosier gallica cærulea.
Atro virens, le vert noirâtre, comme dans quelques variétés du même rosier ;
Glaucus , celui qui approche du vert de mer ;
Caesius , le vert pâle ;
Variegatus , panaché :
Telles sont les folioles d’une variété du rosier damascena.
H. Odeur. Les folioles sont odorantes dans un petit nombre d'espèces, principalement dans la série des rosiers à cent feuilles, et dans celle des rosiers rouillés. Elles laissent aux doigts qui les froissent, dans les premiers, une odeur de rose assez pénétrante, et, dans les seconds, une forte odeur, soit vineuse, soit de pomme de reinette; mais, plus communément, les folioles du rosier sont inodores ; il est même des rosiers dont les folioles sèches sont odorantes, tandis que la fleur est presque inodore, par exemple /a mousseuse de la Flèche. Au reste, le terme odoratus s'applique en général aux folioles qui ont une odeur quelle qu’elle soit, et irodorus à celles qui n’en ont pas. D'ailleurs , les odeurs , dans les folioles comme dans les fleurs 5 ne peuvent s’indiquer que par des comparaisons et des rapports.
D2P>»D>D 12 5 Ses ID 5D)y >> > ÿ