‹ Les roueries de l'ingénueChapitre 16 sur 19 · MAULÉON, MARIA · texte numérisé non relu

MAULÉON, MARIA

ils vont en môme temps au-devant Tun de Tautre. , MAULÉON, avec vivacité.

Faut-il retirer la clef?

MARIA, étonnée et se reculant un peu.

Monsieur !

MAULÉON

Ne pouvant plus disposer de mon temps à

iî)2 LA NOSTALGIE

cause des nombreuses invitations que je ne puis refuser, j'ai dû renoncer à prendre mes repas dans ce petit établissement où j*allais quelquefois pour réparer par une nourriture simple mon estomac débilité par la cuisine des grands restaurants à la mode. — Cependant, si j'avais l'espérance devons rencontrer encore,..

MARIA

Monsieur, je ne vais plus moi-même à la crémerie de la mère Jérôme.

MAULÉON

Ah! ah! ah !...

MARIA, hésitant un peu.

Je voulais... monsieur, vous demander un service.

MAULÉON, avec empressement.

Tout à vous. (A pan.) Femme qui demande, femme qui offre. .

MARIA

Vous connaissez la signora Costenzina ?

MAULÉON

Beaucoup, (Avec intenuon.) ct quclquc supposlfion

qu'on ait pu faire à propos de notre intimité, je ne suis que son camarade, (La main sur

son cœur.) Dfiais dévOUé.

MARIA

' Alors, monsieur, vous pouvez me rendre un service. Je désirerais que vous me présentassiez à Rosine.

MAULÉON, à part.

Elle l'appelle Rosine tout court, comme moi ! (Haut, avec hcsiiation.) C'cst quc la siguora est bien

occupée, à cause de son prochain départ pour l'Italie. Elle ne reçoit que les intimes.

MARIA, avec crainte.

Part-elle donc si tôt?

MAULÉON '

Mais demain, aujourd'hui peut-être. Je vais de ce pas même voir Cussy pour le passe-port, — Cussy, des affaires étrangères.

MARIA

Ah ! monsieur, si elle part demain , il faut que je la voie aujourd'hui; conduisez-moi chez elle !

2i)4 LA NOSTALGIE

MAULÉON

Elle ne doit pas y être. Elle a beaucoup de courses. Nous nous les sommes partagées;' elle m'a laissé les plus longues. Mais comme elle a pris sa voiture, dans deux heures je crois qu'elle sera rentrée.

MARIA

Eh bien, monsieur, dans deux heures il faut que je la voie!

MAULÉON, embarrassé.

Pardon ! Quoique très-lié avec Rosine, jecrois qu'une demande d'audience serait chose plus régulière; si vous lui écriviez un mot, je me chargerais de le lui présenter.

MARIA, à part.

Si elle partait sans que je l'aie vue ! (a Mauiéon.) Vous avez raison, monsieur. (EUe va à la lawe de René

et commence & écrire.)

MAULÉON, à part.

Voudrait-elle se faire inviter au souper d'adieu?

MARIA, écrivant.

Il faut que je te voie, que je t'embrasse ! que je te dise combien je suis malheureuse ! (Eiie

entend du bruit dans Tescalier, s'arrête, se lève, froisse le papier et le

|ette.) C'est Urbain et René qui remontent. — Je n'aurai pas le temps d'écrire, (a Mauiéon, im donnant

une bague iqu'elle relire de son doigt.) VoUS mOUtrereZ CCtte

bague à Rosine, - et vous lui direz que la personne qui vous l'a remise a besoin de la voir seule.

M AU LÉON, prenant la baçuc

Vous croyez que...

MARIA, yivement.

Je suis sûre que cette bague..* m'ouvrira sa porte.

MAULÊON, à lui-môme.

Alors, ce n'est pas une bague, c'est une clef. . .

MARIA

Son adresse, maintenant ?

M AU LÉON, fouillant dans sa poche.

J'ai là précisément quelques cartes de visite

pour ces messieurs de la presse, (ii lui donne imc carte.) Ça me fera même une occasion pour monter chez eux.

MARIA

Vous me rendez service, monsieur.

MAULÉON

J'en rends beaucoup, mademoiselle.

MARIA

Et ceci, pour le moment, entre nous.

MAtJLÉON

Mademoiselle, j'ai un ancêtre que Louis XI, à cause de sa discrétion, avait surnommé le silencieux. Je n'ai pas dégénéré !

MARIA, avec intention.

Je vous remercierai de votre discrétion chez la mère Jérôme.

MAULÉON, à part.

Être dans le secret d'une femme, c'est un pied à rétrier, (iisori.)

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