MAULÉON, MARIA
ils vont en môme temps au-devant Tun de Tautre. , MAULÉON, avec vivacité.
Faut-il retirer la clef?
MARIA, étonnée et se reculant un peu.
Monsieur !
MAULÉON
Ne pouvant plus disposer de mon temps à
iî)2 LA NOSTALGIE
cause des nombreuses invitations que je ne puis refuser, j'ai dû renoncer à prendre mes repas dans ce petit établissement où j*allais quelquefois pour réparer par une nourriture simple mon estomac débilité par la cuisine des grands restaurants à la mode. — Cependant, si j'avais l'espérance devons rencontrer encore,..
MARIA
Monsieur, je ne vais plus moi-même à la crémerie de la mère Jérôme.
MAULÉON
Ah! ah! ah !...
MARIA, hésitant un peu.
Je voulais... monsieur, vous demander un service.
MAULÉON, avec empressement.
Tout à vous. (A pan.) Femme qui demande, femme qui offre. .
MARIA
Vous connaissez la signora Costenzina ?
MAULÉON
Beaucoup, (Avec intenuon.) ct quclquc supposlfion
qu'on ait pu faire à propos de notre intimité, je ne suis que son camarade, (La main sur
son cœur.) Dfiais dévOUé.
MARIA
' Alors, monsieur, vous pouvez me rendre un service. Je désirerais que vous me présentassiez à Rosine.
MAULÉON, à part.
Elle l'appelle Rosine tout court, comme moi ! (Haut, avec hcsiiation.) C'cst quc la siguora est bien
occupée, à cause de son prochain départ pour l'Italie. Elle ne reçoit que les intimes.
MARIA, avec crainte.
Part-elle donc si tôt?
MAULÉON '
Mais demain, aujourd'hui peut-être. Je vais de ce pas même voir Cussy pour le passe-port, — Cussy, des affaires étrangères.
MARIA
Ah ! monsieur, si elle part demain , il faut que je la voie aujourd'hui; conduisez-moi chez elle !
2i)4 LA NOSTALGIE
MAULÉON
Elle ne doit pas y être. Elle a beaucoup de courses. Nous nous les sommes partagées;' elle m'a laissé les plus longues. Mais comme elle a pris sa voiture, dans deux heures je crois qu'elle sera rentrée.
MARIA
Eh bien, monsieur, dans deux heures il faut que je la voie!
MAULÉON, embarrassé.
Pardon ! Quoique très-lié avec Rosine, jecrois qu'une demande d'audience serait chose plus régulière; si vous lui écriviez un mot, je me chargerais de le lui présenter.
MARIA, à part.
Si elle partait sans que je l'aie vue ! (a Mauiéon.) Vous avez raison, monsieur. (EUe va à la lawe de René
et commence & écrire.)
MAULÉON, à part.
Voudrait-elle se faire inviter au souper d'adieu?
MARIA, écrivant.
Il faut que je te voie, que je t'embrasse ! que je te dise combien je suis malheureuse ! (Eiie
entend du bruit dans Tescalier, s'arrête, se lève, froisse le papier et le
|ette.) C'est Urbain et René qui remontent. — Je n'aurai pas le temps d'écrire, (a Mauiéon, im donnant
une bague iqu'elle relire de son doigt.) VoUS mOUtrereZ CCtte
bague à Rosine, - et vous lui direz que la personne qui vous l'a remise a besoin de la voir seule.
M AU LÉON, prenant la baçuc
Vous croyez que...
MARIA, yivement.
Je suis sûre que cette bague..* m'ouvrira sa porte.
MAULÊON, à lui-môme.
Alors, ce n'est pas une bague, c'est une clef. . .
MARIA
Son adresse, maintenant ?
M AU LÉON, fouillant dans sa poche.
J'ai là précisément quelques cartes de visite
pour ces messieurs de la presse, (ii lui donne imc carte.) Ça me fera même une occasion pour monter chez eux.
MARIA
Vous me rendez service, monsieur.
MAULÉON
J'en rends beaucoup, mademoiselle.
MARIA
Et ceci, pour le moment, entre nous.
MAtJLÉON
Mademoiselle, j'ai un ancêtre que Louis XI, à cause de sa discrétion, avait surnommé le silencieux. Je n'ai pas dégénéré !
MARIA, avec intention.
Je vous remercierai de votre discrétion chez la mère Jérôme.
MAULÉON, à part.
Être dans le secret d'une femme, c'est un pied à rétrier, (iisori.)