SCÈNE XIII
Les Mêmes, M. MORIN, manières brusques, chapeau sur la tôte ; il entre sans saluer.
M. MORIN
Monsieur Urbain, artiste ?
URBAIN
C'est moi, monsieur.
M. MORIN Ah ! (En s'asseyant.) C'CSt, liaut cllCZ VOUS. (Il souffle.
- A Urbain.) Vous avoz unô pierre pour mon Pan-théon musicaL Sommes-nous prêts? (u se lève.)
URBAIN, montrant sa pierre.
Nous sommes prêts à commencer, si vous voulez frapper les trois coups.
M. MORIN, regardant la pierre.
Comment ! monsieur, voilà où vous en êtes?
Mes compliments ! (Avec une brusquerie croissante.) GrâCC
à votre négligence, mon numéro ne paraîtra pas. (Avec fureur.) C'cst commc si VOUS me preniez mille écus dans ma bourse.
urbain; froidement.
Monsieur, je ne prends mille écus dans la bourse de personne. J'ai la mienne.
M. MORIN, à part.
Bohème, va ! (Haut.) Alors, monsieur, il ne fallait pas vous charger. . .
URBAIN, montrant le portrait.
Je n'ai pu commencer pkis tôt, car on m'apporte à l'instant même le portrait qui m'était nécessaire pour ce travail. J'ai même perdu beaucoup de temps à l'attendre, et vous savez que le temps, c'est notre capital, à nous autres artistes.
M. MORIN
Ah ! vous autres artistes, — parlons-en , — vous êtes de jolis oiseaux.
URBAIN
Aussi on nous plume.
M. MORIN
Arrangez-vous, il faut que celte planche paraisse dans ma prochaine livraison. — Est-ce
que M. Olivier, qui vous a recommandé à moi, ne demeure pas dans cette maison ?
URBAIN
Nous sommes chez lui.
M. MORIN
Je voudrais le voir.
URBAIN
11 est sorti.
M. MoaiN
Sorti quand je viens, — fâcheux, ça !
URBAIN
• Sa dame y est.
M. MORlN, à part.
Sa dame ! quelles mœurs ! (Urbain, qui est aiic dans la
chambre voisine, en ramène Maria, à laquelle il désigne M. Morin.)
MARIA, à part.
L'éditeur de musique !
M. MORIN, qui est debout et qui a retiré son chapeau pour 8*essuyer le front, s*assied et se couvre à Feiilréc de Maria.
Bonjour, mademoiselle, votre mari n'y est-il pas?
MARIA, troublée.
Pardon, monsieur, M. Olivier est absent.
M. MORIN
Fâcheux, ça!
URBAIN, à René, lui (lésig:nant M. Morin.
Comme on voit bien que ce monsieur a de l'argent dans sa poche !
RENÉ
A quoi voyez- vous cela?
A son chapeau.
MARIA, montrant à M. Morin les planches de musique.
J'ai terminé ces planches très-vite. J'ai passé la nuit.
M. MORIN, jetant les yeux sur les planches.
Ah! ah! c'est du Melchîor. (ÀvecindiiTéiencc.) Ce n'est pas pressé.
MARIA, baissant la voix, avec hésitation.
S'il vous était possible de régler ce travail aujourd'hui même, cela nous rendrait bien service.
M. MORIN, sèchement.
Vous connaissez les habitudes de la maison :
on règle à la fin du mois ; et quand les habitudes sont bonnes, il ne faut pas les changer.
— D'ailleurs je suis venu pour parler à M. Olivier d'une affaire dans laquelle il y aura peutêtre de l'argent au bout, s'il veut.
URBAIN, qui a entenda.
Oh! il n'est pas fier, il voudra.
M. MORIN, à Maria.
Je regrette de ne pas l'avoir trouvé. C'est haut, chez vous.
MARIA
Désirez-vous que je dise à M. 01ivier.de passer à votre magasin?
M. MORIN, réfléchissant.
Chez moi, non. Il y a trop de monde, j'aime mieux revenir, ii seiève. — a urbain.) Pensez à moi^ jeune homme.
URBAIN
J'en rêverai, monsieur.
M. MORIN, à part.
Il est impertinent, ce garçon; aurait-il du talent?
Maria, qui le reconduit, lui parle à voix basse et semble le
supplier.
M. MORIN, avec humeur.
Je ne vous dis pas non, mais toutes ces com-
plaisances-là bouleversent ma tenue de livres. Enfin, adressez-vous à mon caissier, (a part.) Il est malade, (ii sort.)