MARIA, OLIVIER, RENÉ
MAillA, passant à Olivier un des feuillets du manuscrit qu'elle ^rave, et lui en indiquant du doi^t un passage.
Est-ce qu'il n'y a pas tine faute d'harmonie à cet endroit ?
OLIVIER, regardant.
Sol, sol, mi, ré, — fa dièze, — mais non ! — fa naturel.
Faut-il corriger?
MAUIA
OLIVIER, à René.
Dites-moi, René, lorsque vous trouvez dans les pièces de théâtre que vous copiez, une faute grossière, est-ce que vous la corrigez?
RENÉ
C'est selon : si la pièce est d'un homme de talent, je corrige la faute, convaincu que je répare une erreur involontaire; si la pièce est sans valeur, je copie fidèlement.
OLIVIER
Pourquoi ?
RENÉ, en riant.
Parce que plusieurs fois j';ii été réprimandé pour m'être permis d'altérer le texte.
OLIVIER, à Maria.
Tu entends, ma fille ? eh bien, profite du rcnseignement.
René et Olivier se remettent à travailler. Maria continue sa gravure; au bout d'un instant, elle fait nn mouvement et jclle un petit cri.
OLIVIER, se retournant.
Eh bien, qtfy a-t-il?
MARIA
Ah ! tant pis, j'ai altéré le texte !
OLIVIER
Va donc te reposer, il est au moins quatre
heures du matin !
MARIA
Je voudrais finir cette planche, je n'en ai plus que pour une minute.
OLIVIER, se penchant vers René. *^
C'est de la procédure que vous copiez là ; cela doit bien vous ennuyer.
RENÉ
J'ai fait cette besogne comme une machine, et, vous le savez, les machines n'éprouvent pas l'impression.
OLIVIER
Et quand vous remettez-vous à travailler
pour vous?
RENÉ Bientôt, je l'espère. (Montrant ses mains.) Voici
quinze jours que ceci fonctionne pour as^ surer la liberté de cela, (n se frappc*ic front.) Dès que je pourrai laisser l'outil, je reprendrai l'instrument.
31 ARIA, se Içvant et serrant son travail dans le tiroir de la
Uble.
J^ai fini, je vais me coucher. Bonsoir, Olivier.
(Elle s'approche de lui et l'embrasse. — A René'.) BoUSOir, mon-
sieur René.
RENÉ, lui donnant la main.
Bonne nuit, Maria.
OLIVIER, à Maria.
En t'en allant, mets donc une bûche dans le poêle.
MARIA, mettant une bûche dans le poêle, et montrant la ^ cheminée avec un accent de regret.
C'était bien plus gai, la cheminée !
OLIVIER, se levant et allant la conduire.
Oui, ma pauvre Maria, mais c'était plus cher !
RENÉ
Et VOUS savez que nous sommes obligés de compter.
Olivier a reconduit Maria vers la porte du fond, il lui parle bas et l'embrasse encore une fois. — Quand elle est sortie, il revient s'asseoir à sa place et reste un moment silencieux, la lete entre ses mains. René, qui a cessé de travailler, Tob serve.