‹ Les roueries de l'ingénue; La scène du gouverneur; La nostalgie; Les sirènesChapitre 6 sur 28 · MARIA, OLIVIER, RENÉ · texte numérisé non relu

MARIA, OLIVIER, RENÉ

MARIA, passant à Olivier un des feuillets du manuscrit qu'elle grave, et lui en indiquant du doigt un passage.

Est-ce qu'il n'y a pas une faute d'harmonie i cet endroit?

OLIVIER, regardant.

Sol, sol, mi, ré, — fa dièze, — mais non ! — fa naturel.

MARIA

Faut-il corriger?

OLIVIER, à René.

Dites-moi, René, lorsque vous trouvez dans les pièces de théâtre que vous copiez, une faute grossière, est-ce que vous la corrigez?

RENÉ

C'est selon : si la pièce est d'un homme de talent, je corrige la faute, convaincu que je répare une erreur involontaire; si la pièce esl sans valeur, je copie fidèlement.

OLIVIER

Pourquoi ?

RENÉ, en riant.

Parce que plusieurs fois j'ai été réprimande pour m'étrc permis d'altérer le texte.

SCÈNES DE LA VIE D'ARTISTE i>2ô

OLIVIER, à Maria.

Tu entends, ma fille ? eh bien, profite du renseignement.

René et Olivier se remettent à travailler. I^aria continue sa gravure; au bout d'un instant, elle fait un mouvement et jette un petit cri.

OLIVIER, se retournant.

Eh bien, qu'y a-t-il?

MARIA

Ah ! tant pis, j'ai altéré le texte!

OLIVIER

Va donc te reposer, il est au moins qua' ^e heures du malin !

MARIA

Je voudrais finir cette planche, je n'en li plus que pour une minute.

OLIVIER, se penchant vers René.

C'est de la procédure que vous copiez là ; cela doit bien vous ennuyer.

RENÉ

J'ai fait cette besogne comme une machine, et, vous le savez, les machines n'éprouvent pas l'impression.

OLIVIER

Et quand vous remettez-vous à travailler pour vous?

RENÉ

Bientôt, je Tespère. (Montrant ses mains.) Voicj quinze jours que ceci fonctionne pour assurer la liberté de cela, (u se frappe le front.) Dès que je pourrai laisser Toutil, je reprendrai Tinstrument.

MÂRIÂ, se levant et serrant son travail dans le tiroir de 1?

table.

J'ai fini, je vais me coucher. Bonsoir, Olivier.

(Elle s'approche de lui et l'embrasse. —A René.) BonSOir, mon-

sieur René.

RENÉ, lui donnant la maio.

Bonne nuit. Maria.

OLIVIER, à Maria.

En t'en allant, mets donc une bûche dans le poêle.

MARIA, mettant une bûche dans le poêle, et montrant la cheminée avec un accent de regret.

C'était bien plus gai, la cheminée I

OLIVIER, se levant et allant la conduire.

Oui, ma pauvre Maria, mais c'était plus cher!

RENÉ

Et vous savez que nous sommes obligés de compter.

Olivier a reconduit Maria vers la porte du fond, il lui parle bas et l'embrasse encore une fois. — Quand elle est sortie, il revient s'asseoir à sa place et reste un moment silencieux, la )ête entre ses mains. René, qui a cessé de travailler, l'ob serve.

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